Covid-19 : une enquête pour suivre l’évolution des comportements et de la santé mentale pendant le confinement

Depuis le 23 mars 2020, Santé publique France a lancé l'enquête CoviPrev en population générale afin de suivre l’évolution des comportements (gestes barrières, confinement, consommation d’alcool et de tabac, alimentation et activité physique) et de la santé mentale (bien-être, troubles).

Mis à jour le 20 Mai 2020

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Dans cet article

Face à l’épidémie de Covid-19 et depuis les mesures gouvernementales de confinement du 16 mars 2020, comment les Français réagissent-ils ? Comment cette crise sanitaire inédite modifie-t-elle les comportements, les connaissances, les croyances ? Quel retentissement psychologique dans la population ? Santé publique France a lancé, avec BVA, l'enquête CoviPrev visant à suivre l’évolution des comportements (gestes barrières, confinement) et de la santé mentale en population générale (bien-être, troubles), ainsi que leurs principaux déterminants. Elle sera répétée de façon régulière pendant la période de confinement et de post confinement.

Objectifs

  • suivre l’adoption des mesures de protection et de la santé de la population  pendant la période de confinement et de déconfinement 
  • recueillir les informations nécessaires à l’orientation et à l’ajustement des mesures de prévention
  • surveiller les inégalités de santé
  • capitaliser des connaissances utiles à la gestion de futures pandémies  

Méthode de l'enquête

  • Enquêtes quantitatives répétées sur échantillons indépendants
  • Questionnaires auto-administrés à remplir en ligne sur système Cawi (Computer Assisted Web Interview)
  • Echantillons de 2 000 personnes 18 ans et plus résidant en France métropolitaine recrutés par access panel (Access Panel BVA)
  • Échantillonnage par quotas (sexe, âge, catégorie socio-professionnelles du répondant, région, catégorie d’agglomération) redressé sur le recensement général de la population 2016 

Contenu du questionnaire

Le questionnaire mesure d’une part, la connaissance et la mise en œuvre des mesures de protection et, d’autre part, la santé mentale des personnes pendant l'épidémie de COVID-19.
Ce module répond à l’objectif de pilotage des dispositifs de prévention pendant la période épidémique. Il s’agit de suivre les déterminants les plus susceptibles d’affecter à court terme la situation sanitaire, notamment l’adoption des mesures de protection (déterminants de la contagion) et la santé mentale, également susceptible de présenter un fardeau supplémentaire pour le système de santé. 
Caractéristiques sociodémographiques, connaissances, perceptions, proximité à la maladie, conditions de vie pendant  l'épidémie (confinement…) sont les principaux déterminants de l’adoption des mesures de protection et de la santé mentale recueillis afin de disposer d’informations pour identifier les cibles et leviers d’intervention.

Le questionnaire comporte également de modules complémentaires sur les addictions (alcool et tabac), la nutrition et l'activité physique qui seront intégrés dans une ou plusieurs vagues de l’enquête, afin d’évaluer plus largement l’impact de la situation sur la santé de la population. 

Exploitation des résultats

À court terme, cette surveillance permettra de disposer d’un outil de reporting pour ajuster les stratégies de communication et de prévention des pouvoirs publics, notamment à destination des publics les plus vulnérables.  

À plus long terme, après la crise sanitaire, ce suivi d’indicateurs sera utilisé pour produire et capitaliser des connaissances sur les répercussions du Covid-19 en population générale, sur la santé mentale et d’autres comportements de santé (consommations de substances psychoactives, nutrition, activité physique).

La mise à disposition des résultats sera consécutive à chaque vague d’enquête. Ils sont composés :

  • d'une synthèse avec les résultats principaux
  • de tableaux avec les résultats détaillés présentant les prévalences et évolutions des indicateurs en fonction des caractéristiques sociodémographiques, des conditions de vie liées à l’épidémie ainsi que des analyses des déterminants cognitifs et de leurs évolutions (perception de la maladie et des mesures de protection) complèteront les principaux résultats

Résultats

Les résultats de l'enquête CoviPrev couvrent les thématiques suivantes : santé mentale, adoption des mesures de protection, addictions, alimentation et activité sportive.

