Résistance aux antibiotiques
Résistance aux antibiotiques

La résistance aux antibiotiques rend inefficace un ou plusieurs antibiotique(s) contre une infection bactérienne. Ce phénomène peut conduire à la difficulté, voir l’impossibilité de traiter certaines infections.

Mis à jour le 18 novembre 2019

Résistance aux antibiotiques : données

Les dispositifs de surveillance des résistances aux antibiotiques et de la consommation d'antibiotiques permettent de suivre l’évolution de ces enjeux de santé publique majeurs.

Une baisse modérée de la consommation d’antibiotiques à l’hôpital

Selon les résultats produits par le réseau de surveillance ATB-Raisin, la consommation globale d’antibiotiques a diminué de 3,2 % entre 2012 et 2017 dans l’ensemble des ES ayant participé à la surveillance au cours de la période. Même si les périodes couvertes ne coïncident pas exactement, ces résultats montrent que l’objectif du plan Antibiotiques 2011-2016 de réduire la consommation globale d’antibiotiques de 25 %, (tant dans le secteur ambulatoire que dans le secteur hospitalier) n’a pas été atteint. Les efforts concernant le bon usage des antibiotiques, l’encadrement de la prescription, la formation et l’information des prescripteurs doivent donc être intensifiés, que ce soit dans le cadre de la politique nationale portée par le Propias 2015 ou dans celui de la feuille de route mise en place fin 2016 par le comité interministériel pour la préservation des antibiotiques.

Les 1 622 établissements de soins ayant participé à l’enquête 2017 représentaient 76,6 % des journées d’hospitalisation en France et avaient consommé 362 doses définies journalières /1 000 journées d’hospitalisation (JH).  

Ces résultats rejoignent ceux des enquêtes nationales de prévalence des infections nosocomiales et des traitements anti-infectieux (ENP) conduites en 2012 et 2017. Ces enquêtes ont montré que la prévalence de patients traités par antibiotique a diminué en 2017 (15,12% contre 16,6% en 2012). Après ajustement sur les caractéristiques des patients, cette diminution de la prévalence des patients traités par antibiotique est confirmée mais reste faible (-1,3%).
Les résultats d’ATB-Raisin sont également cohérents avec les données de consommation publiées par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Exprimées en nombre de DDJ rapporté à la population française (et non à l’activité hospitalière), les consommations hospitalières déterminées par l’ANSM sont stables depuis 2012, autour de 2,1 ou 2,2 DDJ pour 1000 habitants et par jour. Ces données de l’ANSM sont transmises au réseau européen ESAC-Net et situe en 2017 la France au 3e rang des pays les plus consommateurs d’antibiotiques. 

En 2016, l’enquête de prévalence des infections associées aux soins et traitements anti-infectieux rapportaient que 28 résidents sur 1000 recevaient un traitement par antibiotiques le jour de l’enquête.

Une consommation d’antibiotiques variable selon les secteurs d’activité

Les antibiotiques les plus utilisés en 2017 étaient l’association amoxicilline-acide clavulanique (30,0 %), l’amoxicilline (19,6 %) puis la ceftriaxone (5,6 %), le métronidazole ((3,8 %), l’ofloxacine (3,4 %), et la ciprofloxacine (2,9 %). La consommation d’antibiotiques variait de 54 doses définies journalières /1 000 JH dans les hôpitaux psychiatriques à 587 dans les centres de lutte contre le cancer (CLCC) 

Des variations très importantes étaient également observées selon les secteurs d’activité : de 57 doses définies journalières/1 000 JH en psychiatrie à 1 863 en maladies infectieuses.

Une consommation variable en fonction des antibiotiques

La consommation des carbapénèmes, des céphalosporines de 3e génération, de l’association pipéracilline-tazobactam a progressé, tandis que celle des fluoroquinolones et des glycopeptides s’est réduite et que celle des imidazolés s’est stabilisée. Les données de résistance étaient en cohérence avec celles issues de réseaux spécifiques.
La surveillance en réseau permet à chaque ES d’analyser sa situation, d’échanger sur les pratiques et organisations, et de suivre les tendances évolutives. L’analyse des consommations d’antibiotiques doit être complétée par une évaluation des pratiques et par la mise en place d’indicateurs reflétant la qualité des prescriptions.

