Anomalies chromosomiques

Mis à jour le 11 juillet 2019

Définition

Les anomalies chromosomiques constitutionnelles constituent une cause fréquente d'anomalie du développement embryo-fœtal. Les anomalies chromosomiques sont à l'origine d'environ 50 % des avortements spontanés survenant pendant le premier trimestre de la grossesse.Deux grands types d'anomalies chromosomiques peuvent être diagnostiqués :

Les anomalies de nombre des chromosomes

Le caryotype normal comporte 23 paires de chromosomes, soit 46 chromosomes. Ces anomalies (également appelées aneuploïdies) peuvent être homogènes (présentes dans toutes les cellules), ou en mosaïque (présentes dans une proportion variable de cellules). L'origine des anomalies homogènes se situe soit au moment de la méiose pendant le processus qui aboutit à la formation des cellules reproductrices soit lors des premières divisions mitotiques du zygote, (ovule) après la fécondation. Le facteur de risque prédominant des anomalies de disjonction chromosomique méiotique est l'âge maternel élevé.

  • L'on parle de trisomie en présence d'un chromosome supplémentaire, d'une monosomie en cas de perte d'un des deux chromosomes d'une paire chromosomique. Les trisomies les plus fréquentes à la naissance sont les trisomies 21, 18 et 13 et la trisomie 8 en mosaïque. Les trisomies des chromosomes sexuels sont très fréquentes et portent aussi bien sur l'X que sur l'Y : 47,XXX , 47,XXY , 47,XYY.
  • Les monosomies autosomiques sont rarement observées à la naissance du fait, car probablement non viables avec un arrêt précoce de la grossesse. Concernant les chromosomes sexuels, la monosomie X est fréquente, responsable du syndrome de Turner.

Les anomalies de structure des chromosomes

Elles résultent de la survenue de cassures chromosomiques suivies par un ou plusieurs recollements anormaux. Par définition les trisomies et les monosomies partielles résultent de remaniements de structure. Les anomalies de structure peuvent affecter un chromosome, ou plusieurs chromosomes (par exemple les translocations). Ces anomalies peuvent être équilibrées ou non équilibrées.

  • Les anomalies équilibrées n'entraînent pas de déséquilibre du matériel chromosomique et n'ont habituellement pas d'effet phénotypique, à l'exception de la situation au cours de laquelle la cassure en interrompant un gène entraîne une maladie génétique correspondante. Les anomalies équilibrées peuvent entraîner, lors de la méiose, la formation de gamètes déséquilibrés donnant des zygotes anormaux, ce qui se traduira par la survenue d'avortements ou par la naissance d'enfants porteurs d'anomalies congénitales.
  • Les anomalies non équilibrées peuvent survenir de novo c'est-à-dire de façon accidentelle (délétions, translocations non équilibrées de novo, etc.) ou être la conséquence d'un remaniement parental équilibré.

Dépistage et diagnostic prénatal des anomalies chromosomiques

Le dépistage chromosomique prénatal est proposé à toutes les femmes enceintes quel que soit son âge et ses antécédents. Ce dépistage est actuellement basé sur l'étude combinée de marqueurs échographiques (mesure de l'épaisseur de la nuque fœtale) et marqueurs biologiques (dosage de plusieurs substances dans le sang maternel) au premier trimestre de grossesse.

Le diagnostic prénatal des anomalies chromosomiques est fondé sur l'analyse du caryotype fœtal. Il se fait toujours en accord avec les parents après une consultation médicale de conseil génétique. Un caryotype fœtal est proposé aux couples à risque élevé pour ces anomalies, que ce risque soit prévisible avant le début de la grossesse (antécédent familial d'anomalie chromosomique) ou imprévisible (dépistage chromosomique plaçant cette grossesse dans un groupe à risque, mise en évidence d'anomalies échographiques).

