Résistance aux antibiotiques
Résistance aux antibiotiques

La résistance aux antibiotiques rend inefficace un ou plusieurs antibiotique(s) contre une infection bactérienne. Ce phénomène peut conduire à la difficulté, voir l’impossibilité de traiter certaines infections.

Mis à jour le 04 aout 2020

Résistance aux antibiotiques : données

Les dispositifs de surveillance des résistances aux antibiotiques et de la consommation d'antibiotiques permettent de suivre l’évolution de ces enjeux de santé publique majeurs.

Une baisse modérée de la consommation d’antibiotiques à l’hôpital

En 2018, la surveillance des consommations d’antibiotiques par la mission Spares, animée par le CPias Grand-Est et le CPias Nouvelle-Aquitaine, et pilotée par Santé publique France,  rapporte une  consommation globale des ES participants de 288 doses définies journalières (DDJ) pour 1 000 journées d’hospitalisation (JH). Cette surveillance porte sur 1 630 établissements de santé (ES) représentant 73 % des journées d’hospitalisation (JH) en France (données SAE 2018).

L’évolution des données de surveillance des consommations d’antibiotiques dans les établissements de santé français peut être établie de 2012 à 2018 car d’une part la méthodologie suivie par la mission nationale Spares est très proche de celle utilisée depuis 2009 par le réseau ATB-Raisin et d’autre part un grand nombre d’ES ont participé chaque année depuis 2012 (1 411 en 2012 et 1630 en 2018).

La consommation des années antérieures a été recalculée en appliquant la modification des valeurs de la dose définie journalière effectuée par l’OMS en janvier 2019 pour plusieurs antibiotiques, en particulier l’amoxicilline et l’association amoxicilline-acide clavulanique, deux des antibiotiques parmi les plus consommés en France. Cette actualisation des DDJ par l’OMS a pour but de se rapprocher des posologies recommandées et prescrites en pratique. 

Les données évolutives 2012-2018 montrent une diminution globale de la consommation d’antibiotiques modérée (-6,7%), qui s’accentue à partir de 2016 (-8,6%).

Ces résultats rejoignent ceux des enquêtes nationales de prévalence des infections nosocomiales et des traitements anti-infectieux (ENP) conduites en 2012 et 2017. Ces enquêtes ont montré que la prévalence de patients traités par antibiotique en établissements de santé a diminué en 2017 (15,12% contre 16,6% en 2012). Après ajustement sur les caractéristiques des patients, cette diminution de la prévalence des patients traités par antibiotique est confirmée mais reste faible (-1,3%).

Une consommation d’antibiotiques variable selon les secteurs d’activité

La consommation exprimée en DDJ/1 000 JH variait selon le type d’ES de 43 dans les hôpitaux psychiatriques à 577 dans les hôpitaux d’instruction des armées, et selon les secteurs d’activité de 42 en psychiatrie à 1 419 en service de maladies infectieuses.

Une consommation variable en fonction des antibiotiques

Les antibiotiques les plus utilisés étaient l’association amoxicilline-acide clavulanique (26 % des quantités consommées), l’amoxicilline (13 %) et la ceftriaxone (7 %).

L’évolution de la consommation par type de molécule montre une progression de la consommation des carbapénèmes, des céphalosporines de 3ème génération et de l’association pipéracilline-tazobactam. A l’inverse, elle montre une réduction de la consommation des fluoroquinolones et des glycopeptides, au profit des nouveaux ATB à visée anti-staphylocoque résistant à la méticilline.

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Consommation d’antibiotiques en ville : des évolutions encourageantes

Quelle consommation en ville en France en 2018 ?

  • La consommation globale des antibiotiques en secteur de ville est estimée en 2018 à 22,5 doses ou 2,38 prescriptions pour 1000 habitants et par jour. Exprimée en DDJ, elle augmente régulièrement avec l’âge chez l’adulte. Exprimée en nombre de prescriptions, elle est la plus élevée chez les enfants <5 ans ; après 5 ans, elle augmente régulièrement avec l’âge sans dépasser les niveaux observés chez l’enfant <5 ans.
  • Les antibiotiques les plus consommés en 2018 sont les bêta-lactamines parmi lesquels l’amoxicilline, prescrit en première intention en accord avec les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS).

Quelles évolutions en ville entre 2009 et 2018 ?

