L'approche holistique des patients consultant pour borréliose de Lyme présumée aboutit à 9,6% de confirmation diagnostique

Publié le 7 Mai 2019
Mis à jour le 11 juillet 2019

Introduction : savoir si les patients présentant des symptômes chroniques attribués à la borréliose de Lyme (BL) ont une BL ou une autre maladie est une question récurrente depuis les années 1990. Méthodes : nous avons évalué les patients symptomatiques consultant dans un hôpital universitaire parisien de janvier 2014 à décembre 2017 pour une BL présumée avec une approche holistique, incluant le traitement présomptif. Ces patients ont été classés comme BL confirmée s'ils répondaient à quatre critères (sauf en cas d'érythème migrant ou un seul suffisait) et BL possible en présence de trois critères incluant une réponse clinique au traitement présomptif. Les patients atteints de BL confirmée ont été comparés à ceux diagnostiqués avec d'autres maladies. Résultats : parmi les 301 patients inclus (183 hommes, 118 femmes, âge médian 50 ans), 275 (91%) ont été exposés à des morsures de tiques et 165 (54%) piqués par une tique. À la consultation initiale, 151 (50%) avaient déjà été traités avec une médiane d'1 (1-22) cure d'anti-infectieux, pendant 34 (28-730) jours. Le nombre médian d'organes symptomatiques était de 3 par patient (1-12) avec une durée médiane des symptômes de 16 (1-68) mois. Le nombre médian de signes était de 0 (0-2). La sérologie ELISA était positive chez 84/295 (28%) patients pour les IgM et 86/295 (29%) pour les IgG ; le Western Blot était positif chez 21/191 (11%) patients pour les IgM et chez 50/191 (26%) pour les IgG. Le traitement présomptif après la présentation initiale a échoué chez 46/88 patients (52%). Globalement, le traitement présomptif a échoué chez 181/223 (81%) patients. Le diagnostic de BL a été confirmé chez 29 patients (10%) et s'est avéré possible chez 9 (3%). Parmi les 243 patients présentant un diagnostic autre qu'une BL, les principales maladies étaient d'origine psychologique, rhumatologique, neurologique ou autre, respectivement chez 76 (31%), 48 (20%), 37 (15%) et 82 (34%) individus. Les patients souffrant d'autres maladies que la BL étaient significativement plus jeunes, avaient plus de symptômes, une plus longue durée d'évolution, moins de signes cliniques objectifs et moins fréquemment de sérologies positives pour la BL. Conclusion : les phénomènes de sur-diagnostic et de sur-traitement de la BL sont importants dans notre étude, concordant avec deux autres études françaises. Les autorités sanitaires de notre pays devraient se pencher sur ce problème préoccupant, à l'heure du bon usage des antibiotiques.

Auteur : Haddad Elie, Chabane Kahina, Jaureguiberry Stéphane, Monsel Gentiane, Pourcher Valérie, Caumes Éric
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 2019, n°. 14, p. 248-255