Leptospirose

La leptospirose est une zoonose bactérienne de répartition mondiale. En France la leptospirose est un enjeu de santé publique notamment dans les outre-mer où l’incidence y est élevée.  

Mis à jour le 17 juin 2019

Leptospirose : la maladie

La leptospirose, une maladie à ne pas négliger

La leptospirose est due à des bactéries leptospires. Les leptospires appartiennent au phylum des spirochètes. Le genre Leptospira comprend 22 espèces, dont 10 pathogènes, et plus de 300 sérovars regroupés en au moins 24 sérogroupes. Les leptospires pathogènes sont responsables d’une zoonose de répartition mondiale, la leptospirose, où l’Homme se retrouve être un hôte occasionnel dans un cycle impliquant des animaux sauvages et domestiques.

Le nombre de cas annuel de leptospirose humaine dans le monde est estimé à plus d’un million avec une létalité d’environ 6%.

Si la maladie reste relativement rare en France métropolitaine, une hausse du nombre de cas de leptospirose a été récemment observée, de 300 cas par an, à 600 cas depuis 2014, On retrouve une incidence annuelle autour de 1 cas pour 100 000 habitants.

De plus, la leptospirose a des taux d’incidence 10 à 80 fois plus élevés dans les outre-mer qu’en France métropolitaine. Ce qui en fait un problème de santé publique important.

Les chiffres-clés de la leptospirose
Infographie concernant la leptospirose

Transmission directe ou indirecte par les animaux

L’homme est un hôte occasionnel des espèces pathogènes de leptospires, responsables de la leptospirose, dans un cycle impliquant les animaux sauvages et domestiques. Le réservoir animal est très diversifié, et outre les rongeurs (rats, ragondins, souris, mulots), il comprend certains carnivores (mangoustes, renards), des animaux d’élevage (bovins, caprins, ovins, chevaux, porcs) et des animaux de compagnie (chiens). Tous ces animaux, souvent porteurs sains, excrètent les leptospires dans les urines. Les leptospires se maintiennent assez facilement dans le milieu extérieur (eau douce, sols boueux), ce qui favorise la contamination. Chez l’homme, la contamination directe (contact animal) est peu fréquente par rapport à la contamination indirecte (contact avec le sol ou l’eau contaminée).

Des facteurs favorisants

Les facteurs comportementaux favorisant la transmission de la maladie à l’homme sont : les activités professionnelles ou de loisirs entraînant un contact cutanéo-muqueux :

  • soit avec des milieux pouvant être contaminés par l’urine d’animaux infectés (chasse, pêche en eau douce, activités nautiques en eau douce, jardinage, courses extrêmes…) ;
  • soit avec les animaux eux-mêmes : agriculture, horticulture, travail du bâtiment, travail de voirie, élevage, abattage d’animaux, chasse, pêche en eau douce.

Ces activités en extérieur sont naturellement favorisées tout au long de l’année par le climat chaud des départements d’outre-mer par rapport à celui de la France métropolitaine, et qui, pour la même raison, sont plus facilement pratiquées sans protection (bottes, gants).

Les mesures de prévention de la leptospirose

Les mesures de prévention reposent sur des mesures de contrôle collectives incluant la dératisation, le contrôle des populations animales en milieu rural, le contrôle des effluents des élevages industriels, le drainage des zones inondées, la gestion des déchets d’une façon générale.

La prévention de la leptospirose repose également sur des mesures individuelles de protection contre la contamination par les urines d’animaux.

