Santé post-incendie 76. Suivi de la santé des travailleurs suite à l'incendie survenu à Rouen le 26 septembre 2019. Propositions du groupe d'alerte en santé travail (GAST) Normandie

Publié le 5 juillet 2021
Mis à jour le 22 octobre 2021

Après l'incendie du 26 septembre 2019 survenu à Rouen, la Direction générale de la santé a saisi Santé publique France pour réaliser une évaluation de l'impact de l'incendie sur la santé de la population exposée. Ainsi, le groupe d'alerte en santé travail (Gast) de la région Normandie a été chargé de proposer une stratégie de surveillance des travailleurs exposés à l'incendie afin d'évaluer les conséquences sanitaires de l'évènement dans le temps. Pour ce faire, il a décrit les différents groupes de travailleurs, leurs voies d'exposition potentielles, les polluants identifiés, le suivi médical initié et les effets sur leur santé observés suite à l'incendie. Les données ont été recueillies auprès de différents acteurs, notamment ceux de la surveillance médicale par les services de santé au travail. Les travailleurs ont été répartis en 4 groupes selon les caractéristiques spatio-temporelles de leur exposition : présents sur site de l'incendie le jour de l'incendie ; hors site le jour de l'incendie et sous le panache ; sur site après le jour de l'incendie jusqu'à la fin du chantier de remédiation ; hors du site dans la zone d'impact du panache et après le jour de l'incendie jusqu'à la fin des chantiers de remédiation. L'événement a touché de nombreux travailleurs, entre 300 et 180 000 selon les groupes. L'analyse de l'état des lieux des données environnementales et de santé disponibles indique que certains travailleurs, notamment les intervenants sur site mais aussi certains travailleurs présents sous le panache de fumée, ont été exposés à la pollution émise par l'incendie. Celle-ci a été de courte durée le jour de l'incendie mais a pu se prolonger sur site ensuite. La présence de composés organiques volatils (COV), notamment du benzène, et d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) a été mesurée mais à des niveaux peu élevés. Cependant, en raison notamment de la complexité de l'incendie, des incertitudes demeurent sur la nature et les doses d'exposition. De plus, une évaluation quantitative des risques sanitaires (EQRS) n'était pas encore disponible pour compléter cet état des lieux. Un suivi médical a été mis en place par les services de santé au travail et le service médical du Service départemental d'incendie et de secours de Seine-Maritime (Sdis-76) pour certains travailleurs présents sur - et en dehors - du site accidenté le jour de l'incendie et les 4 jours suivants. Les effets aigus observés étaient principalement de nature irritative et similaires à ceux identifiés en population générale. Sur la base de ces observations, le Gast propose d'inscrire les conditions d'exposition à l'incendie dans les dossiers médicaux en santé au travail pour 3 des 4 groupes de travailleurs (sur et hors site le jour de l'incendie et sur site les jours suivants jusqu'à la fin du chantier de remédiation). Du fait de la durée de l'exposition, des polluants émis et des recommandations de bonne pratique médico-professionnelles existantes, aucun suivi médical spécifique des travailleurs n'est indiqué mais le risque d'anxiété post exposition doit être considéré lors des consultations ultérieures en santé travail. Pour les sapeurs-pompiers, la surveillance médicale des pathologies en lien avec l'exposition à des substances chimiques doit être renforcée lors du suivi médical spécifique déjà en application dans leur profession. Le Gast propose qu'une surveillance épidémiologique soit mise en place pour les 4 groupes de travailleurs (incluant les sous-traitants) de façon similaire à la surveillance qui sera mise en place pour la population générale à partir du système national des données de santé. La prise en charge sanitaire des travailleurs lors d'un accident industriel doit être améliorée en termes d'une part de préparation, de réponse et d'organisation des acteurs, d'autre part de connaissance des expositions (avec la mise en place rapide de prélèvements biologiques conservatoires) et enfin de suivi médical et épidémiologique.

Auteur : Blanchard Myriam, Morel Pauline, Moisan Frédéric, Erouart Stéphane, Boulanger Guillaume, Clin-Godard Bénédicte, Daigurande Christine, d'Escatha Alexis, Gehanno Jean-François, Gislard Antoine, Meyer Géraldine, Raoult-Monestel Muriel
Année de publication : 2021
Pages : 62 p.
Collection : Études et enquêtes