Trisomie 21 (Syndrome de Down)

La trisomie 21 est une anomalie chromosomique définie par la présence d'un chromosome 21 surnuméraire (trisomie 21 complète) ou de la présence d'un fragment de chromosome 21 surnuméraire (trisomie partielle). Le dépistage et le diagnostic prénatal chromosomiques ont entraîné dans les pays concernés, une diminution signification de l'incidence à la naissance.

Ce syndrome se caractérise par une déficience intellectuelle constante mais variable, le plus souvent légère à modérée, une hypotonie musculaire et une laxité articulaire fréquentes, des signes morphologiques caractéristiques. Un suivi médical doit être mis en place en raison de l'existence de malformations congénitales fréquemment associées (malformations cardiaques et digestives notamment) ou de complications : troubles sensoriels, épilepsie, leucémies, pathologies auto-immunes et endocriniennes, vieillissement prématuré tant sensoriel que neuro-cognitif (maladie d'Alzheimer). L'espérance de vie médiane est actuellement supérieure à 50 ans.

Le caryotype permet de poser le diagnostic, d'établir l'origine de l'anomalie (accidentelle en cas de trisomie libre avec trois chromosomes indépendants, possiblement héritée d'un parent porteur d'une translocation équilibrée en cas de trisomie par translocation) et ainsi de d'établir la probabilité de récidive pour les apparentés.

Registre

Période

Naissances

Nés-vivants

Mort-nés (hors IMG)

IMG

Total

Prévalence totale/10 000 (95% IC)

Antilles

2011 - 2015

47 493

66

9

101

176

37,1 (31,8 – 43,0)

Auvergne

2011 - 2015

66 381

33

 

140

173

26,1 (22,3 - 30,2)

Bretagne

2011 - 2015

179 180

96

7

381

484

27,0 (24,7 - 29,5)

Paris

2011 - 2015

128 915

92

11

420

523

40,6 (37,2 - 44,2)

Réunion

2011 - 2015

71 756

63

3

92

158

22,0 (18,7 - 25,7)

Rhône-Alpes

2011 - 2015

292 693

201

9

567

777

26,5 (24,7 - 28,5)

Source : Registres français d'anomalies congénitales , Insee pour les naissances en 2011-2015

La population de femmes qui résident et accouchent à Paris a la particularité d'être plus âgée que les femmes accouchant en France (34,5 % de femmes âgées de 35 ans ou plus à Paris, contre 19,5 % en France en 2011-2013). La fréquence de la trisomie augmentant avec l'âge maternel, il n'est donc pas surprenant que la prévalence de la trisomie 21 soit plus élevée à Paris que dans les autres régions.

Trisomie 18 (Syndrome d'Edwards)

La trisomie 18 est une anomalie chromosomique due à la présence d'un chromosome 18 supplémentaire. Elle est caractérisée par un retard de croissance, de malformations viscérales touchant tous les organes dont le cœur dans plus de 90 %, les membres (pieds bots, mains et doigts repliés et fixés), le tube neural (anencéphalie, spina bifida) le tube digestif, les reins, la face (fente labio-palatine). Plus de 95 % des fœtus atteints décèdent in utero. Hypotonie et difficultés de succion dans les premières semaines évoluent vers une hypertonie, avec quasi-absence de contact. Un retard psychomoteur sévère est constant.

Registre

Période

Naissances

Nés-vivants

Mort-nés (hors IMG)

IMG

Total

Prévalence totale/10 000 (95% IC)

Antilles

2011 - 2015

47 493

4

7

42

53

11,2 (8,4 - 14,6)

Auvergne

2011 - 2015

66 381

1

1

41

43

6,5 (4,7 - 8,7)

Bretagne

2011 - 2015

179 180

6

5

109

120

6,7 (5,6 - 8,0)

Paris

2011 - 2015

128 915

12

9

147

168

13,3 (11,4 - 15,5)

Réunion

2011 - 2015

71 756

5

3

49

57

7,9 (6,0 - 10,3)