Santé mentale

Synthèse vague 1 (23-25 mars), vague 2 (30 mars-1er avril) et vague 3 (14-16 avril), vague 4 (20-22 avril), vague 5 (28-30 avril), vague 6 (4-6 mai)

  • La santé mentale des personnes interrogées entre le 4 et le 6 mai 2020 (vague 6, dernière semaine avant la levée des mesures de confinement) reste dégradée en comparaison aux données de référence disponibles avant le confinement.  
  • Évolution des indicateurs de santé mentale
    • Après une amélioration significative (+ 10 points) observée entre la première et la deuxième semaine de confinement (vague 1 et vague 2), la satisfaction de vie actuelle s’est stabilisée. Elle concerne 76% des personnes interrogées en vague 6 (versus 85% en période hors épidémie). 
    • Les états anxieux ont connu une diminution significative au cours de la période de confinement (-9 points). Après une diminution observée successivement en 2e et 3e semaine de confinement, la prévalence s’est ensuite stabilisée : 18% des personnes interrogées en vague 6 (versus 13,5% en période hors épidémie).
    • Les états dépressifs n’ont globalement pas évolué (19% en vague 6). 
    • Les problèmes de sommeil ont augmenté pendant la période de confinement (+5 points). La hausse a été observée au cours des 4 premières semaines de confinement. La prévalence s’est ensuite stabilisée. En vague 6, 66% des personnes interrogées déclarent des problèmes de sommeil au cours des 8 derniers jours (versus 49% en période hors épidémie).
  • En vague 6, les facteurs associés à une plus forte anxiété (après contrôle des autres facteurs) étaient : 
    • Facteurs sociodémographiques : le sexe féminin, se déclarer dans une situation financière très difficile, déclarer des antécédents de troubles psychologiques. 
    • Facteurs liés aux conditions de confinement : déclarer un climat de violence ou de graves disputes dans le foyer. 
    • Facteurs liés au COVID-19 : se sentir vulnérable face au COVID-19, le percevoir comme une maladie grave, rechercher activement des informations sur le COVID-19.
    • Facteurs liés à la perception des mesures de protection : percevoir les mesures comme contraignantes, comme peu efficaces, se sentir peu capable de les mettre en œuvre et avoir une confiance moins élevée dans les pouvoirs publics. 
  • Conclusion
    • Le niveau d’anxiété, mesuré pendant la première semaine de confinement était deux fois plus élevé que celui mesuré en 2017 lors d’une période hors épidémie. Il a ensuite diminué tout en restant supérieur à la valeur de référence hors épidémie.
    • En réduisant, voire en supprimant pour une partie de la population le risque d’exposition au COVID-19, le confinement a pu entraîner une baisse significative du niveau d’anxiété. Cette hypothèse doit nous interroger sur une possible évolution à la hausse des états anxieux à la levée du confinement.
    • Afin de limiter et réduire le niveau d’anxiété général, tout en favorisant la bonne adoption des mesures de protection, il est nécessaire de communiquer avec clarté et simplicité sur les modes de transmission du virus, sur les mesures à adopter et de créer les opportunités dans l’environnement physique et social pour que les mesures de protection soient faciles à mettre en œuvre (accès au matériel et aménagement des lieux de vie collectifs).

Adoption des mesures de protection face à l’épidémie de COVID-19

Synthèse : vague 1 (23-25 mars), vague 2 (30 mars-1er avril) et vague 3 (14-16 avril), vague 4 (20-22 avril), vague 5 (28-30 avril), vague 6 (4-6 mai)

