Foire aux questions

Questions-réponses sur l'étude de santé et de qualité de vie après l’accident industriel de Rouen du 26 septembre 2019 : 'une étude à l'écoute de votre santé' et le dispositif Santé Post incendie 76

Mis à jour le 15 janvier 2021
Dans cet article

A quoi le dispositif Santé Post Incendie 76 va-t-il servir, quelle est sa finalité ?

Le dispositif d’études scientifiques « Santé Post Incendie 76 » a pour objectif d’évaluer l’impact global sur la santé, à court moyen et long termes, des personnes exposées à cet accident industriel de grande ampleur. Il comprend quatre composantes :

  1. Une étude de santé et de qualité de vie, intitulée « Une étude à l’écoute de votre santé » 
  2. La surveillance régulière, pendant plusieurs années, d’indicateurs de santé de la population avec les données médicales et administratives du Système national des données de santé (SNDS)
  3. Un état de la situation sanitaire des travailleurs exposés à l’incendie et ses rejets 
  4. La recherche et la mesure, dans l’organisme des personnes exposées, de substances chimiques qui ont été dispersées par l'incendie, en fonction des résultats du diagnostic de pollution environnementale liée à l’incendie

Sa finalité est de permettre aux autorités publiques de prendre des mesures sanitaires, si elles sont nécessaires, et adapter au mieux la gestion d’autres accidents industriels. Les résultats seront partagés avec d’autres acteurs qui mènent eux aussi des études de santé.

Fonder une étude sur ce que les gens perçoivent de leur santé, est-ce scientifiquement valide ?

Les informations issues de l’interrogation des personnes sur la perception de leur santé sont fiables lorsqu’elles sont collectées selon des méthodes rigoureuses, comme c’est le cas dans notre étude (utilisation de questionnaires et d’instruments psychométriques normalisés et validés). La communauté scientifique internationale reconnait leur validité car leur corrélation est démontrée avec les indicateurs de mortalité et de morbidité obtenus à partir des dossiers hospitaliers et des données enregistrées dans les bases médico-administratives. 

La mesure de la santé « déclarée » ou « perçue » par les personnes concernées fournit donc une information pertinente et scientifiquement valide sur l’état de santé d’une population. 

Santé publique France va-t-elle analyser des données médicales pour évaluer l’impact sanitaire de l’accident industriel ?

Oui, car l’enquête de santé et de qualité de vie ne peut pas répondre à toutes les questions qui se posent sur l’impact sanitaire potentiel de l’incendie des entrepôts de Lubrizol et NL Logistique. C’est pourquoi Santé publique France met en place plusieurs études complémentaires avec le dispositif Santé Post Incendie 76.

Ce dispositif d’études scientifiques comprend une surveillance épidémiologique à moyen et long termes, soit pendant une dizaine d’années voire plus, de la « cohorte » constituée par les 350 000 personnes vivant dans 122 communes de Seine-Maritime concernées par l’incendie. Pour ce faire, nous allons exploiter les données médicales et administratives du Système national des données de santé (SNDS), qui intègre toutes les données de remboursement de soins par l’Assurance maladie (médicaments et examens complémentaires, consultations de médecins et autres professionnels de santé), les données hospitalières du Programme de médicalisation du système d’information (PMSI) et les données du registre des décès (CepiDC). 

Toutes ces données sont enregistrées en continu et sont d’ores et déjà stockées dans la base du SNDS. Leur exploitation, même différée par rapport à la date de l’accident industriel, ne fera perdre aucune information sur l’état de santé de la population avant et après l’incendie.

Elles vont permettre d’analyser et de suivre l’évolution dans le temps d’indicateurs de santé sur la grossesse et la périnatalité, la fréquence de certains cancers et de maladies chroniques, les hospitalisations, les causes de décès, etc.

Pourquoi mener cette enquête sur un échantillon plutôt que sur l’ensemble de la population ?

La population de Seine-Maritime potentiellement exposée à l’accident compte environ 350 000 personnes : elle est trop nombreuse pour être interrogée dans son ensemble au cours de l’enquête « Une étude à l’écoute de votre santé ». 

C’est pourquoi nous collectons les données sur un échantillon représentatif de cette population ; nous procédons de la même manière pour la population témoin. En langage épidémiologique, il s’agit d’une enquête par sondage en population. 

