Prév’Ehpad : infections associées aux soins et traitements antibiotiques en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, résultats nationaux 2016

Santé publique France et le réseau CClin-Arlin publient les résultats de la première enquête épidémiologique nationale sur la prévalence des infections associées aux soins et des traitements antibiotiques en établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes en 2016.

Prév’Ehpad, c’est quoi ?

Prév'Ehpad 2016 est une enquête de prévalence des infections associées aux soins et des traitements antibiotiques réalisée un jour donné auprès de résidents présents dans un échantillon d'établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) répartis sur la France entière.

Cette enquête a été réalisée par le réseau CClin-Arlin dans le cadre du Raisin (Réseau national d’alerte d’investigation et de surveillance des infections nosocomiales et associées aux soins) en partenariat avec Santé publique France.

Elle a pour objectif de mobiliser l’ensemble des professionnels de santé des Ehpad et des prescripteurs potentiels sur la maîtrise du risque infectieux et le juste usage des antibiotiques pour contribuer à l’amélioration de la sécurité des soins des résidents et dégager des priorités d'actions et de suivi tant au niveau local que national.

Les Ehpad engagés dans la prévention du risque infectieux

En France, 7 500 Ehpad hébergent autour de 600 000 résidents. L’enquête Prév’Ehpad s’est déroulée entre mai et juin 2016 auprès de l’ensemble des résidents d’un échantillon de 719 Ehpad tirés au sort. La participation de la moitié des Ehpad sollicités (taux de participation de 51 %) et l’inclusion des 28 277 résidents dans l’enquête témoignent de l'engagement des Ehpad dans la prévention du risque infectieux.

Une grande hétérogénéité des Ehpad, tant dans leur structure que dans leur organisation

Les Ehpad enquêtés sont de statut public (50,9 %), privé à but non lucratif (27,2 %) ou privé (21,9 %) et un quart d’entre eux sont rattachés à un établissement de santé (27,9 %). La capacité moyenne des Ehpad est de 80 places.

En termes d'organisation, la disponibilité des solutions hydro-alcooliques (99,5 %) semblent une pratique acquise. On constate également la présence d'un médecin coordonnateur (90,3 %) ou d'une infirmière coordonnatrice (89,7 %) dans une majorité des Ehpad. Il existe cependant une forte marge de progression pour l'accès à une expertise en hygiène (64,6 %), la présence d'un correspondant en hygiène (59,4 %) ou l'accès à un référent en antibiothérapie (45,3 %).

Les résidents sont principalement des femmes âgées de plus de 85 ans et peu exposés aux dispositifs ou actes invasifs

Les résidents des Ehpad comptent environ trois femmes pour un homme (73,5 %) et près des deux tiers sont âgés de plus de 85 ans.
L'exposition des résidents aux dispositifs invasifs est peu fréquente : pose de cathéter (3,3 %) majoritairement sous-cutané, sondage urinaire à demeure (1,7 %), intervention chirurgicale dans les 30 jours (0,9 %). Il existe cependant des variations importantes notamment selon les Ehpad.

Une fréquence des infections associées aux soins plus faible qu’attendue

La prévalence nationale des résidents présentant au moins une infection active le jour de l’enquête est estimée à 2,93 % (IC95% [2,57-3,29]). Elle varie de 0 à 21,1 % selon les Ehpad répondants, sans disparité régionale significative.

La prévalence des infections (un résident peut avoir plusieurs infections) est de 3,04 % (IC95% [2,65-3,42]) : 36,9 % d’infections urinaires, 24,0 % d’infection respiratoires basses, 11,0 % de pneumonies, 20,4 % d’infections de la peau et des tissus mous, 5,6 % d’infections d’escarre, 1,3 % d’infections liées au cathéter, 0,3 % de gale et 0,1 % d’infections à Clostridium difficile. Les germes les plus fréquemment observés pour les infections urinaires confirmées par un examen cytobactériologique des urines (68,8 %) sont Escherichia coli, Proteus mirabilis et Klebsiella pneumoniae.

Les taux de prévalence observés sont plus faibles comparés aux précédentes enquêtes françaises ou étrangères réalisées dans le secteur médicosocial, même si les méthodologies sont difficilement comparables.

Des traitements antibiotiques de longue durée qui ciblent principalement les sites pulmonaires et urinaires avec, pour ces derniers, une forte proportion de traitements à visée prophylactique

La prévalence nationale des résidents avec au moins un traitement antibiotique en cours par voie générale le jour de l’enquête est estimée à 2,76 % (IC95% [2,46-3,07]), sans variation significative entre les différentes régions.

Dans la majorité des cas, le traitement se fait par voie orale (85,1 %) et les principaux sites ciblés par les antibiotiques sont pulmonaire (36,2 %), urinaire (33,3 %), de la peau et des tissus mous (14,8 %).

Parmi les principales familles d'antibiotiques, les plus prescrites sont les céphalosporines de 3e génération (20,9 %, dont 12,9% de ceftriaxone), suivies des pénicillines A (19,0 %), de l’amoxicilline-acide clavulanique (16,0%), des macrolides et apparentés (12,3%) et des fluoroquinolones (11,4%).

Les traitements prophylactiques sont fréquents (13,7 %), essentiellement à visée urinaire. La durée des traitements curatifs, au jour de l'enquête, dépasse 7 jours dans 34,4 % des cas et la réévaluation systématique dans les 3 jours n'est réalisée que dans 31,4 % des cas.

Prév’Ehpad : des données nationales de référence utiles pour dégager des pistes d'amélioration

Les améliorations en termes d’organisation porteront sur l’accès à une expertise en hygiène et à un référent en antibiothérapie ainsi que sur la présence de correspondants en hygiène dans les Ehpad.

Concernant la prise en charge diagnostique et thérapeutique des infections, la documentation microbiologique des infections, l’évaluation de la pertinence des traitements prophylactiques (urinaires), l’utilisation d’outils d'aide à la prescription, la réduction de la durée des traitements et la réévaluation systématique dans les 3 jours sont des pratiques qui doivent être renforcées. Des actions de sensibilisation au juste usage des antibiotiques sont à organiser auprès des nombreux prescripteurs intervenant en Ehpad. Le respect des précautions standards, notamment l’hygiène des mains, demeure l'élément-clé de la prévention de la transmission croisée des infections et de l'antibiorésistance.

La répétition de cette enquête nationale tous les 5 ans permettra un suivi dans le temps des indicateurs de prévalence des infections associées aux soins et des traitements antibiotiques ainsi que de l'évolution des pratiques et des organisations.

En savoir plus :

Enquête nationale de prévalence des infections associées aux soins et des traitements antibiotiques en Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Résultats nationaux 2016. Saint-Maurice : Santé publique France, 2017. 67 p.