Rhône-Alpes

2011 - 2015

292 693

19

13

200

232

7,9 (6,9 - 9,0)

Source : Registres français d'anomalies congénitales , Insee pour les naissances en 2011-2015

La population de femmes qui résident et accouchent à Paris a la particularité d'être plus âgée que les femmes accouchant en France (34,5 % de femmes âgées de 35 ans ou plus à Paris, contre 19,5 % en France en 2011-2013). La fréquence de la trisomie augmentant avec l'âge maternel, il n'est donc pas surprenant que la prévalence de la trisomie 21 soit plus élevée à Paris que dans les autres régions.

Trisomie 13 (Syndrome de Patau)

La trisomie 13 est une anomalie chromosomique due à la présence d'un chromosome 13 supplémentaire. Elle est caractérisée par l'association de malformations cérébrales (holoprosencéphalie notamment), de dysmorphie faciale avec fréquence des fentes labio-palatines, d'anomalies oculaire (microphtalmie)s, de malformations des mains (polydactylie), de malformations viscérales (cardiopathie) et d'un retard psychomoteur très sévère. Plus de 95 % des fœtus atteints décèdent in utero. La présentation neurologique est sévère : hypotonie, hyporéactivité avec quasi-absence de contact. Les anomalies faciales sont variables. La moitié des enfants décèdent le premier mois et 90 % avant 1 an de complications cardiaques, rénales ou neurologiques.

Registre

Période

Naissances

Nés-vivants

Mort-nés (hors IMG)

IMG

Total

Prévalence totale/10 000 (95% IC)

Antilles

2011 - 2015

47 493

2

3

10

15

3,2 (1,8 - 5,2)

Auvergne

2011 - 2015

66 381

 

1

14

15

2,3 (1,3 - 3,7)

Bretagne

2011 - 2015

179 180

3

1

50

54

3,0 (2,3 - 3,9)

Paris

2011 - 2015

128 915

3

1

59

63

4,9 (3,8 - 6,3)

Réunion

2011 - 2015

71 756

1

 

13

14

2,0 (1,1 - 3,3)

Rhône-Alpes

2011 - 2015

292 693

10

3

63

76

2,6 (2,0 - 3,2)

Source : Registres français d'anomalies congénitales , Insee pour les naissances en 2011-2015

La population de femmes qui résident et accouchent à Paris a la particularité d'être plus âgée que les femmes accouchant en France (35,4 % de femmes âgées de 35 ans ou plus à Paris, contre 19,3 % en France). La fréquence de la trisomie 13 augmentant avec l'âge maternel, il n'est donc pas surprenant que la prévalence de la trisomie 13 soit plus élevée à Paris que dans les autres régions.

Syndrome de Turner

Le syndrome de Turner est une affection chromosomique liée à l'absence complète (monosomie X) ou partielle d'un chromosome X. L'origine en est accidentelle, liée à une non-disjonction des chromosomes sexuels lors de la méiose avec perte d'un chromosome X. Les formes partielles ou en mosaïque) peuvent avoir des conséquences plus modérées. Cette affection concerne un nouveau-né féminin sur 2500 : son incidence à la conception est beaucoup plus élevée mais de nombreuses conceptions 45,X conduisent à une fausse-couche au premier ou deuxième trimestre.

Les circonstances de diagnostic sont variables selon la période considérée :

  • en prénatal, la mise en évidence d'une hyperclarté nucale dans le cadre du dépistage chromosomique au premier trimestre, et surtout d'un hygroma colli voire d'un œdème généralisé plus ou moins associé à des malformations cardiaques conduit à proposer un caryotype fœtal ,
  • à la naissance, le diagnostic peut être proposé chez une petite fille présentant une petite taille, des œdèmes des mains et des pieds, ainsi que des malformations cardiaques et/ou rénales ,
  • dans l'enfance, c'est le retard de croissance qui doit impérativement faire évoquer le diagnostic ,
  • à l'adolescence ou chez l'adulte, le diagnostic sera évoqué en cas d'impubérisme ou d'infertilité chez une femme d'une petite taille.