Les échantillons de population sont constitués par tirage au sort, dans une base de données de l’Insee (Fidéli), afin qu’ils soient statistiquement représentatifs des populations desquelles ils sont issus. Ainsi, les résultats observés par l’étude pourront être généralisés à l’ensemble de la population de la zone d’étude et de la zone témoin, ce qui est un des grands avantages de cette enquête épidémiologique. 

La surveillance des indicateurs de santé, sur plusieurs années, qui va être réalisée à partir des données médicales et administratives du Système national des données de santé (SNDS), portera sur l’ensemble des 350 000 habitants de la zone d’étude.

L’étude s’intéresse-t-elle aux femmes enceintes ou allaitantes ?

Oui, et cela correspond à une attente forte de la population. Des questions concernent spécifiquement la grossesse et l’allaitement. Cependant, nous savons d’avance que le nombre de personnes concernées sera faible, autour d’une cinquantaine, car l’enquête est menée en population générale. Au plan méthodologique, une enquête menée sur un échantillon de la population générale n’est pas la plus appropriée pour décrire ce groupe spécifique de la population. 

Nous avons donc initié une réflexion pour organiser un suivi épidémiologique des issues de grossesse et d’autres indicateurs de périnatalité, à partir des données du Système national des données de santé (SNDS), afin d’identifier un éventuel impact de l’incendie industriel dans cette population. Ces travaux s’intègrent dans le volet du dispositif Santé Post Incendie 76 qui porte sur la surveillance à moyen et long termes de l’état de santé de la population exposée. Ils feront l’objet d’une information lorsqu’ils seront suffisamment avancés.

Les Gens du voyage, qui résident autour de Rouen, sont-ils pris en compte dans votre étude ?

Oui, car le protocole de l’enquête prévoyait d’inclure dans l’étude tous les ménages vivant à proximité immédiate de l’incendie, dont font partie les Gens du voyage qui résident sur l’aire d’accueil du Petit-Quevilly. Cependant, pour des raisons techniques, ces personnes ne pouvaient pas être tirées au sort dans la base de sondage utilisée pour constituer l’échantillon d’enquête. Grâce à la collaboration active de l’association Relais-Accueil des Gens du voyage, il a été possible de faire participer ce groupe de population à l’étude. Leurs réponses aux questionnaires (principal et santé mentale) ont été collectées dans le même temps lors d’entretiens en face-à-face.

L’étude est conduite selon une approche participative, en quoi consiste-t-elle ?

Cette étude a été élaborée selon un processus collaboratif, associé à une démarche scientifique. L’objectif de Santé publique France est double : respecter les bonnes pratiques épidémiologiques et répondre aux préoccupations et attentes de la population concernée, dans un esprit d’ouverture à la société civile.

Un « Groupe Santé » a été constitué par Santé publique France au niveau local, en janvier 2020, avec des membres du Comité de transparence et de dialogue (CTD) qui a été mis en place à Rouen par le préfet de Seine-Maritime. 

Depuis sa création, le Groupe Santé a été associé à toutes les étapes d’élaboration de l’étude : élaboration du questionnaire, définition de la zone d’étude, choix de la zone témoin, rédaction des supports de communication au public et aux personnes relais, etc. Plusieurs modules du questionnaire d’enquête ont ainsi été co-construits avec les membres du Groupe santé pour qu’il soit au plus près de ce qu’il s’est passé lors de l’incendie et les jours suivants et pour répondre aux attentes et préoccupations locales. 

En pratique, la mise en œuvre de cette approche participative représente une réunion mensuelle du Groupe Santé avec l’équipe de Santé publique France (y compris pendant le confinement), de multiples échanges par mail, la relecture de nombreux documents, etc.

La volonté de Santé publique France de faire participer la population et de prendre en compte dans le questionnaire ses principaux sujets d’intérêt s’est également concrétisée par la réalisation d’une pré-enquête qualitative, au mois de février 2020, auprès des maires, des professionnels de santé et d’habitants de quatre communes touchées par l’incendie.

Pourquoi l’étude a-t-elle été si longue à mettre en place ?

