Etude de santé et de qualité de vie après l’accident industriel de Rouen du 26 septembre 2019 : 'une étude à l'écoute de votre santé'

Suite à l’incendie industriel survenu à Rouen le 26 septembre 2019, Santé publique France met en place une étude auprès des habitants de 122 communes de Seine-Maritime sur leur perception de l’accident, les symptômes ressentis et leur santé et qualité de vie actuelles

Mis à jour le 23 octobre 2020
Dans cet article

L’incendie industriel survenu à Rouen le 26 septembre 2019 sur les sites des entreprises Lubrizol et NL Logistique a potentiellement exposé les habitants et travailleurs de plusieurs communes de Seine-Maritime à diverses nuisances et substances toxiques : vue et bruit des flammes et des explosions, panache de fumées noires, retombées de suies, molécules chimiques odorantes, débris de fibrociment, etc. Santé publique France a été missionnée par la Direction générale de la santé pour évaluer l’impact sur la santé physique et mentale, à moyen et long termes, des personnes qui ont pu être exposées à un ou plusieurs de ces facteurs de risque sanitaire. La description et l’analyse de leurs perceptions de l’événement, de leurs expositions et des symptômes ressentis, la mesure et la surveillance d’indicateurs de l’état de santé de la population, vont permettre aux autorités publiques de prendre des mesures sanitaires si elles sont nécessaires et d’adapter au mieux la gestion d’autres accidents industriels. 

Dans ce cadre, un ensemble d’études épidémiologiques est en cours de mise en place pour évaluer l’impact sanitaire de l’incendie : le dispositif « Santé Post Incendie 76 ». La première est une étude de santé et de qualité de vie, telle que les habitants la décrive. Menée au cours du 3e trimestre 2020 sur un échantillon représentatif des habitants de 122 communes de Seine-Maritime concernées par l’accident, cette étude intitulée 'Une étude à l'écoute de votre santé' va porter sur les symptômes et les problèmes de santé qui ont été ressentis au cours de l'événement, sur l'informations et la connaissance des recommandations, ainsi que sur la santé et la qualité de vie des personnes interrogées au moment de l’étude.

Pourquoi cette étude et dans quels objectifs ?

Ce type d’enquête épidémiologique, réalisé en interrogeant directement les personnes concernées par le sujet étudié, permet de recueillir et analyser des informations sur les problèmes de santé ressentis par les habitants eux-mêmes au moment de l’accident industriel et dans ses suites. Son apport est particulièrement intéressant car les symptômes, les malaises, les perceptions des personnes exposées ne sont consignés dans aucune source disponible d’informations sanitaires. 

Cette étude va notamment permettre de : 

  • caractériser la pollution engendrée par l’incendie du 26 septembre 2019 telle qu’elle a été perçue par les individus et vécue selon leur expérience personnelle ;
  • décrire les symptômes ressentis par la population exposée au moment de l'incendie ;
  • décrire l'état de santé général et la qualité de vie, plusieurs mois après l'incendie (au moment de l’étude) ;
  • connaître les attentes de la population en termes d'information sur l’accident, sa perception et sa capacité à mettre en oeuvre les recommandations des pouvoirs publics

A noter qu’il ne s’agit pas d’une étude avec des prélèvements biologiques ou sanguins ni d’un suivi individuel de l’état de santé des personnes exposées à l’accident.

Comment l'étude se déroule-t-elle et selon quelle méthode ?

Etape 1 : la pré-enquête

Une pré-enquête a été réalisée au mois de février 2020 dans quatre communes touchées par l’incendie et représentant des situations contrastées : Petit-Quevilly, Bois-Guillaume, Préaux et Buchy. 

Son but était d’ajuster le questionnaire de l’étude de santé au plus près des sujets d’intérêt de la population. Des entretiens de groupe ont été réalisés avec les habitants de ces communes et des entretiens individuels ont été menés avec leurs maires et des professionnels de santé. Ils portaient sur le vécu de l’accident et de ses suites, les symptômes ressentis, les craintes suscitées en termes d’impact sur la santé et les attentes face à ce type de situation. 

Etape 2 : l'enquête en population

Population étudiée

Elle regroupe l’ensemble des habitants de 122 communes de Seine-Maritime qui ont été touchées par l’accident et constituent la zone d’étude. 

L’enquête est menée sur un échantillon représentatif de cette population. L'objectif est de faire participer 4 000 adultes, qui ont été tirés au sort, et un enfant par ménage, soit 1 200 enfants. 

L'enquête est également conduite sur un échantillon de la population d'une « zone témoin », qui sera prise en compte pour comparer les données observées dans la population d'étude et pouvoir interpréter les résultats. Le Havre et sa périphérie nord-est ont été choisis comme zone témoin.

