Epidémie de distomatose à Fasciola Hepatica dans la région Nord-Pas-de-Calais. Printemps 2002

Publié le 1 Juin 2003
Mis à jour le 10 septembre 2019

La distomatose à Fasciola Hepatica est une parasitose dont les principaux réservoirs sont les ruminants. L'affection est acquise par ingestion d'un végétal semi-aquatique contaminé, le plus souvent du cresson sauvage cru. L'incidence de la distomatose humaine est estimée à environ 300 cas/an en France, la dernière épidémie connue dans la région avait touché 7 personnes en 1981. Le diagnostic de trois cas de douve du foie entre début mars et mi-avril 2002 a été suffisamment inhabituel pour que l'alerte soit donnée, fin avril, par le Centre Hospitalier de Tourcoing. Une rapide concertation des acteurs a permis de programmer l'investigation de cette épidémie. Un cas certain était défini comme une personne habitant la région, ayant une sérologie positive pour la distomatose depuis début 2002. Une recherche active des cas diagnostiqués a été faite auprès des laboratoires d'immunologie couvrant la région. Par ailleurs, un dépistage des cas suspects était réalisé au travers d'un recensement, auprès des laboratoires, des NFS évocatrices de parasitose, de la sensibilisation des cliniciens et du grand public. L'enquête exploratoire auprès de tous les malades renseignait sur les facteurs de risques habituels de la distomatose, notamment sur la consommation de cresson, mâche et pissenlit. Une enquête cas-témoins était réalisée courant mai pour confirmer les hypothèses de l'enquête exploratoire. Etaient inclus tous les cas diagnostiqués au 15/06 et deux témoins appariés par cas (âge+/- 5 ans, sexe, lieu de résidence). Les producteurs ayant fourni les lieux d'achat étaient listés. Leurs cultures étaient ensuite inspectées. RESULTATS Au total la recherche des cas permettait d'identifier 18 malades. L'enquête exploratoire relevait la consommation de cresson acheté chez 17 d'entre eux. Dans l'enquête cas-témoins, seules étaient associées à la maladie de façon significative la consommation de cresson cru (ORA : 86.67, p<10-5) ou cuit (OR : 22.0, p=0.04). La fréquence de consommation n'était pas associée à la maladie. Le cresson avait été acheté en grandes surfaces le plus souvent (15/17) et provenait de plusieurs producteurs ; cependant 15 cas avaient consommé les produits d'un même cressiculteur ; pour les 3 témoins en ayant consommé il s'agissait d'autres producteurs. Un des sites de production de ce cressiculteur n'était pas protégé des eaux de ruissellement des pâtures voisines. DISCUSSION Les résultats des enquêtes cas-témoins, alimentaire et environnementale objectivent un lien entre la consommation de cresson provenant d'une cressiculture et l'épidémie. Celle-ci a touché peu de personnes au regard de la clientèle desservie par les grandes surfaces. Cependant, la non-spécificité des symptômes fait penser que tous les cas ne sont pas diagnostiqués à ce jour. Cette épidémie rappelle que le risque de distomatose n'a pas disparu et qu'il convient de maintenir un contrôle sur la salubrité des cressicultures. Cette investigation démontre l'intérêt, face à des contaminations alimentaires, d'un travail en réseau entre cliniciens, biologistes, épidémiologistes et acteurs administratifs. (R.A.)

Auteur : Schepens C, Ilef D, Ajana F, Volant P
Année de publication : 2003
Pages : 40 p.