Deux principes d’action essentiels ont fait que l’élaboration de l’étude a demandé plusieurs mois de travail aux équipes de Santé publique France :

  • la recherche de la meilleure qualité scientifique, statistique et épidémiologique, pour assurer la qualité et la validité de nos résultats ;
  • la mise en place d’une approche participative, avec des représentants de la population concernée, afin de répondre aux préoccupations et attentes locales.

De plus, le contexte de l’épidémie Covid-19 a compliqué et freiné la mise en place de l’étude, les équipes de Santé publique France étant particulièrement mobilisées dans la gestion de cette crise sanitaire, de même que plusieurs des partenaires impliqués dans la réalisation de « Une étude à l’écoute de votre santé ».

Une pré-enquête a été réalisée, dans quels objectifs ?

Ce travail préparatoire a permis de nous assurer de bien prendre en compte, dans le questionnaire d’enquête, les principaux sujets d’inquiétude et attentes de la population. 

La pré-enquête a été réalisée en février 2020 dans quatre communes touchées par l’incendie et représentant des situations contrastées en termes de localisation géographique, d’exposition à l’accident et de statut socio-économique : Petit-Quevilly, Bois-Guillaume, Préaux et Buchy. 

Des entretiens individuels ont été réalisés avec les maires, des professionnels de santé (médecin généraliste, pharmacien d’officine, sage-femme, infirmière libérale, etc.), ainsi que des entretiens en groupes avec les habitants des 4 communes. L’objectif était de collecter des informations sur le vécu de l’accident et de ses suites, les symptômes ressentis, les préoccupations en termes d’impact sur la santé et les attentes face à ce type d’événement.

En pratique, comment se déroule l’étude et selon quel calendrier ?

Les personnes tirées au sort par l’Insee ont été destinataires d’un courrier et de documents expliquant les objectifs et la méthode de l’étude, ses modalités de participation ; un code secret a été fourni à chacune d’elles pour accéder et répondre au questionnaire en ligne. Un site internet et un numéro vert dédiés ont été mis en place à leur attention.

Le recueil des données du questionnaire principal a été réalisé de septembre à octobre 2020, auprès des personnes tirées au sort et acceptant de participer à l’étude. Il a été confié à la société Ipsos, spécialisée dans les enquêtes en population, qui l'a mis en œuvre selon le protocole d’étude de Santé publique France. Le questionnaire d’enquête pouvait être rempli sur internet ou par téléphone avec un enquêteur Ipsos.

Les données recueillies ont été transmises, enregistrées et analysées par Santé publique France de manière totalement anonyme. Conformément à la loi, les personnes interrogées bénéficient du droits d’accès, d’opposition, de rectification, de suppression et de limitation du traitement pour les données les concernant ou concernant leur enfant.

Peut-on obtenir le questionnaire d’enquête ?

Oui. Pour des raisons scientifiques, le questionnaire ne pouvait pas être diffusé avant que le recueil de toutes les données de l’étude ne soit terminé. La collecte s’étant achevée en décembre 2020, le questionnaire est désormais disponible sur le site internet de Santé publique France (disponible au téléchargement ici). 

Comment les données recueillies par votre étude seront-elles analysées ?

L’analyse des données comportera deux grandes étapes :

  • La première étape est descriptive : elle permettra de fournir les caractéristiques de l’échantillon (âge, genre, profession, etc.) et de vérifier qu’il est bien représentatif de la population d’étude, de calculer les pourcentages de personnes ayant été exposées à chaque nuisance générée par l’incendie et les proportions de personnes qui ont ressenti un ou plusieurs problèmes de santé (en distinguant chaque symptôme et les soins éventuellement reçus), enfin de décrire la santé de la population dans sa dimension physique et mentale. 
  • La seconde étape est analytique : les données de santé recueillies dans la population d’étude seront comparées à celles de la population témoin (les habitants du Havre et ses environs) et aussi croisées par des méthodes statistiques aux données d’exposition à l’incendie ou entre elles : l’objectif est de mettre en évidence, s’il existe, l’impact sanitaire de l’accident industriel.

La réalisation de cette étape analytique a nécessité plusieurs mois car elle est complexe au plan méthodologique et nous disposons de beaucoup de données collectées chez un grand nombre de personnes.

Comment se renseigner sur cette étude ?