  • La consommation globale des antibiotiques en ville, exprimée en DDJ, se stabilise, après une hausse entre 2014 et 2016 : 22,7 DDJ pour 1000 habitants et par jour en 2009 vs 22,5 en 2018. Exprimée en nombre de prescriptions, elle baisse de 15%, passant de 2,81 à 2,38 pour 1000 habitants et par jour de 2009 à 2018 ;
  • Des pratiques médicales qui évoluent : en cohérence avec les recommandations de bonne pratique, on observe une évolution des types d’antibiotiques prescrits, avec une augmentation de la consommation des bêta-lactamines (pénicillines à large spectre dont l’amoxicilline) et une diminution de la consommation de fluoroquinolones (antibiotiques plus fortement générateurs de résistance) ;
  • Une diminution de la consommation chez les jeunes quel que soit l’indicateur :
    • -15% en nombre de DDJ et -31% en nombre de prescriptions chez les moins de 5 ans ;
    • -24% en nombre de DDJ et -35% en nombre de prescriptions chez les 5-14 ans ;
  • Une augmentation de la consommation à partir de 65 ans : +13% en nombre de DDJ chez les 65-74 ans et les 75-84 ans, +9% chez les 85 ans et plus ; tendance non confirmée en nombre de prescriptions.

Des résultats hétérogènes selon les régions

  • Les niveaux de consommation des antibiotiques varient d’une région à l’autre et ce quel que soit l’indicateur. Trois régions (Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes et Bretagne) sont en dessous de la moyenne nationale ; deux autres régions (PACA et Hauts-de-France) ont des consommations plus élevées ;
  • Les écarts de consommation observés entre les régions de métropole ont peu varié depuis 2009. On constate une légère baisse de l’indicateur DDJ en Bretagne (-4%) et Hauts-de-France (-4%) et une augmentation dans 5 régions, dont la Corse (+16%). Ces tendances régionales restent à confirmer par des analyses ultérieures ;
  • La baisse du nombre de prescriptions constatée au niveau national se retrouve dans toutes les régions.

Les différences observées par territoires peuvent être liées :

  • A l’état de santé de la population, qui présente des inégalités territoriales bien connues ;
  • A des facteurs démographiques : en effet, les niveaux de consommation d’antibiotiques varient selon les classes d’âge (ils sont particulièrement élevés chez les personnes âgées) et les structures d’âge des populations varient d’un territoire à l’autre ;
  • Aux pratiques et caractéristiques des prescripteurs à l’origine de ces consommations.

Ces différences justifient que les actions nationales en faveur du bon usage antibiotique soient déclinées et adaptées pour chaque territoire.

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Consommation d'antibiotiques en secteur de ville en France de 2009 à 2018. Synthèse des indicateurs mis en ligne sur Géodes

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Le fardeau des infections à bactéries résistantes aux antibiotiques en France et en Europe

Faire prendre conscience de l’impact en santé publique de la résistance aux antibiotiques est complexe : les systèmes de surveillance ciblent des couples bactéries/antibiotiques spécifiques, et sont même parfois restreints à des types de prélèvements. Difficile de faire comprendre à un public non professionnel ce que représente, par exemple, l’incidence des prélèvements diagnostics positifs à SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline), l’un des couples bactéries/antibiotiques le plus fréquemment rencontré en milieu hospitalier. Il est donc nécessaire de disposer d’indicateurs complémentaires, permettant d’aborder le sujet d’une manière globale et plus facilement appréhendables par tout le monde. C’est l’objet de cette étude européenne, coordonnée par le European Center for disease prevention and control (ECDC), à laquelle Santé publique France a participé, qui avait pour objectif d’estimer un nombre de cas, un nombre de décès et un nombre de DALY (Disability adjusted life years)* attribués aux infections à bactéries multirésistantes en Europe. L’indicateur DALY prend en compte le nombre total d’années perdues à cause d’un décès ou d’une incapacité, ici à la suite d’une infection à bactérie multirésistante. Il a donc l’intérêt de tenir compte de la durée de vie impactée par une maladie avant le décès. L’Organisation mondiale de la santé l’utilise dans d’autres études sur l’impact global des maladies. Il est donc possible de comparer le poids des maladies entre elles, ce qui peut aider à prioriser les actions de prévention. 

