Pollution atmosphérique : quels sont les risques ?

Mis à jour le 4 juillet 2019

Chaque jour, un adulte inhale 10 000 à 20 000 litres d’air en fonction de sa morphologie, de ses activités… Outre l’oxygène (O2) et le diazote (N2), qui représentent en moyenne 99 % de sa composition, cet air contient des polluants d’origine naturelle (embruns marins, poussières, pollens…) ou résultant d’activités humaines (trafic routier, production d’énergie, industrie, agriculture…). 
La pénétration de ces polluants dans l’organisme peut avoir des conséquences sur la santé à court et long terme. 

Les risques à court-terme 

Même à de faibles niveaux, l’exposition aux polluants peut provoquer, le jour même ou dans les jours qui suivent, des symptômes irritatifs au niveau des yeux, du nez et de la gorge mais peut également aggraver des pathologies respiratoires chroniques (asthme, bronchite…) ou favoriser la survenue d’un infarctus du myocarde, voire provoquer le décès.  
Ainsi, les résultats d’une étude épidémiologique menée par Santé publique France montrent qu’une augmentation de 10 µg/m3 des niveaux de PM10 du jour et des cinq jours précédents se traduit par une augmentation de 0,5% de la mortalité non accidentelle. L'excès de risque est plus élevé chez les personnes de 75 ans et plus (+1,04%) et les effets sur la mortalité sont plus importants en été. 
Ces résultats confirment ceux des études menées depuis 1997 en France et dans d’autres pays qui ont, pour la plupart, conclu à une augmentation, d’une part, de la mortalité et des hospitalisations pour causes cardiovasculaires, attribuables aux particules fines (PM10 et PM2.5), et, d’autre part, de la mortalité et des hospitalisations pour causes respiratoires, attribuable à l’ozone (O3) et au dioxyde d’azote (NO2) en été. 

Les risques à long terme

A plus long-terme, même à de faibles niveaux de concentration, une exposition sur plusieurs années à la pollution atmosphérique peut induire des effets sanitaires bien plus importants qu’à court terme. De nombreuses études montrent un rôle de la pollution atmosphérique sur la perte d’espérance de vie et la mortalité, mais également sur le développement de maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires et du cancer du poumon. En effet, par une toxicité directe sur les cellules pouvant entrainer des altérations génétiques, par une action indirecte via une réaction inflammatoire et un stress oxydatif et par un affaiblissement des mécanismes de défense de l’organisme, les polluants peuvent induire : 

  • au niveau cardiovasculaire : une réduction de la variabilité du rythme cardiaque, une augmentation de la pression artérielle et de la coagulabilité sanguine et une progression de l’athérosclérose conduisant au développement de maladies coronariennes (infarctus du myocarde) et d’accidents vasculaires cérébraux. 
  • au niveau respiratoire : une réduction de la capacité respiratoire, une augmentation de la réactivité bronchique, une croissance cellulaire anormale pouvant conduire au développement d’une bronchopneumopathie chronique obstructive, de l’asthme, d’infections respiratoires inférieures, et dans certains cas à un cancer du poumon.

De nouvelles études montrent un rôle de la pollution de l’air également sur les troubles de la reproduction, les troubles du développement de l’enfant, les affections neurologiques et le diabète de type 2. 

48 000

personnes décèdent chaque année de la pollution de l’air en France

Les résultats de la surveillance mise en place par Santé publique France montrent une association significative entre l’augmentation des niveaux de pollution tels que les particules PM2.5 et celle du nombre de décès. En effet, l’étude Gazel’Air a utilisé les données de la cohorte Gazel (coordonnée par l'unité UMS 11 de l'Inserm) afin d’établir, pour la première fois en France, le lien entre 25 ans d’exposition à la pollution atmosphérique, la mortalité et des indicateurs de maladies cardiovasculaires (MCV), respiratoires et le diabète dans une population d’étude de plus de 20 000 travailleurs EDF-GDF volontaires suivis de 1989 à 2015. Dans cette étude, une augmentation des concentrations des PM, dioxyde d'azote (NO2) et benzène était associée à une augmentation du risque de mortalité toutes causes non-accidentelles. Ainsi, une augmentation de 10 µg/m3 des PM2.5 était associée à une augmentation de 15% du risque de mortalité totale non-accidentelle. Ce risque a ensuite été utilisé dans l’évaluation quantitative d’impact sanitaire (EQIS) en France continentale.  
Cette évaluation a montré que dans notre pays, plus de 48 000 personnes décèdent chaque année de la pollution de l’air, ce qui représente 9% de la mortalité en France. On estime également jusqu’à 27 mois l’espérance de vie perdue pour une personne de 30 ans dans les zones les plus exposées. Les effets sont plus importants en grandes agglomérations mais les villes de taille petite et moyenne, ainsi que le milieu rural sont aussi concernés.  

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Le cas particulier de l’ozone

L’ozone dit troposphérique (ou « de basse altitude » ou « mauvais ozone ») est un des polluants caractéristiques du smog estival (ou smog photochimique) avec les particules fines, une brume qui se forme par réaction chimiques entre différents polluants (tels que les oxydes d'azote et les COV) sous l'effet du rayonnement solaire et en conditions de stagnation de l’air.  

En France, l’impact de l’ozone sur la mortalité a pu être évalué par plusieurs études. Santé publique France a montré que l’exposition chronique à l’ozone serait responsable de près de 500 décès pour causes respiratoires chaque année, avec un gradient croissant Nord-Sud très marqué dû à l’influence des conditions météorologique sur la formation d’ozone.  
Des études menées dans 18 villes françaises ont montré que le risque de décès associé à l’ozone et aux particules fines était plus important les jours chauds. Il y a ainsi une synergie entre les effets négatifs des polluants et la température. 

Les températures élevées favorisent la production d’ozone, et ce polluant est plus particulièrement présent en été.  Les concentrations d’ozone sont ainsi plus importantes lors des journées chaudes et ensoleillées. De plus, les personnes peuvent passer plus de temps à l’extérieur lorsqu’il fait beau, et être ainsi plus exposées à l’ozone. Enfin, une co-exposition à l’ozone et à la température peut provoquer une réaction amplifiée de l’organisme par rapport à une exposition à un unique agent, en amplifiant des réactions inflammatoires. Ces facteurs peuvent contribuer à aggraver l’effet de l’ozone sur la santé lorsqu’il fait chaud. 

Que faut-il faire en cas de canicule et de pollution à l’ozone simultané ?  

En cas de pic de pollution à l’ozone concomitant à une canicule, les résultats des analyses menées en 2003 montrent que les risques liés aux fortes températures sont beaucoup plus importants que le risque lié à l’ozone. Il faut donc en priorité se protéger de la chaleur. 

En savoir plus sur les effets à court et long termes de l’ozone :

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