  • Le degré d’adoption systématique des mesures de protection recommandées par les pouvoirs publics a diminué entre les vagues 2 et 6 :
    • L’adoption systématique des 4 mesures d’hygiène a diminué entre les vagues 2 (50%) et 6 (44,4%). Cette baisse a concerné l’adoption de chacune des mesures d’hygiène, excepté la mesure se « Saluer sans serrer la main et arrêter les embrassades » qui est restée stable.
    • L’adoption systématique des 3 mesures de distanciation physique a diminué entre les vagues 2 (70,3%) et 6 (57,3%). Cette diminution a concerné l’ensemble des mesures de distanciation.
  • Le port systématique du masque en public est la seule mesure de protection qui a augmenté de manière significative, passant de 15,1% en vague 2 à 38,8% en vague 6.
  • En vague 6, les facteurs associés à une moindre adoption des mesures de protection (nombre moyen de mesures systématiquement adoptées, après contrôle des autres facteurs) étaient :
    • Facteurs sociodémographiques : le sexe masculin, un faible niveau de littératie en santé (capacité d’évaluer l’information en santé).
    • Facteurs liés aux conditions de confinement : avoir vécu de graves disputes ou un climat de violence au sein de son foyer dans les 15 derniers jours.
    • Facteurs liés au COVID-19 : ne pas ressentir plus de peur que d’habitude, ne pas percevoir le COVID-19 comme une maladie grave, être peu inquiet face à l’épidémie, avoir une mauvaise connaissance des modes de transmission du virus.
    • Facteurs liés à la perception des mesures de protection : percevoir les mesures comme contraignantes, se sentir peu capable de les mettre en œuvre, avoir des proches qui n'adoptent pas ou n'approuvent pas les mesures de protection.
  • Conclusion :
    • La part de la population adoptant systématiquement les mesures de protection (mesures d’hygiène et de distance physique) diminue significativement entre fin mars et début mai 2020, à l’exception du port du masque en public qui progresse de façon importante.
    • L’objectif doit être de maintenir un niveau élevé d’adoption des mesures de protection à moyen ou long terme, sans contribuer à l’augmentation des états anxieux au sein de la population. Pour cela il faut renforcer la capacité à mettre en œuvre les mesures de protection préconisées. 
    • Il est important de communiquer avec clarté et simplicité sur les modes de transmission du virus et sur les mesures à adopter, et de créer les opportunités dans l’environnement physique et social pour faciliter leur mise en œuvre (accès au matériel de protection ; organisation de la distanciation physique, comme le marquage au sol ; aménagement des milieux de vie collectifs…).
    • La stratégie de prévention doit contribuer à l’installation d’une norme sociale de protection pour soi-même et pour autrui. Le port du masque pourrait y contribuer et doit être accompagné. Il faudra cependant veiller à ce qu’il ne soit pas utilisé comme une mesure de substitution aux autres mesures de protection. 
    • La stratégie qui pourrait être recommandée à l’échelle individuelle et comportementale est une stratégie de prévention combinée associant les différentes mesures de protection

Evolution des usages de tabac et d’alcool pendant le confinement

Synthèse vague 2 (30 mars-1er avril)

Les analyses présentées portent sur les évolutions déclarées des niveaux de consommation de tabac et d'alcool pendant le confinement.

Evolution des usages de tabac

Parmi les fumeurs interrogés (n=422) :

  • 27% déclarent que leur consommation de tabac a augmenté depuis le confinement
  • 55% qu’elle est stable
  • 19% qu’elle a diminué

Les individus déclarant avoir augmenté leur consommation étaient quasiment tous déjà fumeurs avant le confinement (94%). La hausse moyenne du nombre de cigarettes fumées par les fumeurs quotidiens est de 5 cigarettes par jour.

Les raisons mentionnées par les fumeurs déclarant avoir augmenté leur consommation étaient dans l’ordre (n=104, plusieurs réponses possibles) :

  • l’ennui, le manque d’activité (74%)
  • le stress (48%)
  • le plaisir (10%)

L’augmentation de la consommation de tabac est plus fréquemment mentionnée par :

  • les 25-34 ans (41%)
  • les actifs travaillant à domicile (37%)
  • les femmes (31%)

L’augmentation de la consommation de tabac augmente avec le niveau d’anxiété et elle est plus fréquente en cas de dépression probable ou certaine. 

Evolution des usages d’alcool

Parmi les usagers d’alcool interrogés (n=1344) :

  • 11% déclarent que leur consommation d’alcool a augmenté depuis le confinement
  • 65% qu’elle est stable
  • 24% qu’elle a diminué

Les raisons mentionnées par les consommateurs d’alcool déclarant avoir augmenté leur consommation étaient dans l’ordre :

  • le plaisir (45%)
  • l’ennui, le manque d’activité (32%)
  • le stress (15%)

Ils sont 51% à déclarer avoir augmenté leur fréquence de consommation, 10% le nombre de verres bus les jours de consommation et 23% les deux paramètres (notons que les données détaillées sont incohérentes pour 15% des répondants).

L’augmentation de la consommation d’alcool est plus fréquemment mentionnée par :

  • les moins de 50 ans (entre 14% et 17% selon les classes d’âge)
  • les individus vivant dans une ville de plus de 100 000 habitants (13%)
  • Les parents d’enfants de moins de 16 ans (18%)

L’augmentation de la consommation d’alcool augmente avec le risque d’anxiété et de dépression. 