A lire aussi

rapport/synthèse 1/06/2018

Enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales et des traitements anti-infectieux en établissements de santé, France, mai-...

vignette-rapport-synthese
15/11/2019

Le fardeau des infections à bactéries résistantes aux antibiotiques en France et en Europe

Faire prendre conscience de l’impact en santé publique de la résistance aux antibiotiques est complexe : les systèmes de surveillance ciblent des couples bactéries/antibiotiques spécifiques, et sont même parfois restreints à des types de prélèvements. Difficile de faire comprendre à un public non professionnel ce que représente, par exemple, l’incidence des prélèvements diagnostics positifs à SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline), l’un des couples bactéries/antibiotiques le plus fréquemment rencontré en milieu hospitalier. Il est donc nécessaire de disposer d’indicateurs complémentaires, permettant d’aborder le sujet d’une manière globale et plus facilement appréhendables par tout le monde. C’est l’objet de cette étude européenne, coordonnée par le European Center for disease prevention and control (ECDC), à laquelle Santé publique France a participé, qui avait pour objectif d’estimer un nombre de cas, un nombre de décès et un nombre de DALY (Disability adjusted life years)* attribués aux infections à bactéries multirésistantes en Europe. L’indicateur DALY prend en compte le nombre total d’années perdues à cause d’un décès ou d’une incapacité, ici à la suite d’une infection à bactérie multirésistante. Il a donc l’intérêt de tenir compte de la durée de vie impactée par une maladie avant le décès. L’Organisation mondiale de la santé l’utilise dans d’autres études sur l’impact global des maladies. Il est donc possible de comparer le poids des maladies entre elles, ce qui peut aider à prioriser les actions de prévention. 

Principaux résultats

Les principaux résultats de cette étude ont montré qu'en Europe plus de 670 000 cas d’infections à bactéries résistantes aux antibiotiques (BMR) sont survenues en 2015, avec plus de 33 000 décès attribuables. Le poids des infections à bactéries multirésistantes en Europe est ainsi comparable à celui combiné de la grippe, la tuberculose et des infections à VIH/SIDA. 
Pour la France, le nombre d’infections à BMR a été estimé à 125 000 en 2015, et le nombre de décès attribuable à 5 500.
Ces estimations sont basées sur les données du réseau de surveillance EARS-Net pour l’année 2015. Il est également montré que le nombre de cas et de décès attribuables aux infections à bactéries multirésistantes ont fortement augmenté depuis 2007.
La grande majorité de ces infections (75 %) est associée aux soins, et donc en partie évitable à l’aide de mesures de contrôle et de mesures de prévention adéquates. 

Ces données ont également été exploitées par l’OCDE pour estimer un poids économique de l’antibiorésistance : investir 2 dollars par personne par an dans la lutte contre l’antibiorésistance permettrait d’éviter 47 000 décès par an dans les pays de l’OCDE.

En savoir plus sur le plan économique :

L’étude Burden

Avant l'étude européenne, une étude française avait déjà été réalisée par Santé publique France pour estimer le nombre de cas et le nombre de décès liés à des infections à bactéries multirésistantes survenus en France en 2012. 

L’étude Burden BMR réalisée par Santé publique France en 2014-2015 avait pour objectif d’estimer le poids en santé publique (morbidité, mortalité) des infections à bactéries multirésistantes en France. 7 bactéries multirésistantes ont été retenues pour cette étude : Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), entérocoques résistants à la vancomycine, Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae résistant aux céphalosporines de 3e génération (C3G), K. pneumoniae, Acinetobacter spp. et Pseudomonas aeruginosa résistant aux carbapénèmes. L’incidence des infections invasives dues à ces BMR (données EARS-Net, 2012) a été redressée et extrapolée aux autres sites infectieux, et la mortalité attribuable à ces infections estimée en utilisant des ratios issus de la littérature.

Trois chiffres clés à retenir :

  • 158 000 cas d’infections à BMR par an en France, dont 16 000 infections invasives (infections graves : méningites, bactériémies, septicémies) ;
  • 12 500 décès associés à ces infections ;
  • l’étude Burden BMR confirme que le poids des infections à BMR est très important ; les infections à SARM et entérobactéries résistantes aux C3G en représentent la plus grande part (deux tiers du total des infections recensées). 

Une augmentation préoccupante des infections à entérobactéries résistantes aux céphalosporines de 3e génération

21 %

L’incidence des infections à entérobactérie productrice de BLSE a augmenté de 21% en 5 ans.

