Attentats de 2015 en France : mesurer leur impact en santé publique pour mieux préparer la réponse

Trois ans après les attentats de 2015, Santé publique France publie un BEH thématique autour des enquêtes de mesure de l’impact psychotraumatique des attentats auprès des personnes directement affectées (population civile ou intervenants), et plus largement sur la société française dans son ensemble. L’occasion d’évoquer un programme multidisciplinaire sur la construction de la mémoire individuelle et de la mémoire collective, permettant de renforcer la résilience des individus et de la société.

Impacts et ESPA 13-Novembre : deux études pour évaluer l’impact psychotraumatique de ces attentats sur la population civile …

Suite à la série d‘attentats survenus en janvier et novembre 2015, Santé publique France a réalisé deux enquêtes : Impacts et Espa 13 novembre.

Objectif : évaluer l’impact psychotraumatique de ces attentats sur la population civile et les intervenants impliqués dans la prise en charge des victimes, et mieux connaître le recours aux soins après ces évènements.

  • L’étude Impacts montre que six mois après les attentats, 18% des civils non intervenants présentaient un trouble de stress post-traumatique (TSPT)1 et 20% des troubles dépressifs ou anxieux sans TSPT.
  • Les premiers résultats de l’enquête Espa montrent que huit mois après les attentats, 54% des menacés directs et des personnes ayant perdu un proche, et 27% des témoins présentaient un TPST probable. Près de la moitié n’avaient pas engagé de traitement régulier avec un psychologue ou un médecin, une proportion plus importante pour les témoins et pour les endeuillés non exposés directement que pour les menacés directs.  

… et sur les intervenants impliqués dans la prise en charge des victimes

Les enquêtes Impacts et Espa montrent que 3% des intervenants souffrent d’un TSPT et 14% d’un trouble anxieux. Il en ressort que la préparation des intervenants à la gestion du stress avant leur intervention, et l’identification des facteurs de risque (absence de soutien social, intervention et condition d’insécurité) est importante afin de les protéger du risque de TSPT.

Une forte empreinte des attentats sur la société française

Trois articles apportent des connaissances sur l’impact des attentats sur la population française :

  • présentation du dispositif de surveillance syndromique Sursaud et mise en évidence des augmentations des passages aux urgences et des consultations SOS Médecins pour stress et troubles anxieux survenues sur le territoire métropolitain au cours des deux semaines après les attentats
  • exposition de la population aux images des attaques terroristes via la couverture médiatique qui en a été faite au travers d’une étude qui montre une association entre le temps passé à visualiser des images liées aux attentats et la présence de symptômes de stress post-traumatique six mois après les évènements. L’enquête Conditions de vie et aspirations des Français du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) témoigne d’une très forte empreinte des attentats du 13 novembre dans la société française, sept mois après leur survenue.

Comprendre la construction de la mémoire individuelle et de la mémoire collective

Le programme transdisciplinaire 13-Novembre piloté par le CNRS, l’Inserm et heSam Université, et associant 31 partenaires est présenté dans ce BEH. Son objectif : étudier la construction et l’évolution de la mémoire individuelle et collective après les attentats. L’étude 1000 analyse les témoignages filmés de 1 000 personnes, des plus exposées aux plus éloignées des lieux des attentats à plusieurs années d’intervalle jusqu’à 2026. Parmi elles, 200 personnes font l’objet d’examens d’imagerie et de tests neuropsychologiques dans le cadre de l’étude Remember dont l’objectif est de mesurer les capacités de contrôle de la mémoire et des émotions suivant l’état des personnes. Les enquêtes Espa et du Crédoc font partie de ce programme. 

Mieux cerner les profils des populations les plus vulnérables et sensibiliser les professionnels de santé aux conséquences du psycho-traumatisme pour une prise en charge précoce répondant aux besoins est la leçon d’aujourd’hui. Le suivi des cohortes Impacts et Espa permettra d’apprécier l’évolution dans le temps.

Bulletin épidemiologique hebdomadaire

BEH n°38-39 - Les attentats de 2015 en France : mesurer leur impact en santé publique pour mieux préparer la réponse

1 Ce syndrome, défini dans le DSM-5 1, peut survenir chez des personnes qui ont été exposées à la mort ou à une menace de mort, à une blessure grave ou à des violences sexuelles. Il se manifeste par des pensées intrusives, des conduites d’évitement, des réactions neurovégétatives intenses, ainsi que des altérations cognitives et de l’humeur qui durent au moins un mois et handicapent la vie quotidienne.