Repérer et traiter les intoxications oxycarbonées

Publié le 18 Mars 2005
Mis à jour le 5 juillet 2019

L'intoxication oxycarbonée reste un problème important de santé publique, responsable de décès et d'une importante morbidité, neurologique notamment. Ce rapport a permis de confirmer la diversité des étiologies, la difficulté du diagnostic, la méconnaissance habituelle du danger de l'exposition au monoxyde de carbone. La meilleure utilisation des capteurs de CO, l'information du public, l'amélioration de la connaissance des situations à risque, la généralisation du système de déclaration à l'échelon national devraient permettre de mieux préciser l'incidence de ces intoxications, ses causes et l'impact des mesures de prévention. Une fois l'intoxication décelée, la prise en charge d'un intoxiqué au monoxyde de carbone doit être la plus précoce possible. Dès le diagnostic évoqué, il convient de soustraire la ou les victimes de l'atmosphère toxique, aérer les locaux, arrêter la source de CO tout en veillant à ce que les sauveteurs ne soient pas eux-mêmes intoxiqués. Quand elle est possible, la détermination de la concentration de CO dans l'atmosphère est un élément utile pour le diagnostic. Simultanément, la condition cardiorespiratoire de la victime doit être évaluée et stabilisée si besoin. L'évaluation clinique comprendra un examen neurologique soigneux (état de conscience, tonus, réflexes et motricité) ainsi qu'un examen général en particulier pulmonaire et cardiaque (ECG dès que possible). Le patient doit être placé le plus rapidement possible sous oxygène au masque facial à fort débit (12 à 15 l/min chez l'adulte) de façon que la FiO2 soit la plus proche de 1 ou, si l'état respiratoire l'exige, sous ventilation contrôlée en oxygène pur. La victime sera évacuée à l'hôpital toujours sous oxygène. Là, l'évaluation clinique sera complétée par la réalisation d'un dosage de carboxyhémoglobine le plus précoce possible, dont l'interprétation doit tenir compte de l'âge et du terrain, des habitudes tabagiques du patient et de son entourage, du délai séparant l'éviction de l'atmosphère toxique du dosage et de l'administration d'oxygène. Le traitement symptomatique des défaillances circulatoires ou respiratoires sera poursuivi, de même que la prise en charge d'une autre défaillance éventuellement associée (rhabdomyolyse). Le traitement étiologique de l'intoxication par CO est l'administration d'oxygène. Ses modalités varient selon sévérité du tableau induit. L'oxygénothérapie hyperbare est recommandée dans les intoxications ayant entraîné un coma, une perte de connaissance initiale ou des anomalies cliniques objectives. Elle est également recommandée chez la femme enceinte intoxiquée du fait du risque foetal. Dans les autres cas, l'oxygène peut être administré sous forme normobare, à la FiO2 la plus proche possible de 1 et pendant au moins 12 heures. Enfin, avant la sortie de l'hôpital, on devra prévenir la victime de la mise en place d'un suivi et l'éduquer (elle et son entourage) vis à vis des risques liés au CO. Un signalement à la DDASS permet de déclencher une enquête technique destinée à rendre sûr le retour à domicile. Le plan national " santé environnement " prévoit une réduction de 30 % de la mortalité par intoxication oxycarbonée à l'horizon 2008. Afin de respecter cet objectif, le groupe fait les recommandations suivantes : - poursuivre la politique de déclaration et d'analyse des causes d'intoxication à l'échelon national, - améliorer l'information du public sur les dangers de cette intoxication tant en milieu domestique que professionnel, - renforcer la formation de l'ensemble des médecins et des professionnels de santé sur les causes d'intoxication, les moyens de prévention, les bonnes pratiques de prise en charge. Cela peut se faire tant dans la formation initiale que dans les cycles de formation continue, - mettre en place un plan coordonné de recherche, expérimentale et clinique, visant à mieux comprendre les conséquences d'intoxication, notamment sur le système nerveux central de l'adulte et du foetus, afin d'envisager d'autres voies thérapeutiques que celles qui sont actuellement disponibles, - veiller à ce que les moyens nécessaires pour le fonctionnement des centres hyperbares à l'échelon national leur permettent la prise en charge des intoxications le nécessitant, - renforcer la réglementation de la prévention technique (caractéristiques des appareils, caratéristiques des installations et détection).

Auteur : Arditti J, Blettery B, Conso F, de Claviere C, Crocheton N, Delcroix M, Galliot Guilley M, Geronimi JL, Lapostolle F, Mathieu D, Mathieu Nolf M, Raphael JC, Ruttimann M, Salines G
Année de publication : 2005
Pages : 71 p.