Il est possible d’obtenir des informations complémentaires : 

Des questions peuvent également être posées sur la boîte contact du site internet dédié à l’étude : contact@sante-post-incendie-76.fr

D’autres enquêtes par questionnaire ayant déjà été faites, qu’est-ce que cette étude va apporter de nouveau ?

« Une étude à l’écoute de votre santé » vise à mesurer le plus solidement et scientifiquement possible l’impact de l’incendie sur la santé de la population, à court et moyen termes : expositions perçues, symptômes de santé suite à l’incendie, état de santé actuel. Au plan scientifique, cette étude épidémiologique possède plusieurs atouts :

  • elle repose sur une méthode statistique de qualité : elle permettra de refléter la diversité des caractéristiques des personnes touchées par cet incendie et de produire des résultats généralisables à l’ensemble de la population de Seine-Maritime concernée ;
  • elle utilise des questionnaires scientifiques standardisés, en particulier pour mesurer l’état de santé global des personnes, dont la validité scientifique est reconnue, et pour lesquels des données de référence sont disponibles en population française ce qui permet de faire des comparaisons ;
  • elle collecte des données de santé qui n’existent dans aucune autre source d’informations sanitaires ;
  • elle est réalisée dans une population témoin afin de faciliter l’interprétation des résultats obtenus par l’étude pour évaluer l’impact sanitaire attribuable à l’accident.

Un an après l’accident, les gens n’ont-ils pas oublié ce qu’ils ont ressenti ou fait au moment de l’accident industriel ?

Il existe effectivement un risque de bais de mémoire mais la littérature scientifique et les échanges avec le Groupe Santé montrent que les personnes conservent longtemps des souvenirs précis d’un évènement aussi marquant. 

Nous avons pu observer, lors du test du questionnaire réalisé en juillet avec Ipsos, que moins de 10% des personnes interrogées (3/40) ont répondu oui à la question « Avez-vous rencontré des difficultés pour répondre à certaines questions car elles concernent un événement survenu il y a trop longtemps ? ». 

Par ailleurs, l’impact sur la qualité de vie, et notamment sur la santé mentale, peut survenir à distance de l’évènement : il est ainsi intéressant d’avoir un certain recul pour pouvoir le mesurer.

Un an après l’accident, une telle enquête est-elle encore utile ?

Oui. Malgré ce délai de mise en œuvre, cette enquête apportera des informations uniques et indispensables sur la nature de l’exposition des personnes touchées et sur les conséquences immédiates sur leur santé, ainsi que sur l’état de santé et la qualité de vie actuels. En outre, ces premières informations faciliteront la mise en place d’un suivi de l’état de santé de la population à moyen et long termes.    

La population est inquiète par les effets à long terme sur la santé. Est-ce que cette enquête pourra y répondre ?

Non, car elle porte sur les effets sanitaires à court et moyen termes. Toutefois, les données qui sont recueillies, et qui seront complétées par les résultats des analyses environnementales, permettront d’orienter la mise en place d’une surveillance épidémiologique de l’état de santé de la population concernée par l’accident, à moyen et long termes, en ciblant par exemple certaines maladies. 

Quels sont les moyens humains mobilisés par Santé publique France pour réaliser cette étude ?

Malgré sa très forte implication sur l’épidémie COVID-19, Santé publique France a considéré que l’évaluation de l’impact sanitaire de l’accident industriel de Rouen est une priorité, justifiant la mobilisation d’une partie de son personnel. 

L’équipe en charge de l’étude est constituée de plusieurs épidémiologistes (spécialisés en santé mentale, santé environnementale, santé post-catastrophe), deux médecins de santé publique, deux statisticiens, un spécialiste des enquêtes en population et une sociologue, basés en Normandie et au siège de Santé publique France. 

Cette équipe bénéficie d’un appui et des conseils de personnalités extérieures à Santé publique France : les membres du Groupe Santé et le professeur Marcel Calvez qui en assure la coordination, les experts du Comité d’appui thématique et, plus ponctuellement, des spécialistes de l’Insee et de la Drees. 

Entre le jour de l’accident industriel et le lancement de l’étude, que s‘est-il passé ?

Santé publique France s’est mobilisée le jour-même de l’accident industriel de Rouen, le 26 septembre 2019. 

