Surveillance des infections nosocomiales en réanimation adulte. Réseau REA-Raisin, France, résultats 2015

Publié le 1 Janvier 2017
Mis à jour le 10 septembre 2019

La surveillance des infections nosocomiales (IN) est prioritaire en réanimation, secteur à haut risque du fait de l'état critique des patients et de leur exposition aux dispositifs invasifs. Depuis 2004, la surveillance nationale REA-Raisin, coordonnée par le Réseau d'alerte, d'investigation et de surveillance des IN, cible en réanimation adulte les infections associées à un dispositif invasif pour lesquelles une démarche de prévention est essentielle : pneumonie (PNE), colonisation ou infection ou bactériémie (COL/ILC/BLC) liée au cathéter veineux central (CVC) et bactériémie (BAC). Depuis cette année, les services volontaires recueillent les données de manière continue de janvier à décembre (versus 6 mois auparavant) concernant tout patient hospitalisé plus de 2 jours. De janvier à décembre 2015, 188 services ont inclus 63 240 patients (âge moyen : 64,2 ans), hospitalisés en moyenne 11,0 j et dont 69,0% relèvent à l'admission de la médecine, 18,4% de chirurgie urgente et 12,7% de chirurgie réglée ; 8,4% des patients sont traumatisés, 15,8% immunodéprimés et 55,9% ont reçu un traitement antibiotique à l'admission. Le score IGS II moyen est de 45,5 et la mortalité intra-service de 17,8%. L'exposition à un dispositif invasif est fréquente : intubation (63,0%), CVC (65,1%) et sonde urinaire (86,6%). Parmi les 63 240 patients, 10,62% ont présenté au moins une infection surveillée. Les micro-organismes les plus fréquemment isolés sont P. aeruginosa (15,1%), S. aureus (10,6%), S. epidermidis (9,6%). Depuis 2004, la résistance aux antibiotiques diminue pour les souches de S. aureus (16,0% SARM en 2015) et reste élevée pour EBLSE (17,8% de souches productrices de BLSE avec 1,0% I/R à l'imipenème). Les taux d'incidence sont de 15,05 PNE pour 1000 j-intubation, 3,52 BAC pour 1000 j d'hospitalisation, 0,66 ILC et 0,55 BLC pour 1000 j-CVC. Ces taux varient fortement d'un service à l'autre en lien avec les caractéristiques des patients. Au cours des cinq dernières années (2011 à 2015) sur l'ensemble du réseau, certains facteurs de risque augmentent (âge, IGS II, immunodépression, moins de traumatisés), alors que la durée de séjour raccourcit de même que le ratio d'exposition pour intubation. On observe une diminution des taux d'incidence pour 1000 j d'exposition : significative pour ILC (-21,4%) non significative pour BAC (-3,0%) et BLC (-16,7). L'analyse multivariée met en évidence une baisse non significative des PNE liées à l'intubation en 2015 (OR ajusté: 0,98 ; IC95: 0,92-1,03). Par contre elle confirme la baisse significative des BLC (OR ajusté: 0,80 ; IC95: 0,64-0,99), à mettre en relation avec l'amélioration des pratiques professionnelles associées aux dispositifs invasifs en réanimation. Avec une participation s'élevant à 43,7 % des lits de réanimation de France, les données de REA-Raisin constituent une référence nationale pour mieux connaître les IN en réanimation et permettre aux services participants de se comparer, d'évaluer et orienter leurs actions de prévention.

Auteur : Savey A, Machut A, Réseau d'alerte d'investigation et de surveillance des infections nosocomiales (RAISIN)
Année de publication : 2017
Pages : 66 p.