Principaux résultats

Les principaux résultats de cette étude ont montré qu'en Europe plus de 670 000 cas d’infections à bactéries résistantes aux antibiotiques (BMR) sont survenues en 2015, avec plus de 33 000 décès attribuables. Le poids des infections à bactéries multirésistantes en Europe est ainsi comparable à celui combiné de la grippe, la tuberculose et des infections à VIH/SIDA. 
Pour la France, le nombre d’infections à BMR a été estimé à 125 000 en 2015, et le nombre de décès attribuable à 5 500.
Ces estimations sont basées sur les données du réseau de surveillance EARS-Net pour l’année 2015. Il est également montré que le nombre de cas et de décès attribuables aux infections à bactéries multirésistantes ont fortement augmenté depuis 2007.
La grande majorité de ces infections (75 %) est associée aux soins, et donc en partie évitable à l’aide de mesures de contrôle et de mesures de prévention adéquates. 

Ces données ont également été exploitées par l’OCDE pour estimer un poids économique de l’antibiorésistance : investir 2 dollars par personne par an dans la lutte contre l’antibiorésistance permettrait d’éviter 47 000 décès par an dans les pays de l’OCDE.

En savoir plus sur le plan économique :

L’étude Burden

Avant l'étude européenne, une étude française avait déjà été réalisée par Santé publique France pour estimer le nombre de cas et le nombre de décès liés à des infections à bactéries multirésistantes survenus en France en 2012. 

L’étude Burden BMR réalisée par Santé publique France en 2014-2015 avait pour objectif d’estimer le poids en santé publique (morbidité, mortalité) des infections à bactéries multirésistantes en France. 7 bactéries multirésistantes ont été retenues pour cette étude : Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), entérocoques résistants à la vancomycine, Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae résistant aux céphalosporines de 3e génération (C3G), K. pneumoniae, Acinetobacter spp. et Pseudomonas aeruginosa résistant aux carbapénèmes. L’incidence des infections invasives dues à ces BMR (données EARS-Net, 2012) a été redressée et extrapolée aux autres sites infectieux, et la mortalité attribuable à ces infections estimée en utilisant des ratios issus de la littérature.

Trois chiffres clés à retenir :

  • 158 000 cas d’infections à BMR par an en France, dont 16 000 infections invasives (infections graves : méningites, bactériémies, septicémies) ;
  • 12 500 décès associés à ces infections ;
  • l’étude Burden BMR confirme que le poids des infections à BMR est très important ; les infections à SARM et entérobactéries résistantes aux C3G en représentent la plus grande part (deux tiers du total des infections recensées). 
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Infléchissement des infections à entérobactéries résistantes aux céphalosporines de 3e génération

En établissements de santé

En 2018, l’incidence des infections à entérobactérie productrice de BLSE est de 0,63 infections pour 1 000 journées d’hospitalisation (JH), confirmant pour la seconde année l’infléchissement de tendance déjà observé en 2017.

Densités d’incidence des SARM et des EBLSE pour 1 000 JH (densité d’incidence globale par année) entre 2002 et 2018
Densités d’incidence des SARM et des EBLSE pour 1 000 JH  entre 2002 et 2018

S’il doit être confirmer dans le futur, l’infléchissement observé est néanmoins encourageant car, la diffusion des EBLSE favorise, via l’usage thérapeutique des carbapénèmes, l’émergence d’entérobactéries productrices de carbapénémase, bactéries hautement résistantes émergentes, faisant craindre à terme des impasses thérapeutiques. Il est donc nécessaire de renforcer les actions conjointes sur de nombreux facteurs tels que la pression de sélection antibiotique, les mesures d’hygiène et la lutte contre le péril fécal. Compte tenu du caractère en partie communautaire des EBLSE, ces actions doivent mobiliser l’ensemble de la communauté médicale, dans les établissements de santé, établissements médico-sociaux et en ville. Dans cet objectif, des outils d’évaluation de la maîtrise de la transmission croisée seront prochainement proposés par la mission SPARES en ce sens. 

La diminution d’incidence rapporté par la surveillance des bactéries multirésistantes en établissements de santé est principalement liée à celle des infections à Escherichia coli BLSE, principale espèce bactérienne identifiée parmi les entérobactéries BLSE ; l’incidence des infections à Klebsiella pneumoniae et Enterobacter cloacae n’augmente plus depuis 2016, ce qui est également notable.