La surveillance épidémiologique des effets aigus ayant motivé une consultation aux urgences ou de SOS Médecins a été mise en place le jour de l’accident et poursuivie pendant un mois (en savoir plus sur l’action immédiate mise en place).

  • Octobre 2019 : Santé publique France a été saisie par la Direction générale de la santé pour réaliser le suivi sanitaire de l’incendie. Depuis, un travail a été engagé sur la réponse épidémiologique globale à apporter, qui s’est concrétisé par le dispositif « Santé Post Incendie 76  ».
  • Décembre 2019 : démarrage de l’élaboration de l’étude en concertation étroite avec le Groupe Santé, à partir de janvier 2020, et avec l’appui scientifique du Comité d’appui thématique depuis le mois de mars. 
  • 1er semestre 2020 : rédaction du protocole d’étude, réalisation d’une pré-enquête dans 4 communes, conception et test du questionnaire, préparation logistique de l’enquête, préparation du dossier pour le Comité du label de l’Insee, etc. Ces travaux ont été faits en lien avec le Groupe Santé local et le Comité d’appui thématique national.
  • 2ème semestre 2020 : collecte des données du questionnaire principal, du questionnaire complémentaire sur la santé mentale et démarrage de l’analyse statistique.

Les trois autres volets du dispositif « Santé Post Incendie 76 » font également l’objet de travaux depuis plusieurs mois. Leur contenu et leur état d’avancement seront prochainement communiqués.

Y’a-t-il eu des prélèvements biologiques pour mesurer l’imprégnation de la population à différentes substances toxiques ?

Non, car la mise en place d’une étude de biosurveillance sera décidée en fonction des résultats des mesures de pollution réalisées dans l’environnement. Ceci pour cibler les substances à rechercher et les zones où les populations ont pu être exposées à ces substances.

Si les résultats des enquêtes environnementales montrent qu’une ou plusieurs substances sont retrouvées à une concentration plus importante que ce qu’elles devraient être dans l’environnement, l’enquête de biosurveillance sera mise en place. Dans ce cas et à partir de prélèvements biologiques, l’objectif est de décrire les niveaux d’imprégnations de la population aux substances retrouvées suite à l’accident et de proposer des mesures complémentaires de réduction de l’exposition ou de réfléchir, en lien avec les professionnels de santé, aux suivis des personnes les plus vulnérables.

L’Ineris est en train de réaliser, à la demande de Santé publique France, une base de données avec une synthèse et une cartographie des résultats de mesures de polluants faites dans l’environnement. La confrontation de cette information organisée des données environnementales, aux critères de pertinence et de faisabilité préalablement définis, sera déterminante pour engager ou pas une étude de biosurveillance en population.

Le dépôt de substances chimiques dans l’environnement constitue un risque d’exposition de la population. Réduire ce risque d’exposition est l’objectif de santé publique, et c’est pour cela qu’il est important de bien caractériser l’état des milieux environnementaux. Cela est d’autant plus important pour les substances bioaccumulables dont l’effet peut persister après que l’exposition ait été supprimée.

Y’a-t-il eu des des prélèvements biologiques dits « conservatoires » ?

Il s’agit de prélèvements de milieux biologiques humains – de sang, d’urine, de cheveu, de lait, etc. – qui sont réalisés a priori en post-accidentel immédiat, avant même de disposer de la connaissance exacte des substances émises, et qui permettent d’avoir le matériel biologique nécessaire pour analyser l’exposition humaine. Santé publique France n’a pas réalisé de tels prélèvements.

Les études de biosurveillance sont des études en population qui sont complexes à mettre en place, notamment en urgence dans un contexte post-accidentel, du fait :

  • du grand nombre de substances ou de biomarqueurs d’exposition potentiels à rechercher, du choix du milieux biologiques dans lesquels les mesurer 
  • des techniques de laboratoires pouvant être utilisées : prélèvement et conservation des échantillons, matériels et méthodes de mesures analytiques, existence de laboratoires en capacité de les mettre en œuvre
  • de l’interprétation des résultats biologiques, surtout en l’absence de références, et qui est dans certains cas est complexe et nécessite des données complémentaires (car des biais sont possibles) et souvent des mesures répétées dans le temps
  • de considérations éthiques : prélèvements invasifs, conseils à donner aux personnes, …

Bien conscient de la forte attente des populations dans ce domaine, Santé publique France réfléchit à la faisabilité et à la préparation nécessaire pour réaliser, lors des futurs accidents industriels, une campagne de prélèvements biologiques conservatoires en période post-accidentelle immédiate.