En 2017, le réseau BMR-Raisin rapporte une incidence des infections à entérobactéries productrices de béta-lactamases à spectre étendu (EBLSE) élevée : 0,67 infections à EBLSE pour 1000 journée d’hospitalisation (JH). Pour la première fois depuis 2002 cette incidence tend légèrement à la baisse par rapport à 2016 (0,67 versus 0,71 en 2016). Néanmoins, depuis 2002, elle a été multipliée par 5,2 (+416 %, de 0,13 à 0,67/1000 JH) et la proportion de l’espèce Escherichia coli au sein des EBLSE a augmenté de 19 à 54 %.
L’incidence des bactériémies à EBLSE reste en augmentation, y compris pour les bactéries dont l’incidence des bactériémies est ciblée par le Propias : pour Klebsiella pneumoniae BLSE +31% d’augmentation depuis 2013, et pour E. cloacae BLSE + 26% depuis 2013.
En 2017, l’incidence des infections à EBLSE est deux fois plus élevée en court séjour hors réanimation (0,85) qu’en SSR (0,43) et trois fois qu’en SLD (0,25). En réanimation, elle est trois fois plus élevée (2,77).

Cette diffusion des EBLSE favorise, via l’usage thérapeutique des carbapénèmes, l’émergence d’entérobactéries productrices de carbapénémase, bactéries hautement résistantes émergentes, faisant craindre à terme des impasses thérapeutiques. Il est donc nécessaire de renforcer les actions conjointes sur de nombreux facteurs tels que la pression de sélection antibiotique, les mesures d’hygiène et la lutte contre le péril fécal. Compte tenu du caractère en partie communautaire des EBLSE, ces actions doivent mobiliser l’ensemble de la communauté médicale, dans les établissements de santé, établissements médico-sociaux et en ville 

Densités d’incidence des SARM et des EBLSE pour 1 000 JH (densité d’incidence globale par année) entre 2002 et 2017
Densités d’incidence des SARM et des EBLSE pour 1 000 JH  entre 2002 et 2017

La production de bétalactamases à spectre étendu (BLSE) est la principale cause de résistance aux céphalosporines de 3ème génération. 

Ces résultats de la surveillance nationale sont à mettre en parallèle d'autres sources de données. Dans l’enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales 2017, parmi toutes les entérobactéries isolées d’infections nosocomiales, 22,5% étaient résistantes aux céphalosporines de 3e génération (C3G), 15,3% étaient productrices de BLSE (principale mécanisme de résistance aux C3G) et 0,6% étaient résistantes aux carbapénèmes).
La proportion de souches d’Escherichia coli productrices de BLSE est plus importante en 2017 (14,87% IC95% [12,26-17,94]) qu’en 2012 (11,0 %). Cette différence s’observe sans être significative au niveau de l’ensemble des entérobactéries avec une proportion de souches productrices de BLSE plus élevée en 2017 (15,33 % IC95 % [13,21-17,73]) qu’en 2012 (13,6 %). Ces résultats sont cohérents avec l'augmentation de l'’incidence des infections à entérobactérie productrice de BLSE observée depuis 2002 dans les réseaux de surveillance. 

Dans l’enquête Prev'EHPAD, première enquête de prévalence des infections associées aux soins menée en 2016 sur un échantillon représentatif d’établissements pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), 23% des Escherichia coli isolés d’une infection urinaire chez un résident en EHPAD sont résistants aux céphalosporines de 3e génération. 

La résistance aux antibiotiques dans les infections urinaires en EHPAD
Résistance aux antibiotiques dans les infections urinaires en EHPAD

Au niveau européen, des données sont disponibles à travers le réseau EARS-Net pour deux espèces d’entérobactéries : E. coli, (entérobactérie présente dans le tube digestif et fréquemment responsable d’infection, au premier plan desquelles l’infection urinaire) et chez K. pneumoniae.
Dans ces deux espèces bactériennes, la proportion de résistance aux céphalosporines de 3ième génération a fortement augmenté depuis 2006.
En 2017, la proportion moyenne (pondérée par la population des pays participants au réseau) de résistance aux C3G chez Escherichia coli est de 14,9%. Avec 10,2%, la France se situe au 11ième rang des pays participants. Sur la période 2014-2017, la proportion moyenne européenne de résistance aux céphalosporines de 3e génération chez E. coli a significativement augmentée de 14,2% à 14,9% et 9 pays sur 30 rapportent une augmentation significative (augmentation non significative pour la France de 9,9% à 10,2%).
Concernant Klebsielle pneumoniae, la proportion moyenne (pondérée par la population des pays participants au réseau) de résistance aux C3G est de 31,2%. Avec 28,8%, la France se situe au 16ième rang des pays participants. Sur la période 2014-2017, la proportion moyenne européenne de résistance aux céphalosporines de 3e génération chez K. pneumoniae est stable autour de 31% depuis 2014 (stable aussi en France autour de 29%). 

