Le point sur la Réserve sanitaire face aux idées reçues dans la crise du COVID-19

Catherine Lemorton, responsable de la Réserve sanitaire, revient sur le fonctionnement de la Réserve sanitaire et nous éclaire sur quelques idées fausses qui circulent dans la crise du COVID-19.

Mis à jour le 23 Avril 2020

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Dans cet article

Aujourd’hui, dans cette situation inédite de crise du COVID-19, la Réserve sanitaire joue pleinement son rôle auprès des autres dispositifs. La mobilisation est totale de la part de tous les acteurs de santé mobilisés en renfort pour lutter contre cette épidémie. La Réserve sanitaire et les dispositifs mis en place sont complémentaires pour venir en aide au système de santé durant cette crise sanitaire exceptionnelle.

La réserve sanitaire est-elle sous-mobilisée dans la crise du Covid-19 ?

>1000

réservistes mobilisés à la mi-avril

A la mi-avril, plus de 1000 réservistes ont été mobilisés, dans le cadre de l’épidémie de coronavirus depuis la fin janvier.

Ce chiffre représente plus de 8 000 jours/Homme et plus de 35 missions en France métropolitaine et en Outre-Mer.

La Réserve sanitaire répond aux demandes de renfort des Agences Régionales de Santé (ARS)

Ce sont les ARS qui décident de mobiliser la Réserve sanitaire lorsque les ressources locales ne permettent pas de faire face à l’événement. La Réserve sanitaire intervient en complément des renforts locaux ou régionaux et sur des demandes très précises (exemple : 10 infirmier(es) en réanimation, 3 médecins anesthésistes-réanimateurs sur une période de deux semaines).

Les mobilisations des réservistes sanitaires s’effectuent sur des périodes longues

La Réserve sanitaire mobilise des réservistes sur des périodes longues. Les réservistes sanitaires peuvent être mobilisés jusqu’à trois semaines dans un même établissement. C’est pourquoi il est plus intéressant de regarder le nombre de jours/Homme que le nombre de réservistes mobilisés pour comprendre l’ampleur de la mobilisation de la Réserve sanitaire. Les missions dédiées au Covid-19 représentent plus de 8000 jours/Homme. C’est une mobilisation sans précédent pour la Réserve sanitaire qui avait réalisé, pour exemple, sur toute l’année 2019, 6 709 jours/Homme de mission.

Les réservistes sanitaires sont opérationnels dès leur arrivée dans l’établissement 

La Réserve sanitaire s’occupe en amont de toutes les pièces administratives et prend en charge le déploiement des réservistes sur le territoire, les déplacements et les hébergements. Il est en effet impératif de vérifier les diplômes, les autorisations d’exercer, les inscriptions aux différents Ordres, etc. C’est pour cette raison qu’un contrat est établi entre le professionnel et Santé publique France. Les établissements n’ont plus qu’à accueillir les réservistes dans leurs services.

Pourquoi peu de réservistes sont mobilisés par rapport aux nombre d’inscrits ?

Il faut bien distinguer la différence entre « être inscrit » à la Réserve sanitaire et « être réserviste ».

Il est faux de penser que 40 000 réservistes sont mobilisables

En effet, 40 000 personnes ont entamé leur inscription sur le site de la Réserve sanitaire mais cela ne signifie pas qu'elles sont toutes demandées, volontaires ou disponibles pour les missions proposées. A titre d’exemple, sur les 40 000 inscrits, on compte 7 800 médecins (santé publique, travail, généralistes, réanimateurs, infectiologues, internistes, urgentistes, dermatologues, chirurgiens, pédiatres, …). Si l’on s’intéresse aux spécialités demandées actuellement : généralistes, réanimateurs et urgentistes, le nombre d’inscrits est de 3200. Selon les missions, nous pouvons avoir un nombre plus réduit de volontaires que le vivier disponible. Par exemple, pour un appel à mobilisation sur un renfort de l'offre de soins à Mayotte, 120 médecins se sont portés volontaires dont 110 généralistes, 3 réanimateurs et 7 urgentistes. A noter, que le nombre de renfort demandés par l’ARS Mayotte sur cette profession était seulement de de 12 médecins soit 10 fois moins que le nombre de volontaires disponibles.

