Analyse des méthodes d'élaboration des valeurs toxicologiques de référence (VTR) : une aide à la sélection ?

Publié le 1 Août 2002
Mis à jour le 5 juillet 2019

Actuellement, dans le cadre de la réalisation d'une évaluation quantitative des risques sanitaires, la sélection des valeurs toxicologiques de référence (VTR) s'appuie peu sur la compréhension des méthodes ayant concouru à leur élaboration. En conséquence, l'évaluateur de risque a tendance à retenir la valeur la plus conservatoire pour la santé humaine. Le présent article a pour objet de décrire les diverses méthodes de construction des VTR, d'en analyser les points clés et d'en discuter l'incidence sur une éventuelle évolution des critères de sélection des VTR. Les VTR sont élaborées pour deux types d'effets : ceux qui surviennent au-delà d'un seuil de dose (principalement les effets non cancérogènes) et ceux qui se manifestent quelle que soit la dose (les effets cancérogènes). Globalement, le schéma de construction se décline en trois parties : le choix d'un effet critique ; la détermination d'une dose critique ; l'extrapolation à des niveaux de doses inférieurs à ceux observés dans les études servant de base à la construction des VTR. Pour cette dernière étape, la détermination des VTR des effets à seuil de dose résulte de l'application de facteurs d'incertitude permettant, entre autres, de prendre en compte les sensibilités inter- et intra-espèces ; les VTR des effets sans seuil de dose résultent d'une modélisation mathématique linéaire passant généralement par l'origine. Les points clés de cette construction qui influencent la valeur numérique de la VTR sont, d'une part, les données expérimentales pour déterminer la dose et l'effet critiques et, d'autre part, les données biologiques pharmacocinétiques et pharmacodynamiques. Les exemples du styrène et de l'éthylène-glycol-monobutylether (EGBE) sont utilisés pour illustrer cette influence. L'analyse des méthodes actuelles d'élaboration des VTR permet de dégager les tendances suivantes : la remise en cause de la séparation formelle des méthodes de construction pour les deux types d'effets avec en particulier le développement de la benchmark dose ; l'importance de la prise en compte des données biologiques qui permet de réduire les incertitudes lors de la transposition animal-homme ; et le développement de la caractérisation des incertitudes à l'aide d'approches probabilistes. Ces évolutions militent pour le développement d'une expertise de haut niveau en toxicologie et pour le développement de procédures structurant, en France, l'élaboration des VTR.

Auteur : Bonvallot N, Dor F
Environnement risques & santé, 2002, vol. 1, n°. 3, p. 178-83