Ces résultats positifs incitent à maintenir la vigilance et à renforcer les mesures de prévention de la transmission croisée dans les établissements de santé pour réduire la fréquence des infections à K. pneumoniae et E. cloacae.

Des progrès aussi en ville comme en Ehpad

Baisse de la résistance de la bactérie E. coli aux céphalosporines de troisième génération (C3G) en ville comme en Ehpad
Escherichia coli est la bactérie la plus fréquemment isolée en laboratoire de ville (9 bactéries sur 10) : elle est en particulier responsable d’infections urinaires.

  • Après une hausse continue entre 2012 et 2015, la résistance de cette bactérie aux céphalosporines de 3ème génération est en baisse, passant de 3,4% en 2016 à 3,2% en 2018 en ville ;
  • En Ehpad, cette résistance est globalement plus élevée qu’en ville mais les évolutions sont similaires : elle a augmenté de 6,6% en 2012 à 9,7% en 2015, puis est en baisse à partir de 2016 pour atteindre 8,6% en 2018.

Stabilité en ville et baisse en Ehpad de la résistance aux fluoroquinolones

  • La résistance aux fluoroquinolones chez E. coli concernait 11 % des souches isolées en 2018 : elle est stable depuis 2012 (10,4 %) ;
  • Elle a augmenté en Ehpad de 2012 (21,3%) à 2015 (26,0%), puis diminué depuis pour atteindre 18,7% en 2018.

Ces résultats concernant la ville sont encourageants mais la lutte contre l’antibiorésistance reste un enjeu majeur de santé publique. En effet, la consommation des antibiotiques en France demeure encore en 2018 environ 30% supérieure à la moyenne européenne (données ECDC).

Néanmoins, la production de bétalactamases à spectre étendu (BLSE) et la résistance aux céphalosporines de 3ème génération dont elle est la principale cause, restent élevées en France. 

Dans l’enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales 2017, parmi toutes les entérobactéries isolées d’infections nosocomiales, 22,5% étaient résistantes aux céphalosporines de 3e génération (C3G), 15,3% étaient productrices de BLSE (principale mécanisme de résistance aux C3G) et 0,6% étaient résistantes aux carbapénèmes).La proportion de souches d’Escherichia coli productrices de BLSE est plus importante en 2017 (14,87% IC95% [12,26-17,94]) qu’en 2012 (11,0 %). Cette différence s’observe sans être significative au niveau de l’ensemble des entérobactéries avec une proportion de souches productrices de BLSE plus élevée en 2017 (15,33 % IC95 % [13,21-17,73]) qu’en 2012 (13,6 %). Ces résultats sont cohérents avec l'augmentation de l'’incidence des infections à entérobactérie productrice de BLSE observée de 2002 à 2016 dans les réseaux de surveillance. 

Dans l’enquête Prev'EHPAD, première enquête de prévalence des infections associées aux soins menée en 2016 sur un échantillon représentatif d’établissements pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), 23% des Escherichia coli isolés d’une infection urinaire chez un résident en EHPAD sont résistants aux céphalosporines de 3e génération. 

La résistance aux antibiotiques dans les infections urinaires en EHPAD

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Enquête nationale de prévalence des infections associées aux soins et des traitements antibiotiques en Établissements d'hébergement pou...

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Au niveau européen, des données sont disponibles à travers le réseau EARS-Net pour deux espèces d’entérobactéries : E. coli, (entérobactérie présente dans le tube digestif et fréquemment responsable d’infection, au premier plan desquelles l’infection urinaire) et chez K. pneumoniae.
Dans ces deux espèces bactériennes, la proportion de résistance aux céphalosporines de 3ième génération a fortement augmenté depuis 2006.
En 2018, la proportion moyenne (pondérée par la population des pays participants au réseau) de résistance aux C3G chez Escherichia coli est de 15,1%. Avec 9,6%, la France se situe au 8ième rang des pays participants. Sur la période 2015-2018, la proportion moyenne européenne de résistance aux céphalosporines de 3e génération chez E. coli a significativement augmentée de 14,6% à 15,1% et 9 pays sur 30 rapportent une augmentation significativea  de % à 9,6%).
Concernant Klebsielle pneumoniae, la proportion moyenne (pondérée par la population des pays participants au réseau) de résistance aux C3G est de 31,7%. Avec 30,8%, la France se situe au 16ième rang des pays participants. Sur la période 2015-2018, la proportion moyenne européenne de résistance aux céphalosporines de 3e génération chez K. pneumoniae est stable autour de 31% (stable aussi en France autour de 30%). 

