Fragilité et multimorbidité : peut-on utiliser les grandes enquêtes françaises en population pour la production de ces indicateurs ? Analyse des données d'ESPS 2012 et HSM 2008.

Publié le 11 Juillet 2017
Mis à jour le 3 septembre 2019

Introduction : en France, la surveillance épidémiologique de la fragilité et de la multimorbidité n'est pas opérationnelle. L'objectif principal de cette étude était d'examiner la possibilité d'utiliser les enquêtes nationales déclaratives pour produire des indicateurs de fragilité et de multimorbidité. Méthodes : deux enquêtes méthodologiquement proches, mais différant quant aux définitions de la fragilité et de la multimorbidité, ont été utilisées : l'Enquête santé et protection sociale (ESPS 2012) et l'enquête Handicap-Santé-Ménages (HSM 2008). Les sujets de plus de 55 ans ne présentant pas d'atteinte aux activités de la vie quotidienne ont été sélectionnés. La fragilité était définie à partir des critères phénotypiques de Fried. La multimorbidité était définie par la présence d'au moins deux catégories de maladies parmi les maladies cardio-cérébrovasculaires, le diabète, les maladies respiratoires chroniques et les arthralgies. Nous avons comparé les prévalences de la fragilité et de la multimorbidité entre les deux enquêtes à l'aide de leurs intervalles de confiance à 95% [IC95%]. De plus, nous avons décrit dans les deux enquêtes les caractéristiques des individus selon qu'ils étaient robustes, fragiles ou multimorbides seuls ou fragiles et multimorbides. Résultats : les prévalences déclarées de fragilité (11,1% [9,9%-12,3%] dans ESPS et 12,3% [11,5%-13,0%] dans HSM) et de multimorbidité (respectivement, 14,9% [13,6%-16,2%] et 16,8% [15,9%-17,7%]) n'étaient pas significativement différentes entre les deux enquêtes. L'évolution de ces prévalences avec l'âge et le sexe était également comparable. Enfin, dans les deux enquêtes, la répartition des individus dans les différents groupes (robustes ou fragiles et/ou multimorbides) était très similaire et les caractéristiques des individus en fonction de ces groupes se distribuaient selon les mêmes tendances. Conclusion : cette étude montre qu'il semble possible d'utiliser les grandes enquêtes nationales déclaratives pour le suivi épidémiologique des indicateurs de fragilité et de multimorbidité. L'utilisation de questionnaires standardisés reste indispensable pour le suivi de ces indicateurs au cours du temps. Elle souligne l'importance de la fragilité et de la multimorbidité dans la population de plus de 55 ans non-dépendante en France (environ 5 millions de personnes à haut risque de perte d'autonomie). Elle permet également de caractériser les spécificités des sujets multimorbides et des sujets fragiles afin de mieux orienter les actions de prévention.

Auteur : Perrine AL, Le Cossec C, Fuhrman C, Beltzer N, Carcaillon Bentata L
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 2017, n°. 16-17, p. 301-10