Proportion de résistance aux céphalosporines de 3ème génération chez les souches de Klebsiella pneumoniae isolées d’infections invasives, Europe, 2017
Proportion de résistance aux céphalosporines de 3ème génération chez les souches de Klebsiella pneumoniae isolées d’infections invasives, Europe, 2017

Une diminution constante de staphylococcus aureus résistants à la méticilline (SARM)

La situation est plus favorable pour le staphylocoque doré résistant à la méticilline (SARM) puisqu’on constate une diminution constante des infections à SARM depuis 2003.  

En 2017, le réseau BMR-Raisin rapporte une incidence des infections à SARM de 0,23 infections à SARM pour 1000 journée d’hospitalisation (JH) alors qu’elle était de 0,68 en 2003. En 2017, l’incidence des infections à SARM est de 0,31 infections pour 1000 JH en court séjour hors réanimation. Elle est trois fois plus faible en SSR (0,11) et quatre fois plus faible en SLD (0,08). En réanimation, elle est trois fois plus élevée (0,75). 

Densités d’incidence des SARM et des EBLSE pour 1 000 JH (densité d’incidence globale par année) entre 2002 et 2017
Densités d’incidence des SARM et des EBLSE pour 1 000 JH  entre 2002 et 2017

Dans l’enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales 2017, la proportion de souches de staphylocoque doré résistantes à la méticilline (SARM) a diminué en 2017 (26,53 IC95% [21,26-32,58]) par rapport à 2012 (38,1%). Cette diminution confirme la diminution des infections à SARM observée depuis l’enquête nationale de prévalence observée en 2001. 

Au niveau européen, le réseau EARS-Net rapporte une proportion moyenne (pondérée par la population des pays participants au réseau) de résistance à la méticilline chez le staphylocoque doré égale à 16,9%. En 2017 Avec 12,9%, la France se situe au 16ième rang des pays participants. Sur la période 2014-2017, la proportion moyenne européenne de résistance la méticilline chez le staphylocoque doré a significativement diminué de 19,6% à 16,9% et 9 pays rapportent une diminution significative (dont la France).
Toutefois, malgré la diminution importante de la proportion staphylocoques dorés résistants à la méticilline observée en France de 2002 (33%) à 2017 (12,9%), la France n’a gagné que trois rangs en Europe, signe que cette résistance diminue plus vite dans d’autres pays tel que le Royaume Uni. 

Proportion de résistance à la methicilline chez les souches de Staphylococcus aureus isolées d’infections invasives, Europe, 2017
Proportion de résistance à la methicilline chez les souches de Staphylococcus aureus isolées d’infections invasives, Europe, 2017

Des bactéries très préoccupantes : les bactéries hautement résistantes aux antibiotiques émergentes

Les bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe) sont des bactéries présentes naturellement dans le corps humain, qui sont devenues résistantes à quasiment tous les antibiotiques utilisés habituellement pour les traiter. Il est alors très difficile, voire impossible de traiter le patient qui présente une infection à BHRe.  

Deux types de bactéries sont définies comme BHRe : les entérobactéries productrices de carbapénémases (EPC), et Enterococcus faecium résistant aux glycopeptides (ERG).  
Il existe en France des recommandations particulières de prise en charge des patients infectés ou porteurs d'une BHRe.

Chaque année, Santé publique France réalise un bilan sur la situation des BHRe en France, à partir des données du signalement externe des infections associées aux soins.

Plus de 1700 épisodes à EPC et 300 épisodes à ERG ont ainsi été signalés en France en 2018

Plus de 1700 épisodes à EPC et 300 épisodes à ERG ont ainsi été signalés en France en 2018 par le signalement externe des infections nosocomiales. Les cas signalés sont en grande majorité des patients colonisés et non infectés, dont le suivi reste important pour éviter la diffusion de ces bactéries. 