40 000 inscrits ne veut pas dire 40 000 réservistes

Pour être réserviste sanitaire, il faut avoir complété son dossier sur l’espace en ligne et signé son contrat d’engagement (d’une durée de 3 ans). Aujourd’hui, 3 800 réservistes sanitaires ont signé ce contrat d’engagement, mais il est important de souligner que plus de la moitié est en activité. Ces réservistes actifs ne répondent donc pas aux appels lancés, puisque déjà mobilisés dans leurs établissements d’origine.

Les personnes n’ayant pas encore complété leur dossier sont tout de même destinataires de nos alertes (appel à mobilisation) et peuvent y postuler si elles sont disponibles et intéressées par la mission. Si elles sont sélectionnées leur dossier est alors complété en urgence et le contrat d’engagement signé avant leur départ en mission.

Avoir un dossier complet et ses pièces à jour est impératif pour être réserviste sanitaire et mobilisable immédiatement. Ces vérifications garantissent que les réservistes sanitaires sont qualifiés et autorisés à exercer les activités qui leurs seront proposées en mission. Même dans l'urgence, il n’est pas question de risquer de mettre en difficulté les professionnels ou en danger les patients.

Les circuits courts et les nouvelles plateformes sont-elles plus efficaces ?

Les différents dispositifs de renforts ne répondent pas aux mêmes critères. Dans le cadre du Covid-19, comme lors d’autres situations sanitaires exceptionnelles, la Réserve sanitaire intervient lorsque les ressources locales ne peuvent faire face à l’évènement.  

  • Au niveau local et régional : les circuits courts entre les hôpitaux et les professionnels de santé disponibles dans leur département et les plateformes mises en place par les Agences Régionales de Santé (ARS) sont les deux premiers dispositifs permettant de renforcer les établissements qui en ont besoin.
  • Au niveau national : la plateforme nationale gérée par le Ministère des Solidarités et de la Santé renforce ces deux autres dispositifs si nécessaires.
  • En complément : la Réserve sanitaire, quant à elle, est mobilisée lorsque que ces ressources locales et régionales ne sont pas suffisantes. Ce sont les ARS qui décident de faire appel à la Réserve sanitaire et qui évaluent les renforts nécessaires en concertation avec le centre de crise du Ministère des Solidarités et de la Santé.

Tous ces dispositifs sont complémentaires et permettent de répondre à un besoin de renforts dans les établissements de santé. L’idée n’est pas de les opposer. La Réserve Sanitaire est indispensable pour les situations sanitaires exceptionnelles et particulièrement face au Covid-19. C’est la force et la complémentarité de chacun qui nous aideront à vaincre le Covid-19.

Pourquoi tous les professionnels ne sont pas appelés ?

La Réserve sanitaire ne s’autosaisit pas

Les réservistes sont contactés et déployés en fonction des besoins exprimés par les ARS en concertation avec le Ministère des Solidarités et de la Santé. Pour chacune des missions, des profils de professionnels de santé précis sont déterminés. La Réserve Sanitaire ne décide pas d’elle-même les besoins de professionnels de santé sur le terrain.

Certaines professions sont moins demandées dans le cadre du Covid-19. A ce stade, les professions quasi-exclusivement demandées sont les suivantes : infirmier.es avec compétence en réanimation, IADE, infirmier.es avec expérience en Ehpad, aides-soignant.es, urgentistes et anesthésistes-réanimateurs. Cela explique pourquoi certains professionnels de santé mobilisables ne sont pas contactés.

