L'incendie industriel de Rouen : que s'est-il passé ?

Retrouvez ici des informations sur l'incendie des entrepôts des entreprises Lubrizol et NL Logistique à Rouen

Mis à jour le 16 septembre 2020
Dans cet article

Où et comment s’est déroulé l’incendie ?

Dans la nuit du 25 au 26 septembre 2019, un incendie industriel de grande ampleur s’est déclaré aux alentours de 2h40 dans la zone portuaire de Rouen, en Seine-Maritime (76). 

Position du site industriel et son rapport avec la ville de Rouen
Position du site industriel et son rapport avec la ville de Rouen
Crédit : photo extraite du rapport « L’incendie ‘’Lubrizol /NL Logistique’’ du 26 septembre 2019 à Rouen – Eléments d’analyse et proposition de suites à donner », CGE/CGEDD, février 2020

L’incendie a touché la zone de stockage des fûts de produits finis, dont la surface couvre environ deux hectares, de l’entreprise Lubrizol. Cette installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), Seveso "seuil haut", fabrique des produits additifs pour lubrifiants à usage industriel. Le toit d’un des bâtiments sinistrés, constitué de plaques ondulées en fibrociment, s’est effondré vers 4 heures du matin. 

Le feu a également détruit trois bâtiments de l’entreprise voisine NL logistique, dans lesquels étaient stockés des produits chimiques, issus notamment de l’entreprise Lubrizol. NL Logistique est une entreprise qui exploite quatre entrepôts de stockage sur son site, qui est également une ICPE.

L’incendie a été contenu puis maîtrisé le jour-même à 15 heures. Un feu couvant, lié à des fûts endommagés, a toutefois perduré jusqu’au 7 octobre 2019 sur le site de NL Logistique. 

Les sites et bâtiments des entreprises Lubrizol et NL Logistique
Les sites et bâtiments des entreprises Lubrizol et NL Logistique
Crédit : photo extraite du rapport « L’incendie ‘’Lubrizol /NL Logistique’’ du 26 septembre 2019 à Rouen – Eléments d’analyse et proposition de suites à donner », CGE/CGEDD, février 2020

Combien de communes ont été concernées par le panache de fumées noires et les dépôts de suies ?

L’incendie a généré un important panache de fumées noires et denses. Ce panache visible de très loin était constitué, notamment, des produits de la combustion des substances stockées et autres matériaux présents sur le site des entreprises Lubrizol et NL Logistique. Il s’est élevé au-dessus du foyer et a poursuivi une trajectoire Nord-Est, au-dessus des régions Normandie et Hauts-de-France. La colonne de fumées est montée jusqu’à 100 à 150 mètres d’altitude, a survolé la zone la plus proche (Rouen centre) puis a touché plus particulièrement le plateau nord-est de l’agglomération.

215

communes touchées par le panache de fumées noires et les dépôts de suies

Des composants du panache sont retombés au sol sur une vaste zone au nord-est de Rouen et de nombreux dépôts de suies, visibles à l’œil nu, ont été constatés.

Le panache visible s’est dissipé le lendemain de l’incendie. Au total, il est estimé que 215 communes ont été impactées par les fumées et les dépôts visibles de suies, dont 112 en Seine-Maritime. 

Identification des communes ayant eu des retombées de fumées et de suies

Une simulation mathématique de la dispersion atmosphérique du panache et des dépôts de suies a été réalisée avec le modèle CHIMERE, rapidement après l’évènement, par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris).

Carte de dépôts de suies (PM10) simulés par l’Ineris (modèle CHIMERE)

Carte de dépôts de suies (PM10) simulés par l’Ineris (modèle CHIMERE)

Avec les constats visuels effectués sur le terrain les 26/09 et 27/09/19 par le Service départemental d’incendie et de secours, la Direction départementale des territoires et de la mer et la Gendarmerie, cette modélisation a été utilisée par la préfecture de Seine-Maritime pour identifier les communes dans lesquelles effectuer des prélèvements environnementaux pour caractériser la pollution (voir l'arrêté préfectoral du 14/10/19).

L’incendie a-t-il dispersé dans l'air, de manière non visible, des produits chimiques ?

Un panache odorant mais non visible de substances chimiques s’est aussi répandu dans l'air autour du lieu du sinistre. Des odeurs incommodantes et persistantes ont été perçues le jour de l’incendie et, par intermittence, plusieurs mois après : il s’agissait d’odeurs de soufre, de brûlé et d’hydrocarbures au début, surtout d’hydrocarbures par la suite. Très fortes au cours des premières semaines, elles ont été associées à des effets sanitaires tels que nausées, maux de tête, irritations cutanéomuqueuses. 

La zone de perception des odeurs couvre une grande partie de la Métropole de Rouen, dont des communes qui ne sont pas forcément celles où les dépôts de suies ont été observés. Ces communes ont été identifiées à partir des signalements faits sur l’application Odo (Outil de Déclaration d’Odeurs), mise en place par l’association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air Atmo Normandie.

L’incendie a-t-il pu être la source d’autres facteurs de risque pour la santé humaine ? 

La population résidant à proximité du site de l’incendie a pu être exposée à des agents dangereux autres que des substances chimiques qui sont :

  • de nature psycho-sensorielle : perception auditive des bruits de l’incendie et des explosions, vision des flammes, des épaisses fumées noires et des dépôts de suies ;
  • de nature psychologique : crainte d’une propagation de l’incendie voire d’une explosion totale de l’usine, peur de mourir pour soi-même et ses proches ou encore de voir ses biens détruits ou dévalorisés ;
  • des fragments de toiture en fibrociment, qui ont été projetés par des explosions jusqu’à plusieurs kilomètres autour de l’incendie et sont retombés dans les espaces publics et privés, et des fibres d’amiante qui ont été potentiellement dispersées aux alentours du site. 

A proximité immédiate de l’incendie

Les personnes résidant à moins de 500 mètres de l’incendie ont été invitées à ne pas quitter leur domicile pour une mise à l’abri préventive. Cette population, située dans la commune de Petit-Quevilly, a été exposée encore plus intensivement à l’ensemble des nuisances, et a notamment ressenti une menace pour son intégrité physique, voire une angoisse vitale.

En savoir plus sur les mesures environnementales de la pollution chimique

La recherche et la caractérisation de la pollution chimique générée par l’accident, dans les différents milieux de l’environnement, a été initiée dès le 27/09/19. Elle comprenait des prélèvements d’échantillon, pour analyses en laboratoire, sur les surfaces et dans les eaux de pluie, dans l’air, dans l’eau potable et dans les milieux aquatiques, dans les sols et des végétaux, dans les lichens et dans les cultures et productions agricoles. 

Les prélèvements et les analyses chimiques ont été réalisés, selon les milieux environnementaux, par Atmo Normandie, l’Agence régionale de santé, l’Ineris, la Direction départementale de la protection des populations, l’Agence française pour la biodiversité, la Direction régionale de l’alimentation de l’agriculture et de la forêt, le Conseil départemental, l’Agence de l’eau Seine Normandie, Air Lichen et par des laboratoires mandatés par les entreprises Lubrizol et NL Logistique.

Les résultats des mesures sont publiés, au fur et à mesure de leur obtention, sur le site de la préfecture de Seine-Maritime.