Mis à jour le 20 mai 2019

La résistance aux antibiotiques est un phénomène en constante évolution. En France, quatre émergences font l'objet d'un suivi spécifique par Santé publique France sur la base des données de signalements des infections nosocomiales.

Entérobactéries résistantes à la colistine porteuses du gène mcr-1

La résistance plasmidique à la colistine (gène mcr-1) chez les entérobactéries a été détectée pour la première fois en Chine fin 2015. Cette résistance est encore émergente en France et dans le monde. Elle représente un risque pour la santé publique car la colistine est l'un des rares antibiotiques encore actif sur les souches d'entérobactéries productrices de carbapénèmases (EPC) - principales Bactéries Hautement Résistantes émergentes (BHRe). Son caractère plasmidique lui permet d'être très facilement transférable entre bactéries.

Afin de limiter la diffusion de ce nouveau mécanisme de résistance chez l'homme, un message d'alerte a été adressé par la Direction générale de la santé et la Direction générale de l'offre de soins à l'ensemble des établissements de santé français le 9 septembre 2016. Il inclut des recommandations du Centre national de référence de la résistance aux antibiotiques pour la détection des souches porteuse du gène mcr-1, et de Santé publique France pour les mesures à mettre en œuvre autour des cas. Un avis du Haut Conseil de la santé publique a été publié en octobre 2016, puis mis à jour en mai 2017, afin de compléter ces premières recommandations. Les recommandations BHRe parue en 2013 s'appliquent aux patients porteurs d'entérobactéries mcr-1.

Ce nouveau mécanisme de résistance fait l'objet d'un suivi renforcé en France par l'ensemble des partenaires impliqués.

En savoir plus : entérobactéries résistantes à la colistine

Entérobactéries productrices de carbapénémase (EPC)

Les entérobactéries productrices de carbapénémases (EPC) sont des bactéries hautement résistantes aux antibiotiques et émergentes (BHRe). Les carbapénémases conduisent à une inefficacité partielle ou totale des antibiotiques de la classe des carbapénèmes qui sont des traitements de dernier recours. L'émergence puis la diffusion des EPC risque ainsi de conduire à de véritables impasses thérapeutiques, pouvant à terme mettre en péril les grandes avancées de la médecine moderne. En France, le premier épisode impliquant des EPC a été signalé à Santé publique France en 2004. Une augmentation des épisodes impliquant des EPC signalés à l'institut de Veille Sanitaire est observée à partir de 2009. Depuis lors, des recommandations associent le dépistage pour tout patient hospitalisé ayant été hospitalisé dans un pays étranger, la mise en place de mesures d'hygiène stricte et des actions de dépistage autour des patients infectés ou colonisé à EPC ont été diffuées et une surveillance spécifique a été mise en place afin de suivre l'émergence de ces BHRe. Les entérobactéries productrices de carbapénèmases (EPC) restent rares en France en comparaison avec d'autres pays, la situation invite à la plus grande vigilance. Cependant,  les régions frontalières de pays à forte prévalence d'EPC ou les établissements accueillant de nombreux patients en provenance de pays à fortes incidence doivent être particulièrement vigilants.

Santé  publique France publie régulièrement le bilan des épisodes impliquant des entérobactéries productrices de carbapénèmases en France.

En savoir plus : entérobactéries productrices de carbapénèmases 

Acinetobacter baumannii résistant à l'imipénème (ABRI)

A. baumannii est naturellement résistant à de nombreux antibiotiques tels que les aminopénicillines, les céphalosporines de première et de deuxième génération ainsi que l'ertapénème. Il peut également acquérir d'autres résistances telle que la résistance à l'imipénème qui peut faire de cet agent pathogène opportuniste au faible pouvoir pathogène un agent infectieux souvent responsable d'épidémies d'infections nosocomiales difficiles à maîtriser. Les premiers signalements pour infection liées aux soins à Acinetobacter baumannii résistant à l'imipénème ont été signalés en 2003 dans le Nord de la France puis en 2004 dans le Sud-ouest. Le nombre de signalement est en nette augmentation en France depuis 2009. Malgré les biais liés à cette source de données, cette augmentation invite à la plus grande vigilance.

En savoir plus : acinetobacter baumannii résistant à l'imipénème

Entérocoques résistants aux glycopeptides (ERG)

Des entérocoques résistants aux glycopeptides (ERG), vancomycine et/ou teïcoplanine, ont émergé au milieu des années 1980. Les Enterococcus faecium résistants aux glycopeptides sont des bactéries hautement résistantes aux antibiotiques et émergentes (BHRe). Depuis 2004, ils sont responsables d'épidémies dans quelques établissements de santé français, et font l'objet de mesures de contrôle très strictes, définies par un avis du Comité technique des infections nosocomiales et des infections liées aux soins, pour en limiter la diffusion .

En 2016, Santé publique France a publié un bilan  des données épidémiologiques du signalement des infections nosocomiales à Entérocoques résistants aux glycopeptides dans les établissements de santé.

En savoir plus : entérocoques résistants aux glycopeptides

Outil de suivi des épidémies

Dans le cadre du Raisin, un outil informatique a été développé par Santé publique France. Il est mis à disposition des établissements de santé, des Arlin et des CClin pour aider au suivi des épidémies à BHRe, ABRI, Clostridium difficile et autres microorganismes. Cet outil, simple d'utilisation, est transposable à différents types d'épidémies, utilisable aux niveaux local, régional ou interrégional et facilement modifiable. Il se présente sous forme d'un fichier Excel® qui permet de générer automatiquement plusieurs courbes épidémiques, un tableau synoptique ainsi qu'un bilan des épidémies. Il propose un tableau de suivi des cas et des sujets contacts. Cet outil est librement téléchargeable.

Une fois renseigné, il est important de bien anonymiser les données en cas de diffusion en dehors des établissements.