Faits marquants

  • Mise en place du Gast Corse : la réunion de lancement a été organisée en janvier 2017, à Ajaccio. Etaient présents les épidémiologistes de la Cellule d’intervention en région et de la Direction santé travail de Santé publique France, le médecin inspecteur du travail de la Direccte et le médecin des centres de consultation de pathologie professionnelle, les médecins représentants de la Société de médecine et santé au travail de Corse et des deux services de santé au travail de Corse : Sist 2A et SST 2B.
  • 11 régions dotées d’un Gast ce qui porte la couverture du territoire métropolitain à 85 % et pour la France entière à 65 %.
  • La publication du rapport : Investigation d'une suspicion d'un excès de cas de cancer dans un laboratoire de recherche.
  • En 2016, 10 signalements (suspicion d’agrégats de maladie (3), syndrome collectif inexpliqué (5) et expositions inhabituelles (2)) ont été traités dans le cadre d’un Gast (bilan des signalements 2016).

ActualitésAfficherMasquer

  • Présentation du dispositif au Centre médical interentreprise Europe (CMIE) en avril 2017 à Paris
  • Présentation du dispositif par la direction santé travail et la Cire Normandie à la Société Française de Médecine du Travail en juin 2017 à Paris
  • Evaluation interne du dispositif Gast en cours : 10 années après la création du premier groupe en région Aquitaine 

C'est l'été : se préparer aux vagues de chaleur

Nul ne doute, le changement de climat est en cours, et avec lui le risque de canicules augmente. Après un premier épisode de canicule d’importance intervenu en juin avec un fort impact chez les travailleurs, il est temps de nous préparer collectivement pour éviter un impact sanitaire grave, chez les travailleurs, de probables futures vagues de chaleur estivales. Dès maintenant, commençons à organiser les moyens, avant tout en prévention primaire, mais aussi en veille et en alerte, qui permettront de le faire avec efficacité.

Depuis 2006, la Direction santé travail, en lien avec la Direction générale du travail, a mis en place un système de veille des effets sanitaires des vagues de chaleur en lien avec l’activité professionnelle. Le signalement d’événements de santé chez des travailleurs, en lien avec les fortes températures extérieures, est fait par les médecins du travail : il s’effectue au moyen d’une fiche standardisée qui est transmise à la DGT par l’intermédiaire des médecins inspecteurs régionaux du travail (MIT) avant d’être transmise à Santé publique France. Ce dispositif de veille est maintenu en l’état pour l’année 2017 et fera l’objet d’améliorations dans les années à venir (notamment en termes de réactivité).

La prévention du risque professionnel en lien avec de fortes températures extérieures demande de l’anticipation de la part des services de santé au travail, mais aussi des travailleurs et de leurs encadrants. Il s'agit de repérer dans l’entreprise, dès à présent, tous les postes vulnérables et les activités à risque afin de définir les mesures à prendre en cas de chaleur extrême : aménagement d'horaires, modification des activités programmées, approvisionnement en eau, climatisation des locaux ou à défaut mise à disposition de lieux rafraichis, etc. Pendant les épisodes caniculaires, une grande vigilance s'impose pour rappeler et faire respecter ces mesures préventives sur les lieux de travail, et sensibiliser les équipes exposées à la détection des premiers signes de déshydratation ou de coup de chaleur.

Pour s'informer sur la prévention des risques professionnels liés aux fortes chaleurs extérieures, voir le site de l’INRS. Des supports d’information pour les travailleurs sont disponibles sur ce site.

Evaluation interneAfficherMasquer

Evaluation interne du dispositif Gast

epuis sa première expérimentation réalisée en 2008 dans la région pilote Aquitaine, le Gast s’est étendu à la quasi-totalité du territoire métropolitain. Il apparait nécessaire, après 10 années écoulées, de réaliser une évaluation du dispositif en vue de définir des pistes d’amélioration.

