La réponse de Santé publique France à l’accident industriel du 26 septembre 2019 à Rouen

Tout savoir sur la démarche mise en oeuvre pour évaluer l'impact sanitaire et les travaux en cours du dispositif Santé Post Incendie 76

Mis à jour le 24 aout 2020
Dans cet article

Pourquoi évaluer l’impact sanitaire de cet incendie ?

L’incendie survenu le 26 septembre 2019 sur les sites de Lubrizol et NL Logistique est un événement marquant par sa localisation, son ampleur, les quantités et types de substances brûlées, les agents dangereux qu’il a dispersés dans son environnement. Les conséquences potentielles pour la santé humaine d’un tel accident industriel justifient de mettre en place des études épidémiologiques afin d’en rechercher et évaluer l’impact sanitaire.

De nombreux habitants de Rouen et du département de Seine-Maritime (76), ainsi que des travailleurs, ont été potentiellement exposés à des nuisances très diverses, susceptibles d’affecter leur santé de différentes manières : 

  • la vision des flammes, du panache de fumées, des dépôts de suies,
  • la perception d’odeurs désagréables et nauséabondes, 
  • la peur d’une menace vitale, 
  • des fibres d’amiante et des débris de fibrociment projetés autour de l’usine, 
  • des substances chimiques dispersées dans l’air et déposées dans l’environnement, 
  • un sentiment d’incertitude lié à l’événement accidentel, à ses conséquences et sa gestion dans les jours qui l’ont suivi. 

Santé publique France a été missionnée par la Direction générale de la santé  pour évaluer l’impact de l’accident industriel sur la santé, à moyen et long termes, des personnes qui ont pu être exposées à un ou plusieurs de ces facteurs de risque sanitaire. La description et l’analyse de leurs perceptions de l’évènement, de leurs expositions et des symptômes ressentis, la mesure et la surveillance d’indicateurs de l’état de santé de la population, vont permettre aux autorités publiques de prendre des mesures sanitaires si elles sont nécessaires et d’adapter au mieux la gestion future d’autres accidents industriels. 

Dans ce cadre, un ensemble d’études épidémiologiques est en cours de mise en place pour évaluer l’impact sanitaire de l’incendie : le dispositif ‘Santé Post Incendie 76’ ou SPI 76.

Comment évaluer l’impact sanitaire de manière scientifique et globale ?

Afin d’évaluer l’impact sanitaire de cet événement, maintenant et dans la dizaine d’années à venir, le dispositif SPI 76 comporte quatre volets épidémiologiques complémentaires :

  1. Une étude de santé et de qualité de vie, telle que les habitants la décrive. Cette enquête, intitulée « Une étude à l’écoute de votre santé », est menée sur un échantillon représentatif des habitants de communes de Seine-Maritime concernées par l’accident, constitué d’environ 4 000 adultes et 1 200 enfants. Elle porte sur les symptômes et les problèmes de santé qui ont été ressentis, sur l’accès aux informations au cours de l’événement, ainsi que sur la santé et la qualité de vie des personnes interrogées au moment de l’étude.
  2. La surveillance régulière, sous forme d'une cohorte et pendant plusieurs années, d’indicateurs de santé tels que la fréquence de certains cancers et maladies chroniques, le nombre et les causes de décès, les issues de grossesse. Elle concerne l’ensemble de la population des communes de Seine-Maritime touchées par l’accident et sera réalisée à partir des informations disponibles dans le Système national des données de santé qui enregistre la consommation de médicaments, les consultations médicales et autres soins, les causes d’hospitalisation, les décès, etc. 
  3. L’appui aux Services de santé au travail pour suivre la santé des salariés des deux sites industriels sinistrés, des professionnels intervenus lors de l’accident et des employés d’autres entreprises ayant été exposés. Cet appui à la médecine du travail est destiné à définir, au regard des besoins qui pourraient être identifiés, une surveillance épidémiologique des travailleurs qui ont été exposés aux nuisances générées par cet incendie. 
  4. La recherche et la mesure, dans l’organisme des personnes exposées, de substances chimiques qui ont été dispersées par l’incendie. Cette étude, dite d’imprégnation ou de biosurveillance, sera conduite notamment si les résultats des analyses environnementales montrent qu’il est faisable et pertinent de mesurer des biomarqueurs d’exposition dans le sang, les urines ou les cheveux.
Schéma du dispositif d’études Santé Post Incendie 76 / SPI 76
Schéma du dispositif d’études Santé Post Incendie 76 / SPI 76
Les activités inscrites dans les cadres bleus sont réalisées par Santé publique France. Le choix des maladies et/ou la pertinence des études désignées par une flèche est conditionné par les résultats des analyses de la pollution environnementale. SST : Services de santé au travail.

