Epidémie de SHU pédiatrique à E. coli O26 en France métropolitaine en lien avec la consommation de fromages Saint Marcellin et Saint Félicien : point de situation au 28 mai 2019

Mis à jour le 4 juillet 2019

Santé publique France investigue actuellement une augmentation du nombre d’enfants atteints de syndrome hémolytique et urémique (SHU).

Entre le 31 mars et le 29 avril, 15 enfants et un adulte infectés par un Escherichia coli de sérogroupe O26 présentant les mêmes caractéristiques en analyse génomique, ont été identifiés par le Centre national de référence (CNR) E. coli et son laboratoire associé (Institut Pasteur, Paris, et Laboratoire de microbiologie de l’hôpital Robert Debré, Paris).  Quatorze enfants étaient atteints d’un SHU et un enfant et un adulte ont présenté une diarrhée sans complications.

Les 15 enfants infectés par la souche épidémique d’E. coli O26 sont âgés de 6 mois à 4 ans et résident dans 6 régions de France métropolitaine. Les investigations des consommations alimentaires, conduites par Santé publique France et la Direction générale de l’Alimentation (DGAl), ont permis d’identifier un lien possible entre la consommation de fromages au lait cru Saint Marcellin et Saint Félicien et la survenue de la maladie.

En effet, les familles de 15 cas sur 16 rapportent une consommation de ces fromages. Pour 13 familles, un lien avec un même producteur, la fromagerie Alpine (Drôme), a pu être identifié. Un retrait et un rappel de ces fromages St Marcellin et St Félicien ont été mis en place dès le 27 avril 2019 (DGAl).

DISTRIBUTION DES CAS D’INFECTION À E. COLI O26 (SOUCHE ÉPIDÉMIQUE), PAR SEMAINE DE DÉBUT DES SIGNES. FRANCE, MARS-AVRIL 2019 (N=16).

Semaine de début des symptoms
Semaine de début des symptoms

Les investigations se poursuivent et ont deux volets :

  • un volet épidémiologique qui consiste à interroger les parents sur la consommation alimentaire de leurs enfants et, notamment celle des fromages Saint Marcellin et/ou Saint Félicien et le cas échéant, à en tracer l’origine ;
  • un volet microbiologique qui vise par des analyses au CNR et son laboratoire associé à identifier la souche ayant infecté l’enfant, et à déterminer si cette souche présente des caractéristiques similaires avec celles identifiées parmi les 14 cas épidémiques. Ces investigations sont un processus long et complexe, et pour certains enfants  la souche à l’origine de l’infection ne peut pas être mise en évidence.

La surveillance du syndrome hémolytique et urémique pédiatrique en France

Le SHU est une maladie peu fréquente en France : entre 100 et 160 cas sont signalés dans le cadre du système de surveillance chaque année. C’est une maladie grave puisqu’elle est la principale cause d’insuffisance rénale aigue chez l’enfant âgé de 1 mois à 3 ans. Dans la littérature internationale, le taux de décès varie entre 3 et 5% (1% selon les données de surveillance françaises). Cette maladie est le plus souvent causée par une bactérie appartenant à la famille des Escherichia coli, dont certaines souches sont plus virulentes et produisent des toxines appelées « shigatoxines ».

La contamination se produit :

  • par ingestion d’aliments contaminés consommés crus ou peu cuits : lait ou produits laitiers non pasteurisés, viande de bœuf insuffisamment cuite (en particulier hachée), légumes crus contaminés, eau de boisson contaminée ;
  • en portant ses mains souillées à la bouche après avoir touché des animaux porteurs de la bactérie ou leur environnement contaminé ;
  • par contact avec une personne malade qui excrète la bactérie dans ses selles.

En France, la surveillance du syndrome hémolytique et urémique et des infections à Escherichia coli producteurs de shigatoxines repose sur plusieurs systèmes de surveillance qui permettent d’identifier la grande majorité des cas :

  • la surveillance du SHU chez l’enfant de moins de 15 ans : depuis 1996, un réseau de services de néphrologie pédiatrique volontaires notifient les cas à Santé publique France ;
  • le Centre national de référence pour les E. coli ;
  • la déclaration obligatoire des toxi-infections alimentaires collectives.

Chaque année, Santé publique France produit un bilan de la surveillance du SHU chez l’enfant de moins de 15 ans. En 2017, 164 cas de SHU pédiatrique ont été notifiés à Santé publique France et aucune épidémie n’a été identifiée.

Recommandations pour prévenir les syndromes hémolytiques et urémiques chez l’enfant

La transmission de la maladie peut être prévenue par les précautions suivantes :

  • les viandes, et surtout la viande hachée de bœuf, doivent être bien cuites à cœur ;
  • le lait cru et les fromages à base de lait cru ne doivent pas être consommés par les jeunes enfants ; préférer les fromages à pâte pressée cuite (type Emmental, Comté, etc.), les fromages fondus à tartiner et les fromages au lait pasteurisé ;
  • les légumes, les fruits et les herbes aromatiques, en particulier ceux qui vont être consommés crus, doivent être soigneusement lavés ;
  • les aliments crus doivent être conservés séparément des aliments cuits ou prêts à être consommés ;
  • les restes alimentaires et les plats cuisinés doivent être suffisamment réchauffés et consommés rapidement ;
  • les ustensiles de cuisine (surtout lorsqu’ils ont été en contact préalablement avec de la viande crue), ainsi que le plan de travail, doivent être soigneusement lavés ;
  • le lavage des mains doit être systématique avant de préparer à manger et en sortant des toilettes ;
  • en cas de gastro-entérite, il convient d’éviter de se baigner dans des lieux de baignades publics et de préparer des repas ;
  • les enfants ne doivent pas boire d’eