
La surveillance de la consommation des antibiotiques et de la résistance bactérienne aux antibiotiques en établissement de santé (ES), confiée à la mission SPARES depuis 2018, contribue à la politique nationale de maîtrise de l'antibiorésistance en produisant des informations utiles aux actions de bon usage des antibiotiques et de prévention de la transmission croisée. Ses objectifs sont de permettre à chaque ES de décrire et d'analyser ses consommations et ses résistances bactériennes, au niveau de chaque service, par rapport à un ensemble comparable d'ES ainsi que la production d'indicateurs à l'échelle régionale et nationale. Les consommations d'antibiotiques à visée systémique de la classe J01 de la classification Anatomical Therapeutic Chemical (ATC), de la rifampicine, des imidazolés per os et de la fidaxomicine, dispensés en hospitalisation complète, ont été exprimées en nombre de doses définies journalières (DDJ) et rapportées à l'activité selon les recommandations nationales et de l'Organisation mondiale de la santé (système ATC-DDD, 2024). Les taux de résistance ont été exprimés en prenant en compte les souches " résistantes ". Les 1 392 ES participants à la surveillance de la consommation des antibiotiques représentaient 71% des journées d'hospitalisation (JH) en France en 2024 (données SAE) et avaient consommé 322 DDJ/1 000 JH. Les antibiotiques les plus utilisés étaient l'association amoxicilline-acide clavulanique (22%), l'amoxicilline (14%) et la ceftriaxone (6%). La consommation d'antibiotiques variait de 41 DDJ/1 000 JH dans les hôpitaux psychiatriques à 543 dans les centres de lutte contre le cancer. Des variations étaient observées selon les secteurs d'activité, de 45 DDJ/1 000 JH en psychiatrie à 1 355 en maladies infectieuses. La consommation globale d'antibiotiques en 2024 est la plus élevée depuis 2015. Par rapport à 2019, la consommation totale est plus élevée de 13%, avec notamment une progression de la consommation de -lactamines à large spectre (carbapénèmes, céphalosporines de 3e et 4e générations, association pipéracilline-tazobactam) alors que celle des fluoroquinolones a régulièrement baissé, de même que celle des glycopeptides, au profit des nouveaux antibiotiques à visée anti-cocci Gram positif résistant à la méticilline (daptomycine, linézolide). Les 1 059 ES participants à la surveillance de la résistance bactérienne aux antibiotiques représentaient 58% des journées d'hospitalisation en France en 2024. Parmi les Enterobacterales, 8,2% produisaient une ß-lactamase à spectre étendu (EBLSE) avec des variations importantes selon le secteur d'activité clinique (de 4,6% en gynécologie-obstétrique à 14,4% en soins de longue durée). La densité d'incidence des Enterobacterales productrices de ß-lactamase à spectre étendu (EBLSE) a augmenté avec 0,58 souche pour 1 000 JH en 2024 contre 0,53 en 2019 avec des variations importantes selon les secteurs d'activité. La majorité (67%) des 33 176 souches d'EBLSE étaient isolées de prélèvements urinaires. Parmi les souches de Staphylococcus aureus, le pourcentage de résistance à la méticilline était de 11,4%, pour une densité d'incidence de 0,13 souche pour 1 000 JH. Plus de 38% des 7 545 souches de SARM étaient isolées chez des patients hospitalisés en service de médecine. Des données sur les infections à bactéries hautement résistantes émergentes ont été recueillies. La densité d'incidence des Enterobacterales productrices de carbapénémases (EPC) était de 0,037 souche pour 1 000 JH, elles étaient le plus souvent retrouvées dans les prélèvements urinaires (48,4%), et l'espèce la plus représentée était Klebsiella pneumoniae (34,0% des 1997 souches d'EPC). Les OXA48/48-like représentaient 60% des EPC totales. Les souches de Enterococcus faecium résistants à la vancomycine étaient également le plus souvent isolées de prélèvements urinaires (36,4% des 187 souches) et représentaient 1% de l'espèce. La surveillance en réseau permet à chaque ES d'analyser sa situation, de se comparer, et de dégager des tendances et des axes d'amélioration. La maîtrise de l'antibiorésistance passe par la connaissance et l'analyse des consommations d'antibiotiques et des données de résistance bactérienne. Ces données doivent être complétées par le suivi d'indicateurs de pertinence des prescriptions ainsi que par l'évaluation des pratiques de la prévention de la transmission croisée, en particulier dans le contexte de fréquence plus importante des infections nosocomiales.
Année de publication
: 2026
Pages : 108 p.
Collection : Données de surveillance