Seules les formes à révélation prénatale et postnatales précoces pourront être recensées par les registres de malformations congénitales. La prise en charge concerne en particulier la mise en place d'un traitement substitutif hormonal (tant pour la taille que pour le développement sexuel), la surveillance et le traitement des malformations éventuels et des troubles sensoriels visuels et auditifs fréquemment rapportés.

Registre

Période

Naissances

Nés-vivants

Mort-nés (hors IMG)

IMG

Total

Prévalence totale/10 000 (95% IC)

Antilles

2011 - 2015

47 493

1

3

9

13

2,7 (1,5 - 4,7)

Auvergne

2011 - 2015

66 381

4

1

16

21

3,2 (2,0 - 4,8)

Bretagne

2011 - 2015

179 180

19

1

46

66

3,7 (2,8 - 4,7)

Paris

2011 - 2015

128 915

7

3

44

54

4,2 (3,1 - 5,5)

Réunion

2011 - 2015

71 756

3

 

22

25

3,5 (2,3 - 5,1)

Rhône-Alpes

2011 - 2015

292 693

20

2

65

87

3,0 (2,4 - 3,7)

Source : Registres français d'anomalies congénitales , Insee pour les naissances en 2011-2015

Syndrome de Klinefelter

Le syndrome de Klinefelter regroupe un ensemble d'anomalies chromosomiques caractérisées chez l'humain par la présence d'au moins un chromosome sexuel X supplémentaire. L'origine en est accidentelle, liée à une non-disjonction des chromosomes sexuels lors de la méiose. Le facteur de risque essentiel de survenue est l'âge maternel avancé. La formule chromosomique est 47,XXY. Dans 10 % à 20 % des cas, ce chromosome X supplémentaire n'est pas présent dans toutes les cellules : il s'agit d'une mosaïque chromosomique 47,XXY/46,XY dont les conséquences peuvent être plus modérées. Ce syndrome concerne un individu de sexe masculin sur 600. Ce syndrome est responsable d'un dysfonctionnement testiculaire responsable d'un défaut pubertaire et d'une infertilité fréquente. Le développement cognitif est superposable à celui de la population générale , des difficultés d'apprentissage légères et inconstantes (notamment retard d'acquisition du langage) sont parfois observées. Le développement physique est normalement masculin, en dehors d'un retard des signes pubertaires. Compte tenu de l'absence de malformation, le diagnostic est volontiers tardif, à l'adolescence ou à l'âge adulte. Son diagnostic en prénatal est ainsi fortuit, notamment dans le cadre du dépistage chromosomique.  Le recensement via les registres de malformations congénital ne peut donc être prétendre à l'exhaustivité. Le syndrome de Klinefelter ne doit pas être confondu avec d'autres formules chromosomiques de type 48,XXXY, 48,XXYY et 49,XXXXY ("variants du syndrome de Klinefelter") volontiers responsables d'un déficit mental et de malformations. 

Registre

Période

Naissances

Nés-vivants

Mort-nés (hors IMG)

IMG

Total

Prévalence totale/10 000 (95% IC)

Antilles

2011 - 2015

47 493

4

  

4

0,8 (0,2 - 2,2)

Auvergne

2011 - 2015

66 381

4

  

4

0,6 (0,2 - 1,5)

Bretagne

2011 - 2015

179 180

2

5

2

7

0,4 (0,2 - 0,8)

Paris

2011 - 2015

128 915

10

 

3

13

1,0 (0,5 - 1,7)

Réunion

2011 - 2015

71 756

2

 

1

3

0,4 (0,1 - 1,2)

Rhône-Alpes

2011 - 2015

292 693

16

 

4

20

0,7 (0,4 - 1,1)

Source : Registres français d'anomalies congénitales , Insee pour les naissances en 2011-2015