Comportements suicidaires : données
5% de la population déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois et 5% déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de sa vie
prévalence des pensées suicidaires déclarées au cours des 12 derniers mois parmi les 18-29 ans en 2024
D’après le Baromètre de Santé publique France 2024, 5,2 % des adultes âgés de 18 à 79 ans en France hexagonale et dans les DROM (hors Mayotte) ont rapporté avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois (5,6 % des femmes et 4,8 % des hommes), 5,4 % ont déclaré avoir fait une tentative de suicide au cours de la vie (7,1 % des femmes vs 3,6 % des hommes) et 0,4 % au cours de l’année précédant l’enquête (0,5 % des femmes vs 0,3 % des hommes). Les 18-29 ans se distinguent comme le groupe le plus concerné avec des prévalences de 8,6 % pour les pensées suicidaires, 6,7 % pour les tentatives de suicide au cours de la vie et 1,0 % pour celles au cours des 12 derniers mois.
L'édition 2024 du Baromètre de Santé publique France a introduit des changements majeurs dans la méthodologie de l’enquête (nouveau plan de sondage, collecte principalement par Internet). Par conséquent, aucune évolution ne peut être établie par comparaison directe entre les données de 2024 et celles de 2021.
Pour rappel, une forte augmentation des conduites suicidaires avait été observée chez les 18-24 ans. La prévalence des pensées suicidaires dans l’année était ainsi passée de 3,3 % à 7,2 % entre 2017 et 2021 et la prévalence des tentatives de suicide au cours de la vie, de 6,1% à 9,2% entre 2017 et 2021 alors qu’elle était stable entre 2000 et 2017. Dans cette tranche d'âge, les jeunes femmes étaient particulièrement concernées, atteignant 9,4 % pour les pensées suicidaires et 12,8 % pour les tentatives de suicide au cours de la vie.
Au-delà des effets d’âge ou de sexe, nos travaux montrent qu’en 2024, les personnes sans emploi et, plus globalement, celles qui sont dans une situation de précarité, vivant seules ou au sein d’une famille monoparentale sont davantage concernées par les conduites suicidaires.


Conduites suicidaires : prévalences des pensées suicidaires et des tentatives de suicide. Baromètre de Santé publique France : résultat...
En savoir plusSystèmes de surveillance des conduites suicidaires : points clés 2024
SNDS CépiDc 2023 (tous âges) :
- 13 décès par suicide pour 100 000 habitants
SNDS PMSI-MCO 2024 (tous âges) :
- 142 hospitalisations pour geste auto-infligé pour 100 000 habitants
OSCOUR® 2024 (tous âges – hors PACA et Corse) :
- 4,5 passages aux urgences pour geste auto-infligé pour 1 000 passages
Baromètre de Santé publique France 2024 (18-79 ans – hors Mayotte) :
- 5,2 % déclarent des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois
- 5,4 % déclarent une tentative de suicide au cours de leur vie
- 0,4 % déclarent une tentative de suicide au cours des 12 derniers mois
3114 :
- 215 093 appels reçus de juin à décembre 2024
VigilanS :
- 41 777 entrées dans le dispositif en 2024
Des passages aux urgences pour geste auto-infligé stables en 2024, avec des parts d’activité élevées chez les jeunes filles et femmes
En 2024, 77 041 passages aux urgences pour geste auto-infligé, comprenant les tentatives de suicide et les automutilations, ont été dénombrés en France (Hexagone + DROM hors Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse), stable par rapport à 2023. Les passages aux urgences pour geste auto-infligé représentaient une part d’activité de 4,5 ‰ au sein des services d’urgence (stable par rapport à 2023).
Parmi les passages pour geste auto-infligé, près de 2 sur 3 concernaient des femmes. Tous âges confondus, pour chacun des sexes, aucune évolution notable n’a été observée au cours des trois dernières années. Chez les femmes, les 11-17 ans et les 18-24 ans étaient les classes d’âge avec les parts d’activité pour geste auto-infligé les plus élevées (respectivement 17,8 ‰ et 14,1 ‰). Chez les hommes, les 18-24 ans et les 25-44 ans étaient les classes d’âge correspondant aux parts d’activité les plus élevées (respectivement 5,2 ‰ et 4,6 ‰).
