Évaluation coût-efficacité de la vaccination contre les papillomavirus humains dans le cadre du dépistage du cancer du col de l'utérus en France

Publié le 17 Septembre 2019
Mis à jour le 19 septembre 2019

Introduction - L'Institut national du Cancer (INCa) a souhaité quantifier les bénéfices de santé additionnels (lésions précancéreuses, cancers du col de l'utérus (CCU) et décès par CCU évités) en France de la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV), dans le contexte de la récente commercialisation du vaccin nonavalent (Gardasil® 9) et de la mise en place du dépistage organisé (DO) du CCU. Méthodes - L'étude est fondée sur un modèle de micro-simulation qui reproduit l'histoire naturelle du CCU générant une cohorte de jeunes filles de 14 ans et suit chacune d'elles jusqu'à son décès. Les autres affections liées à l'infection HPV (condylomes, cancers de l'anus, cancer du pénis et oropharynx) ne sont pas modélisées. Différentes stratégies sont comparées à la situation de couverture vaccinale (CV) actuelle de 21,4% (2017) : impact de l'augmentation de la CV seule et impact de l'augmentation de la CV conjuguée à la correction des inégalités de vaccination (hypothèse où les femmes bénéficiaires de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) sont autant vaccinées que les femmes non bénéficiaires de la CMU-C). Un horizon temporel vie entière et une perspective collective (tous payeurs) sont utilisés. L'analyse de sensibilité inclut la durée de protection du vaccin (20 ans ou vie entière) et le prix du vaccin (prix français et prix moyens européens) est évaluée et discutée. Résultats - Toutes les stratégies évaluées sont associées à un ratio différentiel coût-résultat (RDCR) inférieur à 15 000 euros par QALY (quality-adjusted life year : année de vie pondérée par la qualité de vie). En comparaison à la situation actuelle, une augmentation de CV jusqu'à 85% avec correction des inégalités permettrait d'éviter a minima par cohorte annuelle de jeunes filles de 14 ans : 2 546 conisations, 2 347 lésions précancéreuses CIN2/3 diagnostiquées, 377 CCU, 139 décès par CCU (protection du vaccin de 20 ans). Les scénarios basés sur l'augmentation de la CV avec correction des inégalités sont les plus coûts-efficaces. Conclusion - L'étude permet d'estimer les cas de lésions précancéreuses, CCU et décès par CCU qui pourraient être évités en augmentant la couverture vaccinale et de chiffrer les investissements permettant la mise en place d'actions visant à améliorer l'efficience des stratégies actuelles et à lutter contre les inégalités de santé (campagne de communication, actions à destination des femmes bénéficiaires de la CMU-C).

Auteur : Rousseau Sophie, Massetti Marc, Barré Stéphanie, Leleu Henri, Gaillot-de Saintignon Julie
Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2019, n°. 22-23, p. 457-465