Introduction – La population de la Guyane française est jeune, pauvre et multiculturelle. Nous avons donc émis l'hypothèse que l'épidémiologie des problèmes de santé mentale pouvait être impactée par la pauvreté. L'enquête " Santé mentale en population générale " a permis d'estimer la prévalence globale de diverses pathologies mentales dans la population et dans différents sous-groupes sociodémographiques à l'aide de l'entretien Mini. Méthodes – Une enquête transversale a été réalisée entre mars et août 2021. Au total, 881 personnes âgées de plus de 17 ans ont été interrogées et incluses dans l'analyse. Résultats – La prévalence des épisodes dépressifs au moment de l'enquête était de 17,1% (intervalle de confiance à 95%: [14,8-19,8]). Pour la dépression récurrente, la prévalence était de 7,9 [6,3-9,9]. La prévalence de la dépression en cours était significativement plus élevée chez les jeunes, et les personnes ayant un revenu mensuel inférieur à 840 euros. La prise en charge thérapeutique de la dépression était également moins fréquente chez les plus pauvres. Ceci restait significatif après ajustement sur l'âge et le sexe. La notion de psychose actuelle ou passée, le risque suicidaire et les syndromes de stress post-traumatiques semblaient plus prévalents chez les personnes ayant un revenu mensuel inférieur à 840 euros mais le lien statistique semblait plus fragile. Conclusion – Les résultats de cette première enquête en santé mentale en population générale suggèrent que, comme tant d'autres domaines de la santé, la santé mentale et notamment la dépression et sa prise en charge sont impactées par la pauvreté. Dans ce contexte, comme pour d'autres problématiques de santé, la mise en place d'approches proactives " aller vers ", s'appuyant sur des relais communautaires et la médiation en santé, trouve tout son sens.
Auteur : Nacher Mathieu, Van Melle Astrid, Thomas Estelle, Pavie Johanna, Solignat Blandine, Benradia Imane, Sebbane Deborah, Roelandt Jean-Luc, Janvier Caroline, Lair François, Bobillier Vincent
Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2026, n°. 2, p. 14-21


