Le dispositif de surveillance de la coqueluche, Renacoq, réseau de surveillance des formes pédiatriques vues à l’hôpital mis en place par Santé publique France en 1996, permet d’étudier les tendances épidémiologiques de cette maladie à prévention vaccinale et les caractéristiques des cas. Dans chacun des 42 établissements hospitaliers participants, les services de bactériologie et de pédiatrie contribuent à cette surveillance.
En 1996, à la création de ce réseau étaient enregistrés les cas de coqueluche survenant chez les moins de 17 ans, après un diagnostic validé par les cliniciens et confirmé par un test de laboratoire positif. Depuis mars 2016, le réseau RENACOQ ne rapporte plus que les cas hospitalisés chez les nourrissons de moins de 12 mois. Une fiche clinique détaillée est remplie uniquement pour les nourrissons de moins de 6 mois.
Des cycles épidémiques marqués et les très jeunes enfants toujours les plus atteints par la coqueluche
La coqueluche est à la fois une maladie saisonnière et à recrudescence cyclique. D’après les données du réseau RENACOQ collectées de 1996 à 2024, la France a connu plusieurs cycles épidémiques d’ampleur et de durée variées, avec des pics survenant tous les 3 à 5 ans. La régularité de ces cycles a été interrompue pendant la pandémie COVID-19, période durant laquelle une baisse drastique du nombre de cas a été observée (35 cas en 2020 et 4 cas en 2021). La dernière résurgence a eu lieu en 2024 avec un total de 537 cas rapportés chez les enfants de moins de 12 mois, un niveau comparable à celui de l’année 2000 (533 cas) (figure 1). Les données provisoires sur 2025 suggèrent une baisse importante de la circulation de la bactérie sur le territoire français.
Quelle est la population la plus touchée ?
Quelles que soient les années, les nourrissons âgés de 0 à 3 mois restent la tranche d’âge la plus touchée par la coqueluche, en raison de leur vulnérabilité et de l’absence de protection vaccinale complète à cet âge.

Le suivi de l’évolution des données microbiologiques issues du réseau 3Labos sur le nombre de tests PCR réalisées ainsi que le taux de positivité par mois et par année montre une dynamique saisonnière de la circulation de la bactérie, avec des pics de positivité des PCR observés principalement au printemps et en été., voir figure 2.
La période COVID-19 a été marquée par une faible circulation de la bactérie, suivie d’une reprise progressive en 2022 et 2023 puis d’une recrudescence en 2024.

Quelle est la répartition des cas de coqueluche par âge ?
Entre 2013 et 2024, parmi les 1 647 nourrissons de moins de 12 mois hospitalisés pour coqueluche dans les hôpitaux du réseau Renacoq :
- 83% avaient moins de 6 mois (n=1 360)
- 56% avaient moins de 3 mois (n=917 nourrissons) donc trop jeunes pour avoir bénéficié de la primo-vaccination complète (figure 3)