Proportion de résistance aux céphalosporines de 3ème génération chez les souches de Klebsiella pneumoniae isolées d’infections invasives, Europe, 2018
Proportion de résistance aux céphalosporines de 3ème génération chez les souches de Klebsiella pneumoniae isolées d’infections invasives, Europe, 2018

Une diminution constante de staphylococcus aureus résistants à la méticilline (SARM)

La situation est plus favorable pour le staphylocoque doré résistant à la méticilline (SARM) puisqu’on constate une diminution constante des infections à SARM depuis 2003.  

En 2018, le réseau BMR-Raisin rapporte une incidence des infections à SARM de 0,21 infections à SARM pour 1000 journée d’hospitalisation (JH) alors qu’elle était de 0,68 en 2003. En 2017, l’incidence des infections à SARM est de 0,30 infections pour 1000 JH en court séjour. Elle est trois à quatre fois plus faible en SSR (0,11) et en SLD (0,08). En réanimation, elle est deux fois plus élevée (0,62). 

Densités d’incidence des SARM et des EBLSE pour 1 000 JH (densité d’incidence globale par année) entre 2002 et 2018
Densités d’incidence des SARM et des EBLSE pour 1 000 JH  entre 2002 et 2018

Dans l’enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales 2017, la proportion de souches de staphylocoque doré résistantes à la méticilline (SARM) a diminué en 2017 (26,53 IC95% [21,26-32,58]) par rapport à 2012 (38,1%). Cette diminution confirme la diminution des infections à SARM observée depuis l’enquête nationale de prévalence observée en 2001. 

Au niveau européen, le réseau EARS-Net rapporte une proportion moyenne (pondérée par la population des pays participants au réseau) de résistance à la méticilline chez le staphylocoque doré égale à 16,4%. En 2018,vec 12,1%, la France se situe au 16ième rang des pays participants. Sur la période 2015-2018, la proportion moyenne européenne de résistance la méticilline chez le staphylocoque doré a significativement diminué de 19,0% à 16,4% et 8 pays rapportent une diminution significative (dont la France).
Toutefois, malgré la diminution importante de la proportion staphylocoques dorés résistants à la méticilline observée en France de 2002 (33%) à 2017 (12,9%), la France n’a gagné que trois rangs en Europe, signe que cette résistance diminue plus vite dans d’autres pays tel que le Royaume Uni. 

Proportion de résistance à la methicilline chez les souches de Staphylococcus aureus isolées d’infections invasives, Europe, 2018
Proportion de résistance à la methicilline chez les souches de Staphylococcus aureus isolées d’infections invasives, Europe, 2018

Des bactéries très préoccupantes : les bactéries hautement résistantes aux antibiotiques émergentes

Les bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe) sont des bactéries présentes naturellement dans le corps humain, qui sont devenues résistantes à quasiment tous les antibiotiques utilisés habituellement pour les traiter. Il est alors très difficile, voire impossible de traiter le patient qui présente une infection à BHRe.  

Deux types de bactéries sont définis comme BHRe : les entérobactéries productrices de carbapénémases (EPC), et Enterococcus faecium résistant aux glycopeptides (ERG).    
Il existe en France des recommandations particulières de prise en charge des patients infectés ou porteurs d'une BHRe, dont l'actualisation a été publiée en janvier 2020.

Chaque année, Santé publique France réalise un bilan sur la situation des BHRe en France, à partir des données du signalement externe des infections associées aux soins.

Plus de 1700 épisodes à EPC et 300 épisodes à ERG ont ainsi été signalés en France en 2018

Plus de 1700 épisodes à EPC et 300 épisodes à ERG ont ainsi été signalés en France en 2018 par le signalement externe des infections nosocomiales. Les cas signalés sont en grande majorité des patients colonisés et non infectés, dont le suivi reste important pour éviter la diffusion de ces bactéries. 

L’ensemble des régions française est concernée, des signalements de BHRe ont été émis en 2018 par toutes les régions. Il existe cependant une forte disparité dans le nombre de signalements émis et dans la proportion du nombre d’épisode ayant généré des cas secondaires. Ces disparités peuvent s’expliquer par les différences de recrutement des patients selon les régions, dues aux différentes spécialités des établissements de santé présents sur le territoire, et par des différences de mises en œuvre des mesures de contrôles dans les établissements.  