Cette évaluation vise à déterminer :

  • son utilité
    • ressentie par les déclarants et les membres du Gast (satisfaction de l’intervention, résolution du problème, efficacité de l’aide, amélioration des conduites à tenir…)
    • objective (mise en place des recommandations ou de bonnes pratiques, arrêt du problème, surveillance mise en place…)
  • ses performances techniques (réactivité, simplicité, visibilité, homogénéité, flexibilité, éthique…)
  • son mode de fonctionnement (circuit d’information, rôle des membres, ressources humaines…)

Le renseignement de ces indicateurs sera effectué selon 3 axes complémentaires :

  1. Enquête qualitative et quantitative auprès des médecins du travail.Un travail de thèse de médecine du travail réalisé par le Dr M. Dehmas a permis de dresser un bilan des expériences professionnelles des réseaux d’alerte en santé au travail et d’apporter des éléments pour améliorer la connaissance de ces réseaux par les médecins du travail.
  2. Retour d’expérience (RetEx) interneUne journée de RetEx interne à Santé publique France des Gast est programmée en septembre 2017 afin de capitaliser l’expérience et définir les axes d’amélioration. Il aura lieu sur une journée avec les membres des Cire et de la DST. Au préalable, l’expérience de l’ensemble des membres des Gast sera recueillie via un questionnaire semi-directif. Seront relevés de manière qualitative les points forts, les points faibles et les axes d’amélioration, et en découleront des recommandations et un plan d’actions.
  3. Etude complémentairePour compléter ce qui aura été recueilli dans les axes 1 et 2, une sélection par tirage au sort de 20 signalements traités par un Gast sera réalisée. Des critères d’utilité et de performance pourront ainsi être relevés à partir de ces signalements. 

Cette évaluation donnera lieu à un document de synthèse et fera l'objet d'un retour auprès de l'ensemble des membres Gast.

InterviewAfficherMasquer

Dr Catherine Verdun-Esquer
Chef du service de Médecine du travail et Pathologie Professionnelle du CHU de Bordeaux

Avez-vous constaté un avant et un après Gast dans votre région ?

Il m’est difficile de répondre à cette question car le dispositif Gast existe dans la région Aquitaine depuis 2008. Il est vraiment intégré dans mon fonctionnement. Ce dispositif a un côté très rassurant notamment lorsque les signalements à traiter sont complexes.

Que vous a apporté le fonctionnement en Gast personnellement ? pour votre pratique ?

Le dispositif Gast permet d’avoir un regard croisé sur les signalements avec une complémentarité des compétences et des connaissances de chacun des membres. J’ai le sentiment de progresser, de développer mes compétences en participant à ce groupe notamment sur les questions environnementales posées dans le cadre de syndromes collectifs inexpliqués.

Selon vous, quel est le principal intérêt et le principal inconvénient d’un Gast ?

Le principal intérêt que j’y vois est l’expertise apportée par le dispositif Gast qui est indépendante, extérieure à l’entreprise. Elle permet d’apaiser parfois des situations difficiles. Quant à l’inconvénient, je mettrais en avant la lourdeur pour traiter certains signalements liés à l’organisation de conférences téléphoniques, relectures de documents, l’absence de réunions physiques complexifiant parfois le suivi pour moi de certains dossiers.

Avez-vous un signalement qui vous a particulièrement marqué et pourquoi ?

Il n’y a pas un signalement mais plutôt un type de signalement qui me marque notamment celui des syndromes collectifs inexpliqués. Il y a souvent nécessité d’interventions sur le terrain (ce que j’apprécie d’ailleurs !) et j’ai le sentiment qu’elles sont utiles puisqu’elles permettent généralement d’améliorer la situation.

Décrivez-nous le traitement d’un signal dans la pratique

En règle générale, je reçois un courriel provenant de la Cire me faisant état de la situation. Toutes les informations disponibles concernant le signalement sont inscrites dans la fiche jointe au courriel. Une réunion téléphonique est proposée. Lors de la conférence téléphonique, les membres du Gast échangent sur les éléments dont ils disposent et définissent la conduite à tenir. Par la suite, des réunions téléphoniques complémentaires sont programmées par la Cire et un point sur l’état d’avancement est réalisé à chaque fois avec prise de décisions collégiale à chaque étape clé.

Focus sur une investigationAfficherMasquer

Focus sur une investigation traitée dans le cadre d’un Gast

Ronan OLLIVIER
Epidémiologiste à la DiRe-CIRE des Pays de la Loire

Au cours du mois de juin 2015, le CAPTV d’Angers notifiait à la plateforme régionale de veille et d’urgences sanitaires que 4 agents d’un atelier municipal dans une zone industrielle du Mans avaient été victimes de malaises suite à la perception de mauvaises odeurs sur leur lieu de travail.

