Etude de santé et de qualité de vie suite à l’accident industriel de Rouen du 26 septembre 2019

Suite à l’incendie industriel survenu à Rouen le 26 septembre 2019, Santé publique France met en place une étude auprès des habitants de plusieurs communes sur leur perception de l’accident, les symptômes ressentis et leur santé et qualité de vie actuelles

Mis à jour le 06 juillet 2020
Dans cet article

L’incendie industriel survenu à Rouen le 26 septembre 2019 sur les sites des entreprises Lubrizol et NL Logistique a potentiellement exposé les habitants et travailleurs de plusieurs communes de Seine-Maritime à diverses nuisances et substances toxiques : vue et bruit des flammes et des explosions, panache de fumées noires, retombées de suies, molécules chimiques odorantes, débris de fibrociment, etc. Santé publique France a été missionnée par la Direction générale de la santé pour évaluer l’impact sur la santé physique et mentale, à moyen et long termes, des personnes qui ont pu être exposées à un ou plusieurs de ces facteurs de risque sanitaire. La description et l’analyse de leurs perceptions de l’évènement, de leurs expositions et des symptômes ressentis, la mesure et la surveillance d’indicateurs de l’état de santé de la population, vont permettre aux autorités publiques de prendre des mesures sanitaires si elles sont nécessaires et d’adapter au mieux la gestion d’autres accidents industriels. 

Dans ce cadre, un ensemble d’études épidémiologiques est en cours de mise en place pour évaluer l’impact sanitaire de l’incendie : le dispositif « Santé Post Incendie 76 ». La première est une étude de santé et de qualité de vie, telle que les habitants la décrive. Menée au début du 3e trimestre 2020 sur un échantillon représentatif d’habitants des communes concernées par l’accident, cette étude intitulée 'Une étude à l'écoute de votre santé' va porter sur les symptômes et les problèmes de santé qui ont été ressentis, sur l’accès aux informations au cours de l’événement, ainsi que sur la santé et la qualité de vie des personnes interrogées au moment de l’étude.

Pourquoi cette étude et dans quels objectifs ?

Ce type d’enquête épidémiologique est réalisé en interrogeant directement les personnes concernées par le sujet étudié. Il permet de recueillir et analyser des informations sur les problèmes de santé ressentis par les habitants eux-mêmes au moment de l’accident industriel et dans ses suites – symptômes, plaintes, sensations – et qui ne sont consignés dans aucune source disponible d’informations sanitaires. 

Cette étude va notamment permettre de : 

  • caractériser la pollution engendrée par l’incendie du 26 septembre 2019 telle qu’elle a été perçue par les individus et vécue selon leur expérience personnelle
  • décrire l’état de santé général, le bien-être et la qualité de vie, au moment de l’étude, du point de vue des personnes interrogées
  • connaître les attitudes et les perceptions de la population concernant l’information disponible sur l’accident et les recommandations des pouvoirs publics

A noter qu’il ne s’agit pas d’une étude avec des prélèvements biologiques ou sanguins ni d’un suivi individuel de l’état de santé des personnes exposées à l’accident.

Comment l'étude se déroule-t-elle et selon quelle méthode ?

Etape 1 : la pré-enquête

Une pré-enquête a été réalisée au mois de février 2020 dans quatre communes touchées par l’incendie et représentant des situations contrastées : Petit-Quevilly, Bois-Guillaume, Préaux et Buchy. 

Son but était d’ajuster le questionnaire de l’étude de santé au plus près des sujets d’intérêt de la population. Des entretiens de groupe ont été réalisés avec les habitants de ces communes et des entretiens individuels ont été menés avec leurs maires et des professionnels de santé. Ils portaient sur le vécu de l’accident et de ses suites, les symptômes ressentis, les craintes suscitées en termes d’impact sur la santé et les attentes face à ce type de situation. 

Etape 2 : l'enquête en population

Population étudiée

L’enquête sera menée sur un échantillon représentatif de la population vivant dans la zone d’étude : 4 000 adultes vont être tirés au sort. Elle porte également sur la santé d’un enfant par ménage, soit 1 200 enfants. 

A noter que compte tenu de l’épidémie COVID-19 et de l’influence importante qu’elle va avoir sur les informations recueillies, une « zone témoin » sera prise en compte pour comparer les données observées dans la population enquêtée et pouvoir interpréter les résultats. Le Havre et sa périphérie nord ont été choisis comme zone témoin.

Les étapes d’élaboration du protocole

Un projet d’étude a été soumis fin 2019 au Comité national de l’information statistique (Cnis). Le protocole de l’étude a été élaboré par Santé publique France et discuté avec le Comité d’appui thématique et le Groupe Santé, de janvier à avril 2019. Un dossier de demande a été déposé en avril 2020 au Comité du label de la statistique publique, qui l’examinera en juin, afin de pouvoir utiliser le fichier Fidéli (Fichier démographique sur les logements et les individus) de l’Insee comme base de sondage pour constituer l’échantillon des personnes enquêtées. Par ailleurs, des demandes d’autorisation ont été déposées au Comité du secret statistique et à la Commission nationale informatique et liberté (Cnil).

