Les chercheurs d'or et la pollution par le mercure en Guyane française : conséquences environnementales et sanitaires

Publié le 1 Mai 2006
Mis à jour le 5 juillet 2019

Les activités d'orpaillage en Guyane française sont à l'origine d'une double pollution mercurielle, liée aux rejets de la forme élémentaire du métal (Hg°) utilisée en tant qu'agent d'amalgamation et à l'érosion des sols très anciens du Bassin amazonien, naturellement riches en mercure inorganique (HgII). Hormis les expositions professionnelles via l'inhalation du Hg° (brûlage des amalgames, raffinage de l'or), la contamination des populations humaines repose sur la consommation des produits de la pêche, plus précisément des poissons carnivores et piscivores. Ils accumulent de fortes concentrations de mercure, supérieures à la norme définie par l'Organisation mondiale de la santé de 0,5 lg Hg/g (poids frais), par le biais de la bioamplification le long des chaînes alimentaires de la forme organique du métal, le monométhylmercure (MMHg). Ce dernier résulte de la méthylation du HgII par les bactéries, au sein des milieux aquatiques anoxiques (sédiments, barrages...). Par le jeu de transferts cumulatifs " proies/prédateurs ", la bioamplification conduit à des concentrations du MMHg dans le tissu musculaire des poissons situés au sommet des réseaux trophiques plusieurs dizaines de millions de fois supérieures à celles qui sont mesurées dans la fraction dissoute des milieux aquatiques. Ainsi, les populations humaines qui consomment ces poissons quotidiennement, et en grande quantité, présentent des niveaux d'imprégnation, estimés par le dosage du mercure dans les cheveux, supérieurs à la norme qui est actuellement de 10 lg Hg/g. Tel est le cas en Guyane des communautés amérindiennes du Haut-Maroni. Les études épidémiologiques sur le développement psychomoteur de l'enfant qui ont été conduites chez les Amérindiens de Guyane montrent de légères baisses de performances sur les tests mesurant la coordination motrice et l'organisation visuospatiale. Ces résultats sont conformes à la littérature internationale pour ces niveaux d'exposition. Les actions entreprises actuellement par les autorités sanitaires s'orientent vers la réduction des nouvelles contaminations et vers l'information des communautés amérindiennes, plus particulièrement les femmes enceintes et allaitantes et les jeunes enfants, de façon à infléchir leurs pratiques alimentaires vers la consommation des espèces de poissons les moins contaminées.

Auteur : Boudou A, Dominique Y, Cordier S, Frery N
Environnement risques & santé, 2006, vol. 5, n°. 3, p. 167-79