Les pompiers s’étaient déplacés sur site et avaient constaté que les salariés se plaignaient de céphalées, de nausées, d’irritations sensorielles associées à la perception d’odeurs très incommodantes. Toutefois, l’état de santé des agents ne présentait pas de signe de gravité et ne nécessitait pas leur hospitalisation. Les mesures effectuées sur place par les pompiers excluaient le risque d’intoxication au monoxyde de carbone. Sur les deux ans écoulés, 70 plaintes en lien avec les mauvaises odeurs avaient été enregistrées par le service de prévention.

Dans le cadre du Gast, la Cire a mené une investigation en lien avec le médecin de prévention chargé du suivi des agents.

L’atelier municipal employait 700 salariés et se situait dans une zone industrielle comportant plusieurs installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) dont une usine d’incinération de déchets située au sud de l’atelier. Les services déconcentrés de l’Etat (à l’époque la DDASS) avaient enregistré des plaintes en lien avec les mauvaises odeurs sur ce site dès 2008. En 2009, cette usine faisait l’objet de mises en conformité et changeait son système de traitement. En 2014, un accident de processus dans l’usine laissait échapper des mercaptans occasionnant de nombreuses plaintes parmi les agents. Un arrêté préfectoral paru en novembre 2014 demandait à l’entreprise de mettre en œuvre des travaux pour prévenir ce type d’accident.

A la fin du mois de juin 2015, le médecin de prévention rencontrait les 6 agents les plus exposés aux odeurs. L’examen clinique des salariés était normal, mais le médecin relevait chez eux une certaine lassitude voire une exaspération devant la récurrence des épisodes. Parallèlement, le service santé-travail lançait une campagne de mesures toxicologiques dans les ateliers qui ne révélait pas d’anomalie dans l’air extérieur.

Le problème des nuisances olfactives, prééminent et ancien, touchait spécifiquement les agents des ateliers municipaux séjournant sur site. Ceux-ci pouvaient rapporter au médecin de prévention des symptômes d’irritation sensorielle en cas d’émanations intenses. Néanmoins, des épisodes d’odeurs nauséabondes de moindre intensité survenaient assez régulièrement. Malgré le fait qu’une usine avoisinante ait été suspectée, la source de ces odeurs n’avait pas été identifiée formellement. Pour en déterminer l’origine, le service santé travail transmettait à la Cire un relevé journalier de la perception de mauvaises odeurs réalisé au sein de l’atelier municipal entre mai 2014 et avril 2015. Il était convenu de confronter ces informations aux données météorologiques mesurées dans une station située à 7 kilomètres du site industriel. L’objectif était de quantifier le nombre d’épisodes méphitiques et d’évaluer sous quels vents dominants ils étaient perçus dans l’atelier.

Au total, 47 épisodes dont la durée n’excédait pas 24 heures ont été comptabilisés sur la période. Une odeur de « gaz » était le plus souvent rapportée. Toutefois, au cours du dernier trimestre 2014, la moitié des épisodes concernait une odeur de soufre. La majorité des épisodes a été signalée lorsque les vents venaient du sud-ouest (Figure).
L’investigation réalisée avec l’appui du Gast a permis d’apporter des arguments pour situer l’origine des odeurs au sud des ateliers où se trouvait l’usine de retraitement des déchets industriels dits dangereux.

En 2016, le service santé travail envisageait une collaboration avec l’association Air-Pays de la Loire pour former les agents à mieux caractériser les odeurs et la mise en place d’un système d’alerte sur le modèle du programme de suivi des odeurs en Basse-Loire. Ce programme lancé en 2015 au niveau de la rive nord de l’estuaire de la Loire, avec les associations de riverains et les industriels a établi une surveillance des odeurs pour diagnostiquer, remédier aux émanations industrielles et améliorer la situation odorante des communes

En savoir plus 

Figure - Répartition des signalements d'odeurs en fonction de la direction du vent maxi (0 à 360°)

Figure - Répartition des signalements d'odeurs en fonction de la direction du vent maxi (0 à 360°)