Exposition environnementale à l'amiante chez les personnes riveraines d'anciens sites industriels et d'affleurements naturels. Choix méthodologiques, analyse des données disponibles, modalités de recueil

Publié le 1 Janvier 2007
Mis à jour le 10 septembre 2019

Contexte - En 2003, la DGS a saisi l'InVS pour estimer l'impact sanitaire de l'exposition environnementale aux fibres d'amiante des populations riveraines des anciens sites industriels d'exploitation ou de transformation de l'amiante et d'affleurements naturels. Pour répondre à cette saisine, l'InVS propose de mettre en place deux études : une étude cas témoins pour comparer les risques de mésothéliome selon l'exposition environnementale passée des populations ; une étude d'estimation de l'exposition actuelle des populations riveraines d'anciens sites industriels d'exploitation ou de transformation de l'amiante et des sites naturels amiantifères pour présager des conséquences futures. Objectif - L'année 2005 a été consacrée à déterminer les choix méthodologiques, analyser la qualité des données disponibles et étudier leurs modalités de recueil. Elle a également permis d'évaluer la réalisation technique, les moyens nécessaires et les difficultés inhérentes à chaque étape. Méthode - En terme méthodologique, le point déterminant concerne l'estimation de l'exposition des populations. Le recueil des données concerne le recensement des sites industriels et la localisation des affleurements géologiques naturels. Concernant l'exposition, pour l'étude cas témoins, il s'agit d'estimer l'exposition rétrospective environnementale des cas et des témoins. En s'appuyant sur les informations disponibles dans le Programme national de surveillance du mésothéliome, la méthode développée s'appuie sur la construction d'un score d'exposition qui combine la distance entre les diverses résidences des personnes et la localisation du site ; un Système d'information géographique (SIG) permet d'objectiver ces distances. Dans un second temps, avec les caractéristiques des sites, une évaluation de l'intensité de l'exposition sera intégrée dans le score précédent. Pour les populations riveraines des sites naturels et industriels, il s'agit d'approcher l'estimation de leur exposition actuelle en s'appuyant sur la description de données sur les caractéristiques des sites, de leur environnement et des populations présentes. Ces données permettent de juger du niveau d'exposition des populations riveraines de chaque site. Les valeurs données sont établies à l'aide d'un diagnostic, permettant d'instruire une grille d'informations et des questionnaires, qui doit être effectué par des experts du BRGM et du Lepi pour chaque site. Une arborescence intègrera l'ensemble des informations acquises pour permettre la catégorisation des sites selon leur risque d'exposition pour la population. La confrontation de ces premières estimations avec les résultats de mesures issues d'une campagne métrologique réalisée par le Lepi permettra de confirmer ou d'infirmer le bien fondé de la méthode. Résultat - Le recensement des sites industriels fait état de 1 119 chantiers navals et 553 autres sites ; celui des sites naturels de 19 sites d'anciennes exploitations et d'affleurements avérés d'amiante. Pour l'étude cas témoins, les adresses des sujets du PNSM ont été recherchées pour les écoles et les emplois, puis géocodées. Les expositions non professionnelles répertoriées par le PNSM seront réévaluées pour les femmes car elles ne sont pas renseignées de façon homogène. La recherche des caractéristiques des sites industriels n'a permis de renseigner que le type de fabrication, la période d'activité du site et le nombre de salariés et ceci de façon disparate. L'estimation de l'intensité de l'exposition a été établie, en première approche, sur la présence ou non des sites sur la liste des arrêtés de la DRT. Concernant la disponibilité des données pour l'évaluation de l'exposition actuelle, le diagnostic permettant d'instruire la grille et les questionnaires a été testé sur les sites naturels. Ces outils ont permis d'acquérir les données nécessaires sur les caractéristiques des sites, de leur environnement et des populations riveraines des sites. En revanche, en ce qui concerne les sites industriels, des difficultés d'accès n'ont pas permis de mener à bien la même démarche pour le moment. Au final, ces informations acquises grâce au diagnostic seront intégrées dans une arborescence qui permettra de juger du niveau d'exposition et de danger et donc de l'importance sanitaire pour les populations riveraines. Cette arborescence permettra de répondre aux difficultés rencontrées concernant l'hétérogénéité des paramètres liée à l'expertise. Discussion et conclusion - L'étude cas témoins est faisable et pourra être étendue à la France métropolitaine. Les résultats de l'analyse cas témoins seront disponibles fin 2006. Le score d'exposition basé sur la distance au site et le temps de résidence autour du site est une méthode appropriée même si des données sont manquantes. En revanche, les difficultés rencontrées pour renseigner les caractéristiques passées des anciens sites industriels nécessitent d'approfondir la construction d'une intensité d'exposition afin d'affiner la force de la relation épidémiologique testée. Concernant les autres expositions domestique et professionnelle, il est difficile de les prendre en compte car il n'y a pas de liste établie de bâtiments contenant de l'amiante. Pour les femmes, il est nécessaire de procéder à une réévaluation de leur exposition non professionnelle. Enfin, le PNSM n'étant pas présent dans tous les départements, et notamment ceux où existent les gisements naturels, seules les populations riveraines des sites industriels seront analysées. Il serait souhaitable d'étendre le PNSM aux départements dans lesquels la présence de site d'affleurement naturels de roche amiantifères est avérée, notamment en Corse. Concernant l'étude de l'estimation des expositions actuelles, la plupart des données évaluées lors du diagnostic, bien que faciles à acquérir, présentent pour la plupart une variabilité importante, spatiale et/ou temporelle. L'étendue de cette variabilité n'a pu être évaluée par expertise sur le terrain. L'analyse concernera dans un premier temps les seuls sites naturels en raison des difficultés d'accès aux sites industriels. La méthode en cours d'élaboration autour de l'arborescence intégrant l'ensemble des informations obtenues pour estimer les expositions des populations est très peu utilisée et reste à adapter au cas de l'évaluation de l'exposition aux fibres d'amiante. Cette méthode doit conduire à estimer des niveaux qualitatifs d'exposition actuelle. Les campagnes métrologiques, réalisées au cours de l'été 2006 sur deux sites, doivent appréhender de manière quantitative les niveaux d'exposition des populations sur les deux sites les plus à risque et conforter ou non l'approche qualitative. Les résultats de cette étude sur les sites naturels seront disponibles début 2007.

Auteur : Vandentorren S, Daniau C, Lauzeille D, Leng S
Année de publication : 2007
Pages : 65 p.