Le taux d'incidence des cas vus en consultations de ville flambe en 2024
Entre 2017 et 2024, le réseau Sentinelles a rapporté un total de 829 cas de coqueluche signalés dont 689 en 2024. Les taux d'incidence nationaux estimés pour 100 000 habitants ont connu une évolution marquée :
- 2017 : 17 cas (IC95 % : 12-22),
- 2018 : 10 cas (IC% : 6-14),
- 2019 : 15 cas (IC% : 10-20) ,
- 2020 : 3 cas (IC95 % : 1-5).
- 2021 et 2022 : aucun cas rapporté.
- 2023 : 2 cas (IC95% : 0-4),
- 2024 : 244 cas (IC95 % : 224-264), le taux le plus élevé jamais observé depuis le début de la surveillance par le réseau Sentinelles.
Cette augmentation signe le retour de la coqueluche après une période de très faible circulation pendant la période de la pandémie de COVID-19.
En savoir plus sur les données du réseau Sentinelles.
Les décès sont rares mais peuvent survenir chez les très jeunes nourrissons non-vaccinés et également chez les sujets plus âgés
Plus de 90 % des décès liés à la coqueluche surviennent chez les enfants de moins de 6 mois. Entre 2013 et 2024, les centres hospitaliers du réseau RENACOQ ont rapporté 21 décès dont 19 (90,5%) chez des nourrissons âgés de 0 à 2 mois, non encore éligibles à la vaccination. Tous ces décès étaient associés à une source probable d’infection au sein de l’entourage proche (parents ou fratrie), avec des parents non à jour de leur vaccination dans la majorité des cas.
L’année 2024 enregistrait 8 décès chez les nourrissons, contre seulement 1 en 2023. Au total, l’analyse des données issues de la certification électronique des décès indiquait 46 décès en 2024, parmi eux :
- 24 enfants étaient des enfants âgés de moins de 5 ans : 21 avaient moins de 1 an parmi lesquels 12 avaient moins de 2 mois ;
- 22 étaient des adultes tous âgés de plus de 50 ans dont 15 âgés de 80 ans et plus.
Les données historiques annuelles depuis 2015 montrent que l’année 2024 est l’année avec le plus grand nombre de décès enregistré chez des enfants de moins de 15 ans.
Ces données soulignent l’importance cruciale de la vaccination de l’entourage des nourrissons et de la vaccination maternelle pendant la grossesse pour protéger les nouveau-nés.
Les nourrissons restent les plus à risque de contracter une coqueluche grave jusqu’à ce qu’ils soient protégés par la vaccination qui doit débuter dès l'âge de 2 mois. L’enjeu de santé publique principal est donc d’éviter la contamination de ces nourrissons par la vaccination de leur entourage proche et par la vaccination maternelle (pendant la grossesse).
Surveillance microbiologique de la coqueluche
En 2024, le Centre national de référence pour la Coqueluche et autres bordetelloses (CNRCOQ) a poursuivi ses missions de surveillance microbiologique de manière réactive et coordonnée avec le réseau RENACOQ et ses autres laboratoires correspondants.
Le CNR a reçu 1 430 échantillons humains correspondant à 1 400 cas cliniques, soit une augmentation de 1 017 % par rapport à 2023 (n=128). Cette forte recrudescence de la coqueluche à B. pertussis s’est traduite par un recours accru à la mise en culture, représentant près de 35 % de l’activité du CNR. Au total, 396 isolats de Bordetella ont été caractérisés, dont :
- 367 isolats de majoritairement B. pertussis (93 %),
- tandis que B. parapertussis, B. holmesii et d’autres espèces étaient également identifiées.
En parallèle, plus de 2 400 qPCR ont été réalisées ^pour détecter et confirmer la présence de la bactérie B. pertussis à l’aide de cibles spécifiques et pour détecter la mutation conférant la résistance aux macrolides selon une méthode PCR développée en 2024.
La caractérisation des souches a montré, en 2024 :
- une majorité de B. pertussis exprimant les antigènes vaccinaux pertactine (PRN-positives, 96%) et FIM2 (fimbriae de type 2, 76%), contrastant avec la période COVID-19 (2016-2020), où l’on observait environ 50 % de souches PRN-négatives et une prédominance de souches produisant FIM3 ;
- l’émergence de souches de B. pertussis résistantes aux macrolides (MRBP), généralement PRN-négatives, correspondant à des cas d’importation depuis l’Asie.
Ces données confirment la nécessité d’une vigilance accrue et d’une capacité de réponse adaptable pour mieux anticiper et gérer les résurgences à venir.
A lire aussi :
- Resurgence of Bordetella pertussis, including one macrolide-resistant isolate, France, 2024
- Microbes know no borders: importation of macrolide-resistant Bordetella pertussis into France in 2024
Plus d’informations :
Données de couverture vaccinales
Nourrissons : la couverture vaccinale contre la coqueluche (3 doses) à 21 mois était de 91,8 % pour les enfants nés en 2023. Dans cette population, les couvertures vaccinales pour les vaccinations obligatoires sont globalement élevées.
Femmes enceintes : la couverture vaccinale a atteint 62,3 % en 2024 (contre 43,4 % en 2023), avec une progression significative au cours de l’année 2024 (52% des femmes ayant accouché en mars pour atteindre 75 % en décembre 2024) avec des différences régionales importantes. Cette augmentation pourrait s’expliquer par les communications ciblées autour de la vaccination faites dans le contexte de l’épidémie en 2024 et la recommandation datant de 2022.
Professionnels de santé : la couverture vaccinale coqueluche des professionnels de santé en établissement de santé était de 53,5 % [IC95 % : 49,9-57,0] d’après une étude menée en 2019. En savoir plus sur l'étude de couverture vaccinale.