Evolution du poids et de comportements liés à l’alimentation pendant le confinement

Synthèse vague 3 (14-16 avril)

Les analyses présentées portent sur les évolutions déclarées du poids, du grignotage, du « cuisiner des plats-maison », de l’accessibilité des produits alimentaires et de l’attention portée à son budget alimentaire.

Evolution du poids

Parmi l’ensemble des personnes interrogées (n=2010) :

  • 27% déclarent avoir pris du poids
  • 11% en avoir perdu
  • 62% avoir un poids stable

Avoir pris du poids est plus fréquemment mentionné :

  • en cas de situation financière très difficile (36%)
  • par les parents (34%)
  • les moins de 40 ans (31%)
  • par ceux mangeant en plus grande quantité (66%) et grignotant davantage entre les repas (60%) que d’habitude
  • en cas de troubles dépressifs (42%), de problèmes de sommeil (36%) et de niveau élevé d’anxiété (37%)

Avoir perdu du poids est plus fréquemment mentionné :

  • par les moins de 40 ans (14%)
  • ceux mangeant en moindre quantité (33%) et grignotant moins (25%) que d’habitude
  • en cas de niveau élevé d’anxiété (14%)

Evolution du grignotage

Parmi l’ensemble des personnes interrogées (n=2010) :

  • 22% déclarent grignoter entre les repas plus que d’habitude
  • 17% moins que d’habitude
  • 61% n’ont rien changé

Evolution du "cuisiner des plats-maison"

Parmi l’ensemble des personnes interrogées (n=2010) :

  • 37% déclarent cuisiner des plats-maison plus que d’habitude
  • 4% moins que d’habitude
  • 59% n’ont rien changé

Evolution de l’accessibilité des produits alimentaires

Parmi l’ensemble des personnes interrogées (n=2010) :

  • 57% déclarent trouver moins que d’habitude les aliments qu’ils souhaitent dans les magasins
  • 3% plus que d’habitude
  • 40% autant qu’avant

Evolution de l’attention portée au budget alimentaire

Parmi l’ensemble des personnes interrogées (n=2010) :

  • 23% portent plus d’attention que d’habitude à leur budget alimentaire
  • 14% moins que d’habitude
  • 63% n’ont rien changé

Grignoter entre les repas plus que d’habitude, trouver moins que d’habitude les aliments que l’on souhaite dans les magasins et porter plus d’attention que d’habitude à son budget alimentaire est plus fréquemment mentionné par les moins de 40 ans, les parents, les femmes, en cas de situation financière très difficile.
C’est également le cas pour les personnes présentant des troubles dépressifs, ayant des problèmes de sommeil et en cas d’anxiété. 

3 questions à Enguerrand du Roscoat, responsable de l'unité santé mentale, direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France

Pourquoi la santé mentale est-elle si importante en période de confinement ?

La santé mentale, en particulier les troubles anxieux, sont identifiés dans les publications internationales comme un risque majeur lié à la situation épidémique (peur de la maladie pour soi et son entourage) et aux conditions de vie en période de confinement (promiscuité, isolement social, perte de salaire, frustration…). Il est ainsi prioritaire de maintenir un niveau minimal de bien-être et de prévenir à court terme le développement de troubles au sein de la population afin de limiter la sollicitation du système de santé et en particulier des hôpitaux et des urgences par l’afflux des personnes présentant des symptômes d’anxiété ou de stress aigus. Enfin, une dégradation de la santé mentale pourrait avoir des conséquences sur l’adoption d’habitudes de vie défavorables (consommation d’alcool et autres substances psychoactives, nutrition, sommeil…), contribuer à l’augmentation des violences (notamment intrafamiliale) ou encore participer au fardeau économique (arrêts de travail…). 

Quelles informations recherchez-vous en particulier ?

Nous cherchons à estimer l’état de bien-être et la prévalence de troubles psychiques (en particulier anxio-dépressifs) au sein de la population, à identifier les segments de population les plus vulnérables et à en suivre l’évolution afin de veiller à ce que les inégalités ne se creusent pas pendant la période de confinement. 

Après l’enquête, quelles actions concrètes ?

L’analyse des données recueillies après chaque vague ainsi que leurs évolutions nous permettront de mieux répondre aux besoins. L’identification des populations les plus vulnérables et des facteurs associés au bien-être, au mal-être ou aux troubles, sera utile pour mieux orienter et cibler l’offre de prévention.