La mesure de la mortalité prématurée : comparaison des décès avant 65 ans et des années espérées de vie perdues

Publié le 1 Août 2008
Mis à jour le 5 juillet 2019

Position du problème - Depuis de nombreuses années, les décès avant 65 ans sont utilisés en routine en France ainsi que dans d'autres pays, afin de suivre l'état de santé de la population et de contribuer à l'élaboration des politiques publiques dans ce domaine. L'objectif de cet article est de rendre compte de l'utilité potentielle d'un autre indicateur de mortalité permettant de prendre en compte l'impact des décès prématurés, les années espérées de vie perdues (AEVP). Méthodes - Les données de mortalité concernent les années 2000 à 2002 en France métropolitaine. La mortalité prématurée est définie par les taux de décès avant l'âge de 65 ans. Pour le calcul des AEVP, les espérances de vie par sexe et âges utilisées comme références sont issues de la table de mortalité 2001 à 2003 française. Afin de permettre d'étudier la distribution géographique des indicateurs définis ci-dessus, les ratios standardisés sont calculés par département, en prenant la France métropolitaine comme population de référence. Résultats - Quels que soient le sexe et l'indicateur considérés, le classement des causes fait ressortir trois grands groupes de pathologies qui se détachent fortement des autres : les maladies de l'appareil circulatoire, les tumeurs et les causes externes. La hiérarchie des différentes causes obtenue varie sensiblement selon l'indicateur utilisé. La représentation spatiale des ratios standardisés d'AEVP et de décès avant 65 ans fait apparaître une même différenciation Nord/Sud en France. Conclusion - La notion de mortalité prématurée est difficile à définir et les discussions persistent sur la limite d'âge à utiliser pour la quantifier. Le choix de l'indicateur à utiliser dépend fortement de l'utilisation que l'on souhaite en faire. L'analyse des décès avant 65 ans, utilisée actuellement pour décrire la mortalité prématurée en France, permet de décrire sa fréquence. L'utilisation d'un indicateur, tels que les AEVP permet de quantifier l'impact de la mortalité prématurée en pondérant de façon plus importante les décès intervenant à des âges jeunes. Les AEVP semblent donc un indicateur particulièrement adapté dans une visée d'aide à la décision en santé publique, en fonction des choix et valeurs que l'on souhaite privilégier. (R.A.)

Auteur : Lapostolle A, Lefranc A, Gremy I, Spira A
Revue d'épidémiologie et de santé publique, 2008, vol. 56, n°. 4, p. 245-52