Nombre d'épisodes d'infection ou colonisation à EPC (gauche) ou ERG (droite) déclarés via le système de signalement externe des infections nosocomiales (SIN) et proportion d’épisodes rapportant plus de 1 cas, répartition par région, France 2018
Cartographie - Nombre d'épisodes d'infection ou colonisation à EPC ou ERG  déclarés via le système de signalement externe des infections nosocomiales et proportion d’épisodes rapportant plus de 1 cas, répartition par région, France, 2018

Le nombre de signalements rapportant une EPC ou un ERG est en augmentation constante depuis 2012, en cohérence avec les données du CNR qui observe également une augmentation du nombre annuel de souches de BHRe reçues pour analyse, même si le nombre d’infections rapportées reste faible. 

données 2/10/2019

Bilan BHRe 2018

données 2/10/2019

Mesures prises en 2018 par les établissements de santé pour BHRe

article 26/02/2020

Emerging extensively drug-resistant bacteria (eXDR) in France in 2018

Ces données sont à mettre en parallèle de celles disponibles dans les réseaux de surveillance : les données françaises du réseau EARS-net montrent une proportion de résistance aux carbapénèmes chez les entérobactéries isolées d’hémoculture ou de LCR qui se maintient à moins de 1% depuis plusieurs années. Les EPC et les ERG sont donc responsables de peu d’infections graves en France. La dernière enquête de prévalence des infections associées aux soins en établissements de santé (ENP) rapportait également qu’en 2017 0,65 % (IC95% [0,26-1,60]) des entérobactéries testées étaient résistances aux carbapénèmes, soit une prévalence des patients infectés par des souches résistantes aux carbapénèmes égale à 0,01% (IC95% [<0,01-0,03]). Concernant les ERG, la proportion de résistance aux glycopeptides chez les souches isolées d’hémoculture est là encore inférieure à 1%. De même, l’ENP montre une proportion de résistance aux glycopeptides 5,07% (IC95% [2,16-11,43]) parmi les souches de E. faecium. Ceci correspond à une prévalence de patients infectés à E. faecium résistants aux glycopeptides inférieure à 0,01%.
Ce faible nombre d’infections est probablement lié à la réussite de la stratégie « search and isolate », mise en place dans les établissements de santé française suite aux recommandations du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) parues dès 2013 (actualisées en 2020) afin de prévenir la diffusion des EPC. Cependant, les données d’une étude européenne récente sur la diffusion des EPC sont plus préoccupantes. Elles montrent que la France est passée en quelques années du stade épidémiologique 3 (épidémies régionales) au stade 4 (épidémies inter-régionales), dernier stade avant l’endémie, si l’on tient compte non seulement des patients infectés, mais également des patients colonisés à BHRe. La vigilance face à l'émergence et la diffusion des BHRe reste donc d'actualité.

Autres bactéries multi résistantes responsables d’épidémies dans les établissements de santé

Deux autres espèces bactériennes sont régulièrement impliquées dans des signalements d’infection nosocomiale, en particulier lorsqu’elles sont résistantes aux carbapénèmes. Elles sont ciblées par le réseau de surveillances européennes de la résistance aux antibiotiques EARS-Net : 

  • Acinetobacter baumanii résistant à l’imipénème (ABRI)
  • Pseudomonas aeruginosa résistants aux carbapénèmes (PARI) 

Les ABRI ont été responsables d’épidémies dans les ES français, principalement dans des services de réanimation, dès 2003 mais plus particulièrement sur la période 2010-2013.
Entre 2001 et le 12 septembre 2017, Santé publique France a reçu 1 010 signalements d’infection nosocomiale (SIN) impliquant un Acinetobacter baumanii résistant aux carbapénèmes. Ils représentaient 4,4% de l’ensemble des SIN reçus sur la même période et 11% des SIN au pic de l’épidémie en 2011. La moitié concernait des patients hospitalisés en réanimation.
Le contrôle de cette émergence a nécessité des efforts importants : respect des précautions complémentaires contact, mise en place de protocoles de dépistage systématique des patients porteurs et de signalisation de ces patients lorsqu’ils sont transférés. Quelques rares épisodes ont conduit à la fermeture du service concerné, avec un impact important sur l’offre de soins, notamment un épisode dans un service pour brûlés.

Au niveau européen, la proportion moyenne européenne (pondérée par la population des pays participants au réseau) de résistance aux carbapénèmes chez Acinetobacter spp est de 31,9%. Dans des pays du Sud Est de l’Europe, cette résistance dépasse les 60%. Avec 6,5%, la France se situe au 8ième rang des pays participants. Sur la période 2015-2018, la proportion moyenne européenne est stable autour de 33%. En France, cette résistance est plutôt stable autour de 6% depuis 2015 mais était de 2,5% en 2014. Néanmoins, cette évolution difficile à interpréter compte tenu du nombre limité de souches concernées (autour de 450 par an).

Les PARI sont peu responsables d’épidémies dans les ES français. Entre 2001 et le 12 septembre 2017, Santé publique France a reçu 501 signalements d’infection nosocomiale (SIN) impliquant un Pseudomonas aeruginosa résistant aux carbapénèmes. Peu nombreux et plutôt stables, ils représentaient 2,2% de l’ensemble des SIN reçus sur la même période. Un tiers des SIM impliquant un PARI concernait des patients hospitalisés en réanimation, un tiers concernaient des patients hospitalisés en médecine. Leur prise en charge dépend essentiellement de l’épidémiologie locale ou régionale.

Au niveau européen, la proportion moyenne européenne (pondérée par la population des pays participants au réseau) de résistance aux carbapénèmes chez Pseudomonas aeruginosa est de 17,2%. Avec 16,0%, la France se situe au 18ième rang des pays participants.
Sur la période 2015-2018, la proportion moyenne européenne pondérée est en diminution significative sur de 19,4% à 17,2%. En 2018, la France ne confirme pas  la diminution  significative observée depuis 2014 (de 18,7% à 13,9%) et repasse au-dessus de la barre des 15%. 

Publications à télécharger

magazines/revues 17/07/2018

Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 17 juillet 2018, n°25-26

dossier thématique 4/08/2020

EARS-Net France, 2002-2018 : contribution de la France au réseau européen de surveillance de la résistante bactérienne aux antibiotique...

La résistance aux antibiotiques dans les infections urinaires diagnostiquées en médecine générale : l’étude Druti 

L’étude Druti était consacrée aux infections urinaires à bactéries résistantes aux antibiotiques diagnostiquées en médecine général. Elle a été menée en 2012 en collaboration avec le réseau Sentinelles. L’étude Druti a permis d’estimer l'incidence des femmes avec une infection urinaire (IU) à E. coli résistant aux fluoroquinolones et à E coli résistant aux C3G pour 100 femmes consultant un médecin généraliste pour suspicion d'IU au cours d'une année. L’étude comporte aussi un volet sur les facteurs de risque des IU à E. coli résistant aux FQ et un volet socio-économique pour mieux orienter la prévention de ces infections. Ces différents volets sont en cours de valorisation.  

Données de résistance chez les autres pathogènes usuels 

Le tableau ci-dessous reprend les données actualisées disponibles pour les principales espèces bactériennes pathogènes de l’homme faisant l’objet de dossiers thématiques spécifiques. Les phénomènes de résistances chez ces espèces revêtent un intérêt de santé publique au vu des échecs thérapeutiques dont ils peuvent être responsables.
Les données reprises ici sont principalement issues des réseaux de surveillance animés par les CNR en lien avec Santé publique France.

Agent pathogène 

Principal indicateur de la résistance 

% dans l'espèce 

Année 

Couverture géographique 

Sources 

Dossier

BACTERIES 

 

Campylobacter coli 

érythromycine 

ciprofloxacine 

68 

2018 

nationale 

- CNR Campylobacteret Helicobacter - Santé publique France 

Lien vers le dossier Campylobacter

Campylobacter jejunii

érythromycine

ciprofloxacine 

0,5

55 

2018 

nationale 

- CNR Campylobacteret Helicobacter - Santé publique France 

Lien vers le dossier Campylobacter

Enterococcus faecalis

glycopeptides 

ampicilline/amoxicilline (I+R) 

<1 

0,3 

2018 

nationale 

- Onerba - Laboratoire associé au CNR pour les entérocoques - CNR de la résistance aux antibiotiques - Santé publique France 

 