L’ensemble des régions française est concernée, des signalements de BHRe ont été émis en 2018 par toutes les régions. Il existe cependant une forte disparité dans le nombre de signalements émis et dans la proportion du nombre d’épisode ayant généré des cas secondaires. Ces disparités peuvent s’expliquer par les différences de recrutement des patients selon les régions, dues aux différentes spécialités des établissements de santé présents sur le territoire, et par des différences de mises en œuvre des mesures de contrôles dans les établissements.  

Nombre d'épisodes d'infection ou colonisation à EPC (gauche) ou ERG (droite) déclarés via le système de signalement externe des infections nosocomiales (SIN) et proportion d’épisodes rapportant plus de 1 cas, répartition par région, France 2018
Cartographie - Nombre d'épisodes d'infection ou colonisation à EPC ou ERG  déclarés via le système de signalement externe des infections nosocomiales et proportion d’épisodes rapportant plus de 1 cas, répartition par région, France, 2018

Le nombre de signalements rapportant une EPC ou un ERG est en augmentation constante depuis 2012, en cohérence avec les données du CNR qui observe également une augmentation du nombre annuel de souches de BHRe reçues pour analyse, même si le nombre d’infections rapportées reste faible. 

données 2/10/2019

Bilan BHRe 2018

données 2/10/2019

Mesures prises en 2018 par les établissements de santé pour BHRe

Ces données sont à mettre en parallèle de celles disponibles dans les réseaux de surveillance : les données françaises du réseau EARS-net montrent une proportion de résistance aux carbapénèmes chez les entérobactéries isolées d’hémoculture ou de LCR qui se maintient à moins de 1% depuis plusieurs années. Les EPC et les ERG sont donc responsables de peu d’infections graves en France. La dernière enquête de prévalence des infections associées aux soins en établissements de santé (ENP) rapportait également qu’en 2017 0,65 % (IC95% [0,26-1,60]) des entérobactéries testées étaient résistances aux carbapénèmes, soit une prévalence des patients infectés par des souches résistantes aux carbapénèmes égale à 0,01% (IC95% [<0,01-0,03]). Concernant les ERG, la proportion de résistance aux glycopeptides chez les souches isolées d’hémoculture est là encore inférieure à 1%. De même, l’ENP montre une proportion de résistance aux glycopeptides 5,07% (IC95% [2,16-11,43]) parmi les souches de E. faecium. Ceci correspond à une prévalence de patients infectés à E. faecium résistants aux glycopeptides inférieure à 0,01%.
Ce faible nombre d’infections est probablement lié à la réussite de la stratégie « search and isolate », mise en place dans les établissements de santé française suite aux recommandations du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) en 2013 afin de prévenir la diffusion des EPC. Cependant, les données d’une étude européenne récente sur la diffusion des EPC sont plus préoccupantes. Elles montrent que la France est passée en quelques années du stade épidémiologique 3 (épidémies régionales) au stade 4 (épidémies inter-régionales), dernier stade avant l’endémie, si l’on tient compte non seulement des patients infectés, mais également des patients colonisés à BHRe. La vigilance face à l'émergence et la diffusion des BHRe reste donc d'actualité.

Autres bactéries multi résistantes responsables d’épidémies dans les établissements de santé

Deux autres espèces bactériennes sont régulièrement impliquées dans des signalements d’infection nosocomiale, en particulier lorsqu’elles sont résistantes aux carbapénèmes. Elles sont ciblées par le réseau de surveillances européennes de la résistance aux antibiotiques EARS-Net : 

  • Acinetobacter baumanii résistant à l’imipénème (ABRI)
  • Pseudomonas aeruginosa résistants aux carbapénèmes (PARI) 

Les ABRI ont été responsables d’épidémies dans les ES français, principalement dans des services de réanimation, dès 2003 mais plus particulièrement sur la période 2010-2013.
Entre 2001 et le 12 septembre 2017, Santé publique France a reçu 1 010 signalements d’infection nosocomiale (SIN) impliquant un Acinetobacter baumanii résistant aux carbapénèmes. Ils représentaient 4,4% de l’ensemble des SIN reçus sur la même période et 11% des SIN au pic de l’épidémie en 2011. La moitié concernait des patients hospitalisés en réanimation.
Le contrôle de cette émergence a nécessité des efforts importants : respect des précautions complémentaires contact, mise en place de protocoles de dépistage systématique des patients porteurs et de signalisation de ces patients lorsqu’ils sont transférés. Quelques rares épisodes ont conduit à la fermeture du service concerné, avec un impact important sur l’offre de soins, notamment un épisode dans un service pour brûlés.