Quelle est l’action de Santé publique France concernant la santé des travailleurs exposés à l’accident ? Dans quel calendrier s’inscrit-elle ?

La réponse de Santé publique France a consisté à mettre en place le Groupe d’alerte en santé travail (Gast) Normandie, en date du 29 octobre 2019, sur demande de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte). 

Ce groupe, placé auprès de Santé publique France, réunit des spécialistes de plusieurs disciplines : médecins des Centres de consultation de pathologie professionnelle et environnementale (CCPPE), médecin du Centre antipoison et de toxicovigilance (CAP-TV), médecin inspecteur régional du travail (Direccte) et épidémiologistes de Santé publique France. 

Le Gast a pour objectif de dresser un état des lieux des expositions des travailleurs, du suivi médical et des effets ou évènements sanitaires aigus relevés par les Services de Santé au Travail, après l’incendie, afin de proposer une stratégie de surveillance de ces populations pour évaluer les conséquences sanitaires, dont psychologiques, de l’évènement à plus long terme. 

Une surveillance médicale et biologique a été mise en place par les Services de Santé au Travail des entreprises et institutions publiques concernées. Elle portait notamment sur un suivi à 1 mois et 6 mois. Ce suivi a pris du retard du fait de la COVID-19 et toutes les informations n’ont pas encore pu être recueillies par Santé publique France. 

Les conclusions des travaux du Gast sont attendues en 2020.

Quels sont les effets des odeurs sur la santé des personnes qui, encore aujourd’hui, les ressentent ? Quelles sont les molécules responsables de ces odeurs ? Connait-on leur toxicité ? Peut-on les mesurer dans l’organisme des personnes qui les sentent ?

L’incendie des entrepôts de Lubrizol et NL Logistique et les travaux de réhabilitation qui ont suivi ont répandu autour du site des odeurs liées à la diffusion aérienne de substances ayant brûlé et de produits chimiques exposés à l’air libre dans les décombres de l’accident. Ces odeurs ont été ressenties par les habitants de l’agglomération rouennaise. Les nombreux signalements reçus par l’association Atmo Normandie, notamment sur son application internet ODO, ont permis de les décrire et de renseigner les effets sanitaires déclarés comme étant associés à leur perception. La surveillance réalisée par des personnes qualifiées (les « nez ») a également contribué à caractériser les types d’odeur générés et leurs variations.

La question des effets sanitaires entraînés par la perception d’odeurs désagréables doit être distinguée de la question de la toxicité éventuelle des substances chimiques responsables du stimulus olfactif. En effet, une perception olfactive gênante peut induire des effets néfastes sur la santé selon des mécanismes d’action qui sont différents de ceux mis en jeu par la toxicité chimique de la molécule sur l’organisme.

La connaissance de la nature des molécules émises lors de l’incendie et ses suites et de leur toxicité pour l’Homme est utile, notamment pour guider les études épidémiologiques (mesure biologique et suivi des expositions, surveillance à long terme des indicateurs de santé). Toutefois, ce niveau de précision n’est pas nécessaire pour étudier l’impact sanitaire de la perception d’odeurs désagréables et, plus globalement, de l’exposition à des substances chimiques odorantes.

Les effets sanitaires associés aux émissions odorantes pendant et après l’incendie des entrepôts de Lubrizol et NL Logistique peuvent être importants (fortes gênes accompagnées de maux de tête, nausées, vomissements) et ont été ressentis par de nombreux riverains. Les études sont toujours en cours pour décrire précisément ces effets, et l’enquête épidémiologique « Un étude à l’écoute de votre santé » devrait permettre de mieux connaître l’impact de la perception d’odeurs sur la santé de la population exposée. Ses résultats pourront être ajoutés à ceux des autres études du dispositif Santé Post Incendie 76 afin d’avoir une vision complète des conséquences sanitaires de l’incendie.