Syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique lié à SARS-CoV-2, étude épidémiologique, France, 1er mars-17 mai 2020

SARS-CoV-2-related pediatric inflammatory multisystem syndrome, an epidemiological study, France, 1 March to 17 May 2020 

Mis à jour le 18 juin 2020

Fin avril 2020, les pédiatres de l’hôpital Necker ont alerté Santé publique France de la survenue d’un nombre inhabituel de cas de myocardite avec état de choc cardiogénique, chez des enfants avec une infection COVID-19 récente. Les symptômes présentés faisaient penser à ceux de la maladie de Kawasaki, mais avec une note inflammatoire et myocardique beaucoup plus marquée. Ce signalement était contemporain de la parution d’un article dans le Lancet faisant état de cas similaires survenus au Royaume-Uni, et d’un autre article paru, en Italie, faisant état du même phénomène. Cet article paru ce mois-ci dans la revue Eurosurveillance, décrit, suite à cette alerte, le système de surveillance mis en place en France, ayant permis de recenser de façon active les cas survenus sur le territoire. Il décrit les 156 premiers signalements de syndromes inflammatoires multi-systémiques pédiatriques (PIMS – Paediatric Inflammatory multisytem syndrome) recensés depuis le 1er mars 2020. 

3 questions à Denise Antona, direction des maladies infectieuses à Santé publique France

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Suite à l’alerte de fin avril 2020 de cas de myocardite, un système de surveillance national a été mis en place en urgence. Quels étaient les objectifs de ce système ? En quoi consista-t-il et quel est le rôle de Santé publique France ?

Ce système de surveillance a été mis en place par Santé publique France en collaboration avec les représentants de six sociétés savantes pédiatriques*, réunis en comité de pilotage. Ses objectifs étaient d’authentifier cette alerte dans un premier temps, puis de recenser ces tableaux cliniques atypiques paraissant correspondre à un syndrome post-infectieux COVID-19.

Dès le 30 avril 2020, tous les pédiatres hospitaliers ont été invités à signaler à Santé publique France chaque nouveau cas de PIMS possiblement en lien avec le COVID-19, ainsi que de manière rétrospective tout cas survenu depuis le 1er mars 2020. Rapidement, Santé publique France a développé une application permettant aux praticiens de déclarer en ligne ces cas à l’aide d’un questionnaire dédié élaboré en collaboration avec les pédiatres du comité de pilotage. Une classification de ces cas en 4 catégories a été décidée de façon collégiale avec les pédiatres, en prenant en compte à la fois leurs caractéristiques cliniques et leur lien avec le COVID-19. Il n’existait alors en effet aucune classification internationale des cas de PIMS au moment de la mise en place de cette surveillance. Le suivi et l’analyse quotidienne des signalements entrés dans la base étaient sous la responsabilité de Santé publique France, ainsi que les mailings de retour vers les déclarants afin de préciser le statut vis-à-vis du COVID-19 et l’évolution des cas. La révision de la classification des cas et l’analyse globale de la base étaient faites de façon régulière et les résultats discutés régulièrement et de façon concertée avec les pédiatres. 

Quels sont les principaux résultats de cette surveillance à date du 17 mai ? L’hypothèse d’une association du développement de ce syndrome avec l’infection à SARS-Cov2 est-elle confirmée ? Quels sont les arguments et/ou les observations étayant cette hypothèse ?

Cette étude a permis de recenser 108 cas présentant un lien possible, probable ou certain avec le COVID-19 parmi les 156 signalements recensés, venant ainsi confirmer le lien entre le développement de ce syndrome et l’infection avec le SARS-CoV-2. 

À noter que la courbe épidémique de ces cas suit, avec un décalage de 4-5 semaines, la même tendance que celle des cas hospitalisés en France, et la même observation peut être faite quant à leur distribution géographique, corroborant ainsi l’hypothèse que les PIMS soient une manifestation post-infectieuse du COVID-19. La description de cas similaires dans d’autres pays (Angleterre, Italie, États-Unis, etc.), avec ces mêmes caractéristiques temporo-spatiales vient renforcer cette conclusion.

Les résultats de cette étude constituent la plus grande série de cas de PIMS post-COVID-19 décrite à ce jour, même s’il est important ici de rappeler qu’il s’agit là d’un phénomène rare.

Quelles sont les suites données à cette étude ?

La surveillance est maintenue tant que persistent des cas (voir ci-dessous les modalités de signalement de ces cas à Santé publique France). De plus, l’étude descriptive de ces cas, telle que rapportée dans l’article, constitue la première étape d’un processus de recherche plus ample. Elle va servir de base à des études plus approfondies de ces cas, nécessitant une plus ample exploration aux niveaux clinique, immunologique, génétique et virologique. Cette partie à visée de recherche sera effectuée par les pédiatres du comité de pilotage, qui reviendront vers les praticiens ayant déclaré les cas de PIMS afin de poursuivre ces investigations au plus près des dossiers des patients et mieux documenter ce syndrome. 

En cas de détection de nouveau cas de PIMS, les pédiatres sont invités à les déclarer en ligne sur l’application suivante :
https://voozanoo.santepubliquefrance.fr//1851260971/scripts/aindex.php 
login : declarant
MDP : covid19

En savoir plus sur les PIMS post-COVID-19

COVID-19 : point épidémiologique du 11 juin 2020

En savoir plus

Belot A, Antona D, Renolleau S, Javouhey E, Hentgen V, Angoulvant F,et al. SARS-CoV-2-related paediatric inflammatory multisystem syndrome, an epidemiological study, France, 1 March to 17 May 2020. Euro Surveill. 2020;25(22):pii=2001010.

*Groupe francophone de réanimation et d’urgences pédiatriques (GFRUP), Groupe de pathologies infectieuses pédiatriques (GPIP), Société Française de Pédiatrie (SFP), Société Française de Cardiologie, Filiale de Cardiologie pédiatrique et congénitale (FCPC), Société francophone dédiée à l'étude des maladies inflammatoires pédiatriques (SOFREMIP).