Investigation du signalement de deux cas de cancers à l'école de Ruitz

Publié le 1 Mars 2008
Mis à jour le 5 juillet 2019

En novembre 2005, le maire de la commune de Ruitz (1588 habitants) a signalé à la Ddass du Pas-de-Calais la survenue de deux cas de cancers cérébraux chez des enfants scolarisés dans l'école maternelle de la commune, qui accueille environ 95 enfants chaque année. Un des enfants est décédé en 2004, le second cas a été diagnostiqué en novembre 2005. A proximité de cette école est installé un poteau surmonté d'une station de base (relais de téléphonie mobile SFR), en fonctionnement depuis début octobre 1998. Les parents d'élèves s'inquiètent du rôle de l'antenne sur la santé des enfants. La préoccupation des parents d'élèves sur le fonctionnement de cette antenne de téléphonie mobile existe depuis plusieurs années. Dès 1999, les riverains et les parents d'élèves s'étaient mobilisés pour le déplacement de ce pylône. Ils ont fait appel à des associations dont Priartem (association pour une réglementation des implantations des antennes de téléphonie mobile). L'investigation menée par la Cire Nord et présentée dans ce rapport suit les premières étapes du Guide méthodologique pour l'évaluation et la prise en charge des agrégats spatio-temporels de maladies non infectieuses de l'InVS : - vérification du signal sanitaire par la collecte de données médicales sur les cas et la recherche d'éventuels autres cas de cancers pédiatriques parmi les enfants ayant fréquenté l'école ; - recherche bibliographique sur les cancers de l'enfant et leurs facteurs de risques avérés ou suspectés ; - recherche bibliographique sur les antennes relais de téléphonie mobile et la survenue d'effets sur la santé ; - mesure des niveaux de champs électromagnétiques émis par l'antenne relais située près de l'école maternelle de Ruitz (réactivée une journée) puis comparaison avec les niveaux de référence. Cette mesure a été effectuée par un bureau d'étude agréé, en présence d'un huissier et de quelques parents d'élèves ; - recherche de données sur d'autres sources d'exposition environnementale éventuelle dans la commune (en particulier étude des industries de la zone industrielle). L'hypothèse d'un lien entre la survenue des cancers pédiatriques et une exposition à des champs électromagnétiques de radiofréquence (CEM RF) émis par l'antenne relais ne peut être retenue dans le cadre de cette investigation. En effet les principales incertitudes scientifiques concernant d'éventuels effets sanitaires des CEM RF portent sur l'usage de téléphone portable (risque de tumeurs secondaire à une exposition concentrée sur la tête et le cou) et non sur une exposition aux antennes relais. De plus, les mesures de champs électromagnétiques réalisées à Ruitz, ont confirmé des niveaux d'exposition faibles, très inférieurs aux limites réglementaires. Au terme des investigations, nous n'avons pas pu mettre en évidence de surexposition significative des populations de Ruitz à un facteur de risque environnemental. Il est possible que le regroupement de cancers observés chez les enfants relève de facteurs de risque individuels et de la distribution aléatoire des cancers sur le territoire. On peut ainsi estimer statistiquement que si l'on surveillait pendant 10 ans tous les regroupements de 300 enfants sur le territoire, il y aurait au moins 400 situations où du simple fait du hasard 3 cancers seraient observés. Dans une situation comme celle de Ruitz où les cas sont en petit nombre et impliquent des types de cancers différents, il est proposé de poursuivre la surveillance épidémiologiques de la survenue éventuelle d'autres cancers pédiatriques dans la commune par l'interrogation régulière des deux registres nationaux des cancers pédiatriques (R.A.)

Auteur : Masson N, Ilef D
Année de publication : 2008
Pages : 23 p.