Les étapes d’élaboration du protocole

Le protocole de l’étude a été élaboré par Santé publique France et discuté avec le Groupe Santé et le Comité d’appui thématique, de décembre 2019 à juin 2020. L’étude a reçu en juillet l’avis favorable du Comité national de l’information statistique (Cnis) et du Comité du label de la statistique publique, ce qui a permis de tirer au sort l’échantillon des personnes enquêtées dans une base de données de l’Insee.

Zone d'étude

La zone d’étude, dont les habitants constituent la population de l’étude, a été définie en fonction des informations disponibles sur l’événement accidentel et la pollution qu’il a générée. Cette zone regroupe 122 communes et compte environ 350 000 habitants. 

Elle a été divisée en quatre strates selon les types d’exposition qu’elles ont subies : 

  • proximité du lieu de l’accident (divisée en deux, 0-700 mètres et 700-1500 mètres)
  • perception des odeurs
  • perception des odeurs et situation sous le panache de fumée noire
  • situation sous le panache de fumée noire

Carte interactive de la zone d'étude (cliquez sur la carte)

Carte de la zone d'étude de l'incendie de l'entreprise Lubrizol

Déroulement de l'étude

Un dispositif d’information (affiche, dépliants, lettres d’information, etc.) est mis en place à l’intention des habitants, des maires et des professionnels de santé de la zone d’étude et de la zone témoin. Un site internet (www.sante-post-incendie-76) et un numéro vert dédiés ont été prévus pour les participants à l'enquête. 

L’enquête va se dérouler au cours du 3e trimestre 2020. Les personnes tirées au sort recevront un courrier expliquant comment participer à l’étude. Il est possible de répondre au questionnaire d’enquête de deux manières : en ligne, sur le site internet, à l’aide du mot de passe qui a été envoyé aux personnes tirées au sort, ou par téléphone avec un enquêteur de l’institut Ipsos pour un entretien téléphonique qui dure 30 minutes environ. 

Principaux items du questionnaire

Le questionnaire comprend deux parties constituées de plusieurs modules qui se réfèrent à des temporalités différentes de l’état de santé des personnes interrogées : 
    
1. Sur la période de l’accident et ses suites :

  • Expositions perçues durant l’incendie : foyer, panache de fumées noires
  • Nuisances liées à l’incendie : odeurs, suies, débris
  • Comportements adoptés suite à l’incendie
  • Informations et connaissance des recommandations
  • Symptômes et problèmes de santé ressentis (adulte et enfant)
  • Grossesse et allaitement

L’approche participative qui a été mise en place avec le Groupe Santé, complétée par la pré-enquête de nature sociologique, a permis d’adapter cette partie au contexte de l’accident industriel ainsi qu’aux attentes et sujets de préoccupation de la population qui en a été victime.

2. Sur la période actuelle :

  • Etat de santé général
  • Recours aux soins, habitudes de vie, qualité de vie
  • Attitudes à l’égard de l’environnement
  • Conditions de vie

Toutes les informations recueillies seront analysées de façon anonyme, dans le respect des règles fixées par le RGPD (Règlement général sur la protection des données) et sous le contrôle de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil).

Quand et comment les résultats seront-ils restitués ?

Les données recueillies seront présentées au Comité de transparence et de dialogue, à Rouen, et rendus publics auprès des personnes enquêtées, maires, professionnels de santé et à la population concernée par les études. 

Tous les résultats de l’étude seront rendus publics. Ils seront publiés sur le site internet de Santé publique France et valorisés au travers d’articles scientifiques dans des revues à comité de lecture, ainsi que par des communications à des congrès nationaux et internationaux. 

Les premiers résultats de 'Une étude à l'écoute de votre santé' seront disponibles fin 2020-début 2021.

Autres études épidémiologiques du dispositif Santé Post Incendie 76

  • La surveillance régulière, sous forme d'une cohorte et pendant plusieurs années, d’indicateurs de santé tels que la fréquence de certains cancers et maladies chroniques, le nombre et les causes de décès, les issues de grossesse. Elle concerne l’ensemble de la population de 122 communes de Seine-Maritime touchées par l’accident et sera réalisée à partir des informations disponibles dans le Système national des données de santé qui enregistre la consommation de médicaments, les consultations médicales et autres soins, les causes d’hospitalisation, les décès, etc. 
  • L'appui aux Services de santé au travail pour suivre la santé des salariés des deux sites industriels sinistrés, des professionnels intervenus lors de l’accident et des employés d’autres entreprises qui ont été exposés aux nuisances générées par l'incendie. Il est destiné à définir, au regard des besoins qui pourraient être identifiés, une surveillance épidémiologique des travailleurs concernés. 
  • La recherche et la mesure, dans l’organisme des personnes exposées, de substances chimiques qui ont été dispersées par l'incendie. Cette étude, dite d’imprégnation ou de biosurveillance, sera conduite notamment si les résultats des analyses environnementales montrent qu’il est faisable et pertinent de mesurer certains biomarqueurs d’exposition dans le sang, les urines ou les cheveux.