Zone d'étude

La zone d’étude, dont les habitants constituent la population de l’étude, a été définie en fonction des informations disponibles sur l’événement accidentel et la pollution qu’il a générée. Cette zone couvre 122 communes et regroupe environ 300 000 habitants. 

Elle a été divisée en quatre strates selon les types d’exposition qu’elles ont subies : 

  • proximité du lieu de l’accident (divisée en deux, 0-700 mètres et 700-1500 mètres)
  • perception des odeurs
  • perception des odeurs et situation sous le panache de fumée noire
  • situation sous le panache de fumée noire

Carte interactive de la zone d'étude (cliquez sur la carte)

Carte de la zone d'étude de l'incendie de l'entreprise Lubrizol

Déroulement de l'étude

Un dispositif d’information (affiche, dépliants, lettres d’information, etc.) est en préparation à l’intention des habitants, des maires et des professionnels de santé de la zone d’étude. 

L’enquête va se dérouler au cours du 3e trimestre 2020. Les personnes tirées au sort recevront un courrier expliquant comment choisir un rendez-vous à leur convenance avec un enquêteur de l’institut Ipsos pour un entretien téléphonique qui dure 30 minutes environ. 

Le questionnaire de l’enquête sera administré au téléphone par un enquêteur spécialement formé de l’institut de sondage Ipsos, qui travaille étroitement avec Santé publique France sur de nombreuses enquêtes. Les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas répondre par téléphone pourront se connecter sur internet pour répondre au questionnaire. Un site Internet (www.sante-post-incendie-76) et un numéro vert dédié ont été prévus pour les participants à l'enquête. 

Principaux items du questionnaire

Le questionnaire comprendra deux modules qui se réfèrent à des temporalités différentes de l’état de santé : 
    
1. Sur la période de l’accident et ses suites :

  • Expositions perçues durant l’incendie
  • Nuisances liées à l’incendie : odeurs, suies, débris
  • Comportements adoptés suite à l’incendie
  • Ressenti, confiance des personnes par rapport aux informations et la gestion de l’événement
  • Symptômes et problèmes de santé ressentis (adulte)
  • Grossesse et allaitement
  • Santé de l’enfant

L’approche participative qui a été mise en place avec le Groupe Santé, complétée par la pré-enquête de nature sociologique, a permis d’adapter cette partie au contexte de l’accident industriel ainsi qu’aux attentes et sujets de préoccupation de la population qui en a été victime.

2. Sur la santé actuelle :

  • Etat de santé général
  • Satisfaction de vie
  • Santé globale
  • Attitudes à l’égard de l’environnement
  • Effet de la COVID-19
  • Habitudes de vie, tabac-alcool
  • Conditions de vie / Profession
  • Lien avec les entreprises Lubrizol et NL Logistique

Un module relatif à l’épidémie COVID-19 a été introduit afin de contrôler l’effet de l’épidémie et de ses conséquences sur les réponses des personnes interrogées. 

Toutes les informations recueillies seront analysées de façon anonyme, dans le respect des règles fixées par le RGPD (Règlement général sur la protection des données).

Quand et comment les résultats seront-ils restitués ?

Les données recueillies seront présentées au Comité de transparence et de dialogue et rendus publics auprès des personnes enquêtées, maires, professionnels de santé et à la population concernée par les études. 

Les résultats de l’étude seront publiés sur le site internet de Santé publique France et valorisés au travers d’articles scientifiques dans des revues à comité de lecture, ainsi que par des communications à des congrès nationaux et internationaux. 

Les premiers résultats de l’étude seront disponibles fin 2020-début 2021.

Autres études épidémiologiques du dispositif Santé Post Incendie 76

  • La surveillance régulière, pendant plusieurs années, d’indicateurs de santé tels que la fréquence de certains cancers et maladies chroniques, le nombre et les causes de décès, les issues de grossesse. Elle concerne l’ensemble de la population des communes touchées par l’accident et sera réalisée à partir des informations disponibles dans le Système national des données de santé qui enregistre la consommation de médicaments, les consultations médicales et autres soins, les causes d’hospitalisation, les décès, etc. 
  • L'appui aux Services de santé au travail pour suivre la santé des salariés des deux sites industriels sinistrés, des professionnels intervenus lors de l’accident et des employés d’autres entreprises qui ont été exposés aux nuisances générées par l'incendie. Il est destiné à définir, au regard des besoins qui pourraient être identifiés, une surveillance épidémiologique des travailleurs concernés. 
  • La recherche et la mesure, dans l’organisme des personnes exposées, de substances chimiques qui ont été dispersées par l'incendie. Cette étude, dite d’imprégnation ou de biosurveillance, sera conduite notamment si les résultats des analyses environnementales montrent qu’il est faisable et pertinent de mesurer certains biomarqueurs d’exposition dans le sang, les urines ou les cheveux.