Un appui scientifique multidisciplinaire 

Les équipes de Santé publique France bénéficient des conseils d’un Comité d’appui thématique dédié aux études SPI 76. Constitué en mars 2020, il est composé de spécialistes des disciplines et domaines scientifiques mobilisés par les études menées : toxicologie, métrologie, épidémiologie, pathologie professionnelle, santé perçue-psychométrie, sociologie. Ces personnalités qualifiées sont extérieures à Santé publique France et travaillent au CNRS, à l’Inserm, dans des universités ou des centres hospitaliers.

Ce comité scientifique indépendant, intitulé « Evaluation de l’impact de l’incendie des entreprises Lubrizol et NL Logistique sur la santé de la population » a pour rôle de guider les choix méthodologiques et l’interprétation des données des quatre volets du dispositif d’études Santé Post Incendie 76, et de contribuer à faire des propositions d’actions de santé publique découlant de leurs résultats.

Une démarche participative, avec les personnes concernées par l’incendie, a été mise en œuvre : pourquoi ?

Santé publique France inscrit son action dans une démarche participative au plus proche des réalités de terrain. En favorisant la concertation et la co-construction avec les représentants des personnes qui sont directement concernées par l’accident industriel, le but est d’améliorer la qualité et la pertinence des études réalisées en population générale, en les adaptant au contexte local et en répondant du mieux possible aux préoccupations et aux besoins exprimés par la population. 

Un Groupe Santé a été mis en place à Rouen en janvier 2020 par Santé publique France sous la coordination de Marcel Calvez, professeur de sociologie à l’université de Rennes, qui a mené des recherches sur les relations scientifiques-citoyens engageant des questions de santé environnementale.

Le Groupe Santé a été constitué par un appel à volontaires diffusé, au mois de décembre 2019, au sein du Comité de transparence et de dialogue . Il est composé de 19 acteurs locaux :

  • membres d’association à but non lucratif : Rouen Respire, UFC Que Choisir – Rouen,  France Assos Santé (Ligue Contre le Cancer 76, Réseau Environnement Santé) ;
  • professionnels de santé : représentants de l’Ordre des médecins et de l’Ordre des infirmiers, de l’Union régionale des médecins libéraux de Seine-Maritime, médecins du Centre de consultation de pathologie professionnelle et du Service de Pneumologie (CHU de Rouen) ;
  • élus et des représentants de collectivités territoriales : maires de Canteleu, Petit-Quevilly, La-Rue-Saint-Pierre, Rouen métropole Normandie, vice-présidente de la Région Normandie, députées de la 2e circonscription (Est et Nord) et 10e circonscription (Nord) ;
  • professeur d’anthropologie de l’université de Rouen.

Ce groupe est associé à toutes les phases de réalisation de l’étude de santé - qualité de vie et de la surveillance des indicateurs de santé : élaboration du protocole et du questionnaire, définition de la zone d’étude, interprétation des résultats. Ses membres sont régulièrement consultés sur les supports d’informations relatifs à ces deux études.

Liste des membres du Groupe Santé

Le Comité de transparence et de dialogue

Le Comité de transparence et de dialogue (CTD) réunit tous les acteurs concernés par les conséquences de l’accident industriel : habitants, élus, industriels, associations environnementales, représentants du monde agricole, organisations professionnelles et syndicales, acteurs économiques, services de l’État et de santé, etc. Présidé par le préfet de Seine-Maritime, ce comité a pour objectif de suivre dans la durée tous les enjeux liés aux conséquences de cette catastrophe industrielle, et de partager l’ensemble des informations disponibles. Le CTD a été réuni pour la première fois le 11 octobre 2019.

Quand et comment les résultats des études du dispositif Santé Post incendie 76 seront-ils diffusés ?

En amont de leur diffusion et de leur valorisation, la validité et l’interprétation des résultats des études seront discutées avec les membres du Comité d’appui thématique pour en dégager les enseignements et les conclusions principales. La signification des résultats et leur apport aux questions posées localement seront également partagés avec le Groupe Santé. 

Les données recueillies par les différentes études du dispositif SPI 76 seront présentées au Comité de transparence et de dialogue et rendues publics auprès des personnes enquêtées, maires, professionnels de santé, et de la population concernée par les études. 

Les résultats des études seront publiés sur le site internet de Santé publique France et valorisés au travers d’articles scientifiques dans des revues à comité de lecture, ainsi que par des communications lors de congrès nationaux et internationaux.