Il s’agit de :

  • Porter des équipements de protection lors :
    • des activités professionnelles à risque (élevage, égoutiers, éboueurs, agriculteur, travail de la terre etc….) incluant bottes, gants, cuissardes, vêtements de protection, voire lunettes anti- projections en cas de risque de projection ;
    • de la pratique de sports en eau vive tels que le canyoning, le kayak, incluant une combinaison protectrice, des bottillons et des gants.
  • Éviter de se baigner dans l’eau trouble ou boueuse
  • Éviter de marcher pieds-nus ou en sandales ouvertes sur un sol boueux, dans les flaques, eaux stagnantes, ravines (en particulier dans les départements ultra marins)
  • Protéger les plaies du contact de l’eau par des pansements étanches

Après une exposition à risque il faut :

  • Laver à l’eau potable et désinfecter les plaies
  • En cas de fièvre, consulter un médecin en mentionnant l’activité à risque pratiquée

En France, un vaccin est disponible et efficace contre L. Icterohaemorrhagiae (30% des cas reportés de leptospirose). Il s’agit d’un vaccin avec 3 injections initiales puis rappel tous les 2 ans. Le vaccin est réservé à certaines catégories professionnelles à risque (égoutiers, éboueurs) ou les personnes pratiquant régulièrement des activités récréatives à risque après une évaluation individualisée par un médecin. La vaccination des groupes à risque ne dispense aucunement de la mise en place systématique des mesures de prévention.

Des symptômes très variés

La présentation clinique de la leptospirose est extrêmement variée, allant d’un syndrome grippal bénin dans la majorité des cas jusqu’à un tableau de défaillance multiviscérale (hépatorénale) potentiellement mortelle. Dans son expression typique, la leptospirose débute après une incubation de 4 à 19 jours, par l’apparition brutale d’une fièvre élevée (en général >39°C), accompagnée de douleurs musculaires, articulaires, abdominales et de forts maux de tête. La maladie peut s’aggraver 4 à 5 jours après les premiers signes et s’étendre au foie (ictère), aux reins, aux poumons, aux méninges. 

Le diagnostic

L’établissement du diagnostic de leptospirose repose sur la conjonction d’arguments cliniques, biologiques et épidémiologiques. Le polymorphisme clinique peut conduire à un retard thérapeutique délétère par confusion avec des diagnostics différentiels tels que le virus de la grippe, le virus du chikungunya ou le virus de la dengue. Le diagnostic différentiel avec d'autres pathologies infectieuses, particulièrement en zone tropicale, est essentiel pour l’instauration rapide d'une antibiothérapie.

La confirmation biologique de la leptospirose, repose sur l’isolement de la bactérie, la présence d’ADN dans les échantillons biologiques ou la sérologie positive dans un contexte clinique et épidémiologique évocateur.

Seules les techniques de biologie moléculaire, i.e. détection de l’ADN des leptospires dans les échantillons cliniques (le sang, le liquide céphalo-rachidien ou plus tardivement les urines), permettent un diagnostic précoce de la maladie (dès l’apparition des signes cliniques) et rapide (en 24 heures). Le diagnostic direct repose alors dans les 10 premiers jours après le début de la maladie sur la PCR (dans le sang, le LCS, les urines) qui permet un diagnostic rapide (24 heures), ou la culture (lente et difficile) puis à partir de 10 jours de PCR uniquement sur les urines ou le LCS.

La sérologie peut également être utilisée à partir du 6e jour. Un premier résultat sérologique négatif ne permet pas d’exclure le diagnostic et l’analyse doit être impérativement répétée 8 jours à 3 semaines plus tard. Le test de micro-agglutination (MAT) peut être effectué en cas de sérologie positive et permet d’établir un diagnostic fiable et de déterminer le sérogroupe (intérêt épidémiologique). En France, seul le Centre national de référence (CNR) réalise le test MAT sur la gamme complète d’antigènes (24) potentiellement pathogènes. Le test MAT reste le test de référence mais n’est plus remboursé depuis septembre 2014. Seules la PCR et l’Elisa IgM sont à la nomenclature.

Un traitement rapide par antibiotique

Le traitement est basé sur la prise d’antibiotique. Administrée précocement, l’antibiothérapie diminue le risque de complications, atténue la symptomatologie et diminue la durée du portage rénal.

Une disparité territoriale

L’incidence de la leptospirose est très variable selon les régions géographiques, en raison des variations de climat, de la diversité des espèces potentiellement réservoir, et des activités et modes de vie différents. Ainsi il faut distinguer les contextes épidémiologiques de la France métropolitaine et ceux des outre-mer où les taux d’incidence sont 10 à 80 fois plus élevés.