Au niveau européen, la proportion moyenne européenne (pondérée par la population des pays participants au réseau) de résistance aux carbapénèmes chez Acinetobacter spp est de 33,4%. Dans des pays du Sud Est de l’Europe, cette résistance dépasse les 60%. Avec 6,2%, la France se situe au 8ième rang des pays participants. Sur la période 2014-2017, la proportion moyenne européenne est stable autour de 33%. En France, cette résistance est plutôt stable autour de 6% depuis 2015 mais était de 2,5% en 2014. Néanmoins, cette évolution difficile à interpréter compte tenu du nombre limité de souches concernées (autour de 450 par an).

Les PARI sont peu responsables d’épidémies dans les ES français. Entre 2001 et le 12 septembre 2017, Santé publique France a reçu 501 signalements d’infection nosocomiale (SIN) impliquant un Pseudomonas aeruginosa résistant aux carbapénèmes. Peu nombreux et plutôt stables, ils représentaient 2,2% de l’ensemble des SIN reçus sur la même période. Un tiers des SIM impliquant un PARI concernait des patients hospitalisés en réanimation, un tiers concernaient des patients hospitalisés en médecine. Leur prise en charge dépend essentiellement de l’épidémiologie locale ou régionale.

Au niveau européen, la proportion moyenne européenne (pondérée par la population des pays participants au réseau) de résistance aux carbapénèmes chez Pseudomonas. aeruginosa est de 17,4%. Avec 13,9%, la France se situe au 15ième rang des pays participants.
Sur la période 2014-2017, la proportion moyenne européenne pondérée est en diminution significative sur de 19,7% à 17,4%. En 2017, la France repasse pour la première fois depuis 2009 sous la barre des 15% (13,9% en 2017) ; la diminution est significative sur la période 2014-2017 de 18,7% à 13,9%. 

Publications à télécharger

magazines/revues 17/07/2018

Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 17 juillet 2018, n°25-26

vignette-rapport-synthese
25/06/2019

Synthèse résultats EARS-Net 2017

La résistance aux antibiotiques dans les infections urinaires diagnostiquées en médecine générale : l’étude Druti 

L’étude Druti était consacrée aux infections urinaires à bactéries résistantes aux antibiotiques diagnostiquées en médecine général. Elle a été menée en 2012 en collaboration avec le réseau Sentinelles. L’étude Druti a permis d’estimer l'incidence des femmes avec une infection urinaire (IU) à E. coli résistant aux fluoroquinolones et à E coli résistant aux C3G pour 100 femmes consultant un médecin généraliste pour suspicion d'IU au cours d'une année. L’étude comporte aussi un volet sur les facteurs de risque des IU à E. coli résistant aux FQ et un volet socio-économique pour mieux orienter la prévention de ces infections. Ces différents volets sont en cours de valorisation.  

Données de résistance chez les autres pathogènes usuels 

Le tableau ci-dessous reprend les données actualisées disponibles pour les principales espèces bactériennes pathogènes de l’homme faisant l’objet de dossiers thématiques spécifiques. Les phénomènes de résistances chez ces espèces revêtent un intérêt de santé publique au vu des échecs thérapeutiques dont ils peuvent être responsables.
Les données reprises ici sont principalement issues des réseaux de surveillance animés par les CNR en lien avec Santé publique France.

Agent pathogène 

Principal indicateur de la résistance 

% dans l'espèce 

Année 

Couverture géographique 

Sources 

Dossier

BACTERIES 

 

Campylobacter coli 

érythromycine ciprofloxacine 

8 64 

2017 

nationale 

- CNR Campylobacteret Helicobacter - Santé publique France 

Lien vers le dossier Campylobacter

Campylobacter jejunii

érythromycine ciprofloxacine 

<1 58 

2017 

nationale 

- CNR Campylobacteret Helicobacter - Santé publique France 

Lien vers le dossier Campylobacter

Enterococcus faecalis

glycopeptides ampicilline/amoxicilline (I+R) 

<1 <1 

2017 

nationale 

- Onerba - Laboratoire associé au CNR pour les entérocoques - CNR de la résistance aux antibiotiques - Santé publique France 