Des hospitalisations pour geste auto-infligé en hausse en 2024, plus marquée chez les jeunes filles et femmes de 11-24 ans
Le nombre d’hospitalisations pour geste auto-infligé (HGAI), comprenant les tentatives de suicide et les automutilations, en France (Hexagone + DROM) poursuivait son augmentation en 2024, avec 97 302 hospitalisations recensées (+ 7 % par rapport à 2023). Ce nombre correspondait à un taux standardisé de 142 hospitalisations pour 100 000 habitants (+ 6 % par rapport à 2023). La hausse observée concernait les deux sexes (+ 7 % chez les femmes et + 5 % chez les hommes).
Près de 2 HGAI sur 3 concernaient des femmes. Chez les femmes, les taux les plus élevés étaient observés chez les 11-17 ans et les 18-24 ans (respectivement 674 et 424 hospitalisations pour 100 000 femmes), largement supérieurs aux autres classes d’âge. Chez les hommes, les 18-24 ans et les 25-44 ans présentaient les taux d’hospitalisations les plus élevés (respectivement 166 et 152 hospitalisations pour 100 000 hommes). L’analyse des tendances sur les cinq dernières années montre une vigilance accrue à porter sur les jeunes dont le taux augmente en continu depuis la crise sanitaire du Covid-19.
Des décès par suicide stables en 2023, avec une surmortalité chez les hommes
Le nombre de décès par suicide en France (Hexagone + DROM) restait relativement stable en 2023 avec 8 848 décès recensés. Ce nombre correspondait à un taux standardisé de 13 décès pour 100 000 habitants (- 4 % par rapport à 2022). Au cours des cinq dernières années, les taux standardisés de décès par suicide restaient globalement stables au niveau national dans les deux sexes.
Près de 3 décès sur 4 concernaient des hommes. Chez les hommes, les 65 ans et plus et les 45-64 ans étaient les classes d’âge présentant les taux les plus élevés (respectivement 37 et 29 décès pour 100 000 hommes). Chez les femmes, les 45-64 ans étaient la classe d’âge présentant le taux décès le plus élevé suivi par les 65 ans et plus (respectivement 10 et 9 décès pour 100 000 femmes).
Plus de 3% des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir fait une tentative de suicide ayant amené à l’hôpital au cours leur vie
En 2022, d’après les résultats de l’enquête Escapad, 3,3 % des adolescents de 17 ans déclaraient avoir fait au cours de leur vie une tentative de suicide ayant nécessité une hospitalisation. Près d’un jeune sur cinq déclarait avoir pensé au moins une fois au suicide au cours des 12 mois précédant l’enquête. Ce phénomène, très marqué par le genre, concerne deux fois plus souvent les filles que les garçons (24,0 % contre 12,3 %).
Les conduites suicidaires sont fortement associées à un risque élevé de dépression. Il existe un lien fort entre tentative de suicide et usages de substances psychoactives, en particulier l’usage de substances illicites autres que le cannabis chez les garçons et l’usage quotidien de tabac chez les filles.
La comparaison avec l’édition précédente de l’enquête (2017) révèle une augmentation significative des tentatives de suicide ayant nécessité une hospitalisation (de 2,9 % à 3,3 %) et une forte augmentation des pensées suicidaires (de 11,4 % en 2017 à 18,0 % en 2022).
Des pensées suicidaires 5 fois plus fréquentes chez les personnes sourdes et malentendantes
Dans le Baromètre santé Sourds et malentendants (2011-2012), les pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois étaient cinq fois plus fréquentes chez les personnes sourdes et malentendantes, comparées aux données en population générale issues du Baromètre santé 2010 (21,3 % vs 3,9 %) et les tentatives de suicide au cours de la vie de 3 fois supérieures pour les hommes et 2 fois pour les femmes. Toutefois, contrairement aux données en population générale, la prévalence des pensées suicidaires au sein de l’échantillon était aussi élevée chez les hommes (21,9 %) que chez les femmes (20,7 %).
Près de 4% des actifs occupés déclarent des pensées suicidaires dans l’année, avec des différences significatives selon le secteur d’activité
En 2017, d’après le baromètre de Santé publique France, 3,8 % des actifs occupés déclaraient avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois (4,5 % chez les femmes et 3,1 % chez les hommes). Pour 45,0 % des hommes actifs, les raisons professionnelles étaient les premières invoquées (34,7% chez les femmes actives). Pour un homme sur 5 et une femme sur 8, les raisons professionnelles étaient invoquées de façon exclusive. Les hommes travaillant à leur compte étant plus fréquemment sujets aux pensées suicidaires que les salariés (4,3 % contre 2,8 %). La prévalence des pensées suicidaires était significativement plus élevée chez les personnes ayant des revenus inférieurs à 1 500 euros par mois (7,7 % chez les femmes et les 4,8 % chez les hommes).