Enterococcus faecium

glycopeptides 

ampicilline/amoxicilline (I+R) 

<1 

79,4

2018 

nationale 

- Onerba - Laboratoire associé au CNR pour les entérocoques - CNR de la résistance aux antibiotiques - Santé publique France 

 

Escherichia coli

céphalosporine de 3e génération 

fluoroquinolones 

carbapénèmes 

9,6   

16,3 

<0,1 

2018 

nationale 

- Onerba - BMR-Raisin - Santé publique France 

 

Haemophilus influenzae

amoxicilline 

22,0 

2018 

nationale 

- CNR Haemophilus influenzae - Santé publique France 

 

Klebsiella pneumoniae

céphalosporines de 3e génération 

carbapénèmes 

30,8    

0,5 

2018 

nationale 

- Onerba  - Santé publique France 

 

Mycobacterium tuberculosis complex

multirésistance* 

1,9 

2017 

nationale 

- CNR Mycobactéries et résistance des  mycobactéries aux antituberculeux - Santé publique France 

 

Neisseria gonorrhoeae

ceftriaxone 

>0,125-0,25 mg/L 

>0,25 mg/L 

 

0

2018 

nationale 

- CNR des Gonocoques - Santé publique France 

 

Neisseria meningitidis 

pénicilline G (I+R)  

rifampicine 

46

0,6 

2018 

nationale 

- CNR des Méningocoques - Santé publique France 

Lien vers le dossier Infections à méningocoque

Pseudomonas aeruginosa

ceftazidime 

carbapénèmes 

13,0 

16,0 

2018 

nationale 

- Onerba - Santé publique France 

 

Salmonella enterica sérotype Enteritidis 

céphalosporine  de 3e génération  (enfants) et

ciprofloxacine  (adultes) 

0       

1   

2018 

nationale 

- CNR des Salmonella - Santé publique France 

Lien vers le dossier Salmonellose

Salmonella enterica sérotype Typhimurium 

céphalosporine  de 3e génération  (enfants) et

ciprofloxacine  (adultes) 

4,2

1,1   

2016 

nationale 

- CNR des Salmonella - Santé publique France 

Lien vers le dossier Salmonellose

Salmonella enterica sérotype 1,4,[5],12 :i :- (variant monophasique de S.Typhimurium) 

céphalosporine  de 3e génération  (enfants) et

ciprofloxacine  (adultes) 

0

0,9   

2016 

nationale 

- CNR des Salmonella - Santé publique France 

Lien vers le dossier Salmonellose

Shigella

ciprofloxacine 

azitromycine 

13,1 

20,6 

2017 

nationale 

- CNR des Escherichia coliet Shigella - Santé publique France 

 

Staphylococcus aureus

méticilline 

12,1 (dans les ES) 

2018 

nationale 

- Onerba - BMR-Raisin - CNR des Staphylocoques - Santé publique France 

 

Streptococcus pneumoniae

pénicilline G (I+R)  

érythromycine (I+R) 

29,3 

25,2 

2018 

nationale 

- CNR des pneumocoques - Santé publique France 

Lien vers le dossier Infections à pneumocoque

Streptococcus pyogenes 

érythromycine 

Adulte 

Enfant 

tétracycline 

3

2

4

11 

2018 

nationale 

- CNR des Streptocoques - Onerba - Santé publique France 

 

LEVURE 

 

Candida albicans

fluconazole 

voriconazole 

2017 

régionale 

- CNR Mycologie et antifongiques 

 

Autres Candida

fluconazole 

voriconazole 

voir fiche 

2017 

régionale (Ile de France) 

- CNR Mycologie et

 

 

Les souches bactériennes résistantes aux antibiotiques sont des souches pour lesquelles il existe une forte probabilité d’échec thérapeutique quel que soit le type de traitement et la dose d’antibiotique utilisée. Les seuils de résistances aux différents antibiotiques pour chaque espèce bactérienne sont définis chaque année par le comité de l’antibiogramme de la société française de microbiologie (CA-SFM). Néanmoins, des seuils de résistance différents peuvent être retenus afin de disposer de données comparables aux données internationales (cf. Neisseria gonorrhoeae). Pour les antifongiques, les seuils d'interprétation utilisés par le CNR sont ceux définis par le CLSI (clinical and Laboratory standard institute) en attendant ceux du comité EUCAST.