 

Enterococcus faecium

glycopeptides ampicilline/amoxicilline (I+R) 

<1 82 

2017 

nationale 

- Onerba - Laboratoire associé au CNR pour les entérocoques - CNR de la résistance aux antibiotiques - Santé publique France 

 

Escherichia coli

céphalosporine de 3e génération fluoroquinolones carbapénèmes 

10,3    15,1 <0,1 

2017 

nationale 

- Onerba - BMR-Raisin - Santé publique France 

 

Haemophilus influenzae

amoxicilline 

21,0 

2017 

nationale 

- CNR Haemophilus influenzae - Santé publique France 

 

Klebsiella pneumoniae

céphalosporines de 3e génération carbapénèmes 

29,0    0,7 

2017 

nationale 

- Onerba  - Santé publique France 

 

Mycobacterium tuberculosis complex

multirésistance* 

1,7 

2016 

nationale 

- CNR Mycobactéries et résistance des  mycobactéries aux antituberculeux - Santé publique France 

 

Neisseria gonorrhoeae

ceftriaxone >0,125-0,25 mg/L >0,25 mg/L 

   0 0 

2016 

nationale 

- CNR des Gonocoques - Santé publique France 

 

Neisseria meningitidis 

pénicilline G (I+R)  rifampicine 

30 0 

2017 

nationale 

- CNR des Méningocoques - Santé publique France 

Lien vers le dossier Infections à méningocoque

Pseudomonas aeruginosa

ceftazidime carbapénèmes 

12,2 13,9 

2017 

nationale 

- Onerba - Santé publique France 

 

Salmonella enterica sérotype Enteritidis 

céphalosporine  de 3e génération  (enfants) et ciprofloxacine  (adultes) 

   <1       0   

2016 

nationale 

- CNR des Salmonella - Santé publique France 

Lien vers le dossier Salmonellose

Salmonella enterica sérotype Typhimurium 

céphalosporine  de 3e génération  (enfants) et ciprofloxacine  (adultes) 

   3,5    0   

2016 

nationale 

- CNR des Salmonella - Santé publique France 

Lien vers le dossier Salmonellose

Salmonella enterica sérotype 1,4,[5],12 :i :- (variant monophasique de S.Typhimurium) 

céphalosporine  de 3e génération  (enfants) et ciprofloxacine  (adultes) 

   2,5    0   

2016 

nationale 

- CNR des Salmonella - Santé publique France 

Lien vers le dossier Salmonellose

Shigella

ciprofloxacine 

azitromycine 

13,1 

20,6 

2017 

nationale 

- CNR des Escherichia coliet Shigella - Santé publique France 

 

Staphylococcus aureus

méticilline 

12,9 (dans les ES) 

2017 

nationale 

- Onerba - BMR-Raisin - CNR des Staphylocoques - Santé publique France 

 

Streptococcus pneumoniae

pénicilline G (I+R)  érythromycine (I+R) 

25,3 26,3 

2016 Données préliminaires 

nationale 

- CNR des pneumocoques - Santé publique France 

Lien vers le dossier Infections à pneumocoque

Streptococcus pyogenes 

érythromycine Adulte Enfant tétracycline 

3 3 1 13 

2017 

nationale 

- CNR des Streptocoques - Onerba - Santé publique France 

 

LEVURE 

 

Candida albicans

fluconazole voriconazole 

0 0 

2017 

régionale 

- CNR Mycologie et antifongiques 

 

Autres Candida

fluconazole voriconazole 

voir fiche 

2017 

régionale (Ile de France) 

- CNR Mycologie et

 

 

Les souches bactériennes résistantes aux antibiotiques sont des souches pour lesquelles il existe une forte probabilité d’échec thérapeutique quel que soit le type de traitement et la dose d’antibiotique utilisée. Les seuils de résistances aux différents antibiotiques pour chaque espèce bactérienne sont définis chaque année par le comité de l’antibiogramme de la société française de microbiologie (CA-SFM). Néanmoins, des seuils de résistance différents peuvent être retenus afin de disposer de données comparables aux données internationales (cf. Neisseria gonorrhoeae). Pour les antifongiques, les seuils d'interprétation utilisés par le CNR sont ceux définis par le CLSI (clinical and Laboratory standard institute) en attendant ceux du comité EUCAST.