Les pensées suicidaires étaient associées au fait d’avoir eu peur de perdre son emploi, d’avoir été victime de menaces verbales, d’humiliations ou d’intimidation au travail et au fait d’avoir connu une longue période de chômage au cours des 12 derniers mois.
Prévalence des pensées suicidaires selon la catégorie socio-professionnelle
Pas de différence significative observée en fonction du sexe. Toutefois :
- chez les femmes, un gradient social croissant semblait exister entre les cadres (3,9) et les ouvrières (5,1%) ;
- chez les hommes, les agriculteurs exploitants (3,5 %) et les artisans, commerçants et chefs d’entreprise (3,6 %) étaient plus fréquemment touchés.
Prévalence des pensées suicidaires par secteur d’activité
Les hommes travaillant dans les secteurs de l’hébergement et de la restauration (6,8 %), des arts et spectacles (6,3%), de l’enseignement (5,0%) et de la santé humaine/action sociale (4,5 %) présentaient les prévalences les plus élevées. Les femmes travaillant dans les secteurs des arts et spectacles (7,5 %), de l’enseignement (7,5 %), de l’information communication (6,8 %) et de l’hébergement restauration (6,8 %) étaient les plus touchées.


Une surmortalité marquée chez les agriculteurs exploitants
Un excès de risque de décès par suicide a été observé chez les agriculteurs dans plusieurs études françaises et internationales. Santé publique France et la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole (CCMSA) se sont associés afin de produire des indicateurs réguliers de mortalité par suicide dans la population des agriculteurs. Les analyses ont porté sur la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants de 2007 à 2011 et les salariés agricoles de 2007 à 2013.
Chez les agriculteurs exploitants
Les hommes agriculteurs exploitants présentaient une surmortalité par suicide entre 2008 et 2010 par rapport à la population générale masculine d’âge similaire, notamment chez les éleveurs bovins et chez les hommes âgés de 45 à 65 ans.
Les caractéristiques socio-professionnelles associées à la mortalité par suicide étaient :
- le fait d’avoir un âge situé entre 45 et 54 ans par rapport à ceux âgés de moins de 35 ans ;
- avoir une exploitation à titre individuel par rapport au fait d’avoir une exploitation à titre sociétaire ;
- avoir une activité d’exploitant à titre exclusif ;
- avoir une surface agricole utile (SAU) comprise entre 20 et 49 hectares par rapport au fait d’avoir une SAU de plus de 200 hectares ;
- et avoir une exploitation située en Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne et dans les Hauts-de-France par rapport au fait d’avoir une exploitation située dans le Grand-Est.
Chez les salariés agricoles
Les salariés agricoles ne présentaient pas de surmortalité par suicide par rapport à la population générale. Toutefois, certaines caractéristiques professionnelles étaient associées au suicide chez les hommes salariés agricoles :
- les activités dans les secteurs « travaux forestiers », « cultures et élevages », « entreprises de travaux », et « coopération » ;
- le statut d’employé ;
- le fait de travailler en Bretagne, Bourgogne-Franche-Comté, Pays de la Loire, Normandie, Grand Est et Centre-Val-de-Loire.
Aucune des associations étudiées n’était observée pour les femmes.


Références
Rapport « Surveillance de la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants - Situation 2010-2011 et évolution 2007-2011.
Klingelschmidt J, Chastang JF, Khireddine-Medouni I, Chérié-Challine L, Niedhammer I. Occupational factors associated with suicide among French employees from the special agricultural social security scheme (MSA) working between 2007 and 2013. Revue d'Epidémiologie et de Santé Publique. 2020;68(1):1-8.
Klingelschmidt J, Chastang JF, Khireddine-Medouni I, Chérié-Challine L, Niedhammer I. Mortalité par suicide des salariés affiliés au régime agricole en activité entre 2007 et 2013 : description et comparaison à la population générale. Bull Epidémiol Hebd. 2018;(27):549-55.
Gigonzac V, Breuillard E, Bossard C, Guseva-Canu I, Khireddine-Medouni I. Caractéristiques associées à la mortalité par suicide parmi les hommes agriculteurs exploitants entre 2007 et 2011. Saint-Maurice: Santé publique France; 2017. 10 p
Bossard C, Santin G, Guseva Canu I. Surveillance de la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants. Premiers résultats. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2013. 26 p.