Être réserviste sanitaire ne signifie que l’on va partir à coup sûr

Les réservistes ne sont jamais contraints de partir en mission ni en formation. De même, il n’y a aucune garantie d’être appelé ou sélectionné pour une mission, cela dépend de l’actualité, du type de compétences recherchées, du nombre de candidats au départ. Pour les missions en lien avec le Covid-19, les volontaires sont aujourd’hui nombreux et nombreuses. Mais encore une fois, nous ne pouvons mobiliser que les profils correspondants aujourd’hui aux demandes faites par les ARS. L’objectif n’est pas de désorganiser l’offre de soins locale en envoyant plus de renforts que ceux demandés.

Pourquoi des volontaires disent-ils attendre une réponse de la Réserve sanitaire ?

Toutes les demandes reçues sont traitées dans les meilleurs délais

Depuis plusieurs semaines, l’équipe de la Réserve sanitaire est très sollicitée et a, d’ores et déjà, traitée un grand nombre des demandes reçues soit environ 25 000 mails et plus de 3 000 messages Facebook. En parallèle du traitement de ces milliers de messages, l’unité Réserve sanitaire de Santé publique France, composée d’une équipe permanente de 10 personnes, doit également concevoir des « alertes » destinées aux réservistes, sélectionner les réservistes, constituer une équipe équilibrée au plan des compétences et expériences et préparer au plan administratif l’ensemble des dossiers des réservistes sélectionnés. Elle doit également assurer l’ensemble de la logistique d’acheminement/ hébergement, organiser les conditions de l’accueil sur place et veiller à accompagner les réservistes au cours de leur mission et enfin de rembourser les frais, indemniser les réservistes et/ou leurs employeurs.

Face à cette situation sanitaire exceptionnelle, l’équipe de la Réserve sanitaire a été renforcée mais il est évident que le délai d’attente est plus long qu’habituellement. Cependant chaque personne qui contacte la Réserve sanitaire recevra une réponse dans les meilleurs délais.  

Les réservistes sanitaires doivent être autonomes pour finaliser et compléter leur dossier d’engagement

Une fois inscrit à la Réserve sanitaire, le volontaire reçoit un mail de confirmation. Ce mail lui indique son identifiant et son numéro de matricule. Le volontaire doit ensuite compléter son dossier. Pour cela, il doit renseigner tous les onglets sur son espace personnel, charger toutes les pièces demandées puis imprimer, compléter, signer et envoyer son contrat par la Poste.

Les pièces ne sont pas traitées au fur et à mesure de leur téléchargement mais au moment où il y a besoin de les vérifier, c'est-à-dire à réception du contrat par la Poste ou en cas de sélection de candidature en vue d'un départ immédiat.  

Dès lors qu’un volontaire dispose d’un numéro de matricule, il est destinataire des alertes concernant sa profession et peut y postuler. S’il est sélectionné et appelé pour une mission notre équipe fera le point avec lui pour l’aider à finaliser son dossier plus rapidement.

Est-ce que le site de la Réserve sanitaire fonctionne ?  

En mars 2020, le serveur de notre site www.reservesanitaire.fr n’étant pas dimensionné pour recevoir des milliers de connexions simultanées, notre site a fonctionné partiellement pendant plusieurs jours. 19 000 volontaires ont tout de même réussi à s’inscrire pendant cette période. 

Par la suite, une plateforme nationale a été mise en place par le Ministère des Solidarités et de la Santé en partenariat avec Santé publique France. Le site de la Réserve sanitaire a donc été fermé temporairement pour privilégier cette plateforme nationale ayant pour objectif de permettre aux Agences régionales de santé d’« extraire » le vivier des professionnels éventuellement disponibles dans leur région.

Aujourd’hui, les professionnels de santé souhaitant rejoindre la Réserve sanitaire peuvent de nouveau s’inscrire sur notre site mais un « ralentisseur » a été mis en place afin qu’il puisse être accessible prioritairement aux réservistes sélectionnés pour un départ en mission.