Effets des abattoirs sur la dynamique de la Covid-19 : une analyse écologique dans l’Ouest de la France

Publié le 6 mars 2026
Mis à jour le 5 mars 2026

Des clusters de Covid-19 sont apparus au début de la pandémie dans les abattoirs de l'Ouest de la France avec un risque de diffusion communautaire. L'étude évalue l'effet de la présence d'abattoirs sur la dynamique épidémique de la Covid-19 en Bretagne et Pays de la Loire entre le 8 juillet 2020 et le 7 décembre 2021. Trois indicateurs sanitaires ont été étudiés : l'incidence, les taux de positivité et les taux de dépistage. Une étude écologique a été menée en utilisant les IRIS comme unité spatiale d'analyse. Les tests et cas issus du Système d'information de dépistage populationnel (Sidep) étaient agrégés par IRIS (Îlot regroupé pour l'information statistique), semaine, sexe et tranche d'âge. Deux indicateurs d'exposition ont été construits, distinguant abattoirs de volailles et abattoirs de boucherie. Les nombres de cas et tests à la semaine et IRIS ont été régressés sur les indicateurs d'exposition aux abattoirs en contrôlant les facteurs d'ajustement suivants : la taille des ménages, le degré d'urbanisation communal, et quatre variables mesurant la défaveur sociale. Un effet aléatoire était associé au département. Une interaction entre la tendance temporelle et les indicateurs d'exposition aux abattoirs de volailles et boucherie a été prise en compte à l'aide d'un produit tensoriel. La couverture vaccinale Covid-19 a été utilisée pour des analyses de sensibilité. Pour chaque indicateur étudié — incidence, taux de positivité ou de dépistage — les résultats ont été fournis sous forme de ratios de taux (RR) pour une augmentation du 1er au 3e quartile de chaque indicateur d'exposition. La zone couvrait 3 682 IRIS (7 248 566 habitants) : 1 894 (51,4 %) étaient considérés exposés aux abattoirs de boucherie et 1 518 (41,2 %) aux abattoirs de volailles. Des associations positives suggèrent que l'exposition aux abattoirs de boucherie a contribué à une amplification de l'épidémie pendant l'été 2020 alors que le virus circule peu. Cet effet s'est estompé en octobre 2020 avec l'augmentation de la circulation virale. Sur les 9 premières semaines étudiées, les associations sont fortes quel que soit l'indicateur étudié : l'augmentation du taux de positivité associée à une augmentation de l'exposition est comprise entre 57,2 % (semaine 1, RR de 1,572 [1,424-1,735]) et 18,8 % (semaine 9, RR de 1,188 [1,136-1,242]). Des associations de moindre ampleur apparaissent lors de la 3e vague épidémique dans un contexte de forte circulation virale. En semaine 41, les RR sont de 1,047 [1,036-1,058] pour le dépistage et 1,090 [1,061 -1,120] pour l'incidence. Pour les abattoirs de volailles, l'effet des expositions a été estimé constant dans le temps avec des RR proches de 1 : 1,016 [1,004-1,029] pour l'incidence, 1,017 [1,005-1,028] pour la positivité, et 1,008 [1,004-1,013] pour le dépistage. Les hypothèses expliquant les différences d'impact entre les deux filières restent à valider. Ces résultats soulignent la nécessité de préparer les futures émergences respiratoires en associant des actions ciblées envers les travailleurs des abattoirs, particulièrement ceux de la filière boucherie, et des mesures de prévention élargies aux populations résidant à proximité de ces sites, afin de limiter la diffusion communautaire.

Auteur : Guillois Yvonnick, Goria Sarah, Prudhomme Julie, Heuzé Guillaume, Roux Jonathan, Stempfelet Morgane
Année de publication : 2026
Pages : 32 p.
Collection : Études et enquêtes