Expositions aux rodonticides à base d'alphachloralose (AC) : étude rétrospective des observations enregistrées par les centres antipoison (CAPTV) français de 1999 à 2012

Publié le 1 Juin 2015
Mis à jour le 5 juillet 2019

Objectif : l'Anses a sollicité le Comité de coordination de toxicovigilance afin de décrire l'exposition humaine à l'AC au moyen des cas collectés par le réseau des CAPTV, en métropole et dans les départements et collectivités d'outremer (DCOM), les objectifs étant d'évaluer le nombre, la répartition géographique, la gravité et les circonstances d'exposition. Méthodes : étude rétrospective analysant les expositions d'imputabilité non nulle à des préparations à base d'AC, colligées par les CAPTV français dans la base nationale des cas d'intoxication (BNCI) de juillet 1999 au 31 décembre 2012. Résultats : entre juillet 1999 et décembre 2012 inclus, les CAPTV ont recueilli 1071 dossiers d'exposition à l'AC. Le nombre d'expositions annuelles était relativement stable (63 à 108 cas par an). Les expositions étaient symptomatiques dans la moitié des cas (n = 537) et graves dans le tiers d'entre elles (n = 348, soit 65 % des intoxications). Vingt et un décès ont été observés, parmi lesquels 7 étaient pré-hospitaliers. Les sujets exposés étaient majoritairement des adultes (61 %). Les expositions accidentelles (n = 513, soit 48 % du total) étaient symptomatiques dans 87 cas (17 %) et graves dans 12 cas (2,1 %). Aucun décès accidentel n'a été observé. Les expositions étaient volontaires dans plus de 52 % (n = 539) des cas (versus 15 % tous agents confondus en BNCI). Ces expositions volontaires étaient symptomatiques dans 81 % des cas, graves dans près de 61 % et 19 décès étaient répertoriés. Pour 2 autres décès les circonstances étaient indéterminées. Les cas d'exposition d'adultes étaient pour 80 % des tentatives de suicide, avec un sexe ratio H/F de 1,17 (versus 0,49 tous agents confondus (p < 103). Les intoxications suicidaires mono-agent (360 cas) étaient souvent graves (222 cas). Parmi elles, 156 patients étaient comateux, intubés et ventilés, avec, dans la plupart des cas, hypertonie, myoclonies, convulsions ou états de mal associés. Dans 21 cas, les patients étaient comateux mais non intubés et présentaient un autre critère de gravité (convulsions, état de mal, hypertonie généralisée, état de choc, cyanose, rhabdomyolyse). Dans 41 cas les patients n'étaient pas comateux mais présentaient un autre signe grave (convulsions, état de mal, détresse respiratoire, pneumopathie). Quatre patients étaient décédés avant la prise en charge. Des atteintes respiratoires (encombrement, hypersécrétion, détresse respiratoire, pneumopathie...) n'étaient signalées que chez 58 de ces 222 patients. Parmi les patients pour lesquels la dose supposée ingérée (DSI) était faible (d 3 g), 41 % présentaient des signes de gravité. Deux expositions volontaires chroniques ayant entraîné de multiples épisodes de convulsions sont à noter. Un focus sur les DCOM montrait une incidence de 50,6 cas/107 [45,2 56,8] versus 12,5 cas/107 [11,8 13,3] personnes-années en France métropolitaine, soit un odds ratio de 4,1 [3,4 4,8]. Ces expositions étaient un peu moins fréquemment symptomatiques mais la proportion de cas graves (32 %) restait similaire à celle de l'étude globale (33 %). Les expositions accidentelles étaient aussi nombreuses que les volontaires (72/72). La notion de préparation sur un aliment support (pain, saindoux...) était présente dans près de 40 % des expositions accidentelles (28/72). Dans 5 de ces 72 cas (7 %), la préparation était officinale. Conclusions : le profil des intoxications par AC, majoritairement volontaire, est différent de celui des intoxications tous agents confondus. Elles sont fréquemment graves, même lorsque la DSI est faible, ce qui est en accord avec la forte toxicité de cette substance. Les intoxications accidentelles, moins souvent graves, le sont cependant dans plus de 2 % des cas. La modification du conditionnement des préparations commerciales afin de rendre l'AC inaccessible et l'interdiction de la vente au grand public d'AC en nature permettraient de limiter le nombre des cas et leur gravité.

23e congrès SFTA et 53e congrès STC, Arcachon, 2-5 juin 2015

Auteur : Pulce C, Langrand J, Boels D, Nisse P, Pineau X, Puskarczyk E, Boucaud Maitre D, Marcotullio E, Blanc I, Sinno Tellier S, Rambourg MO
Toxicologie Analytique et Clinique, 2015, vol. 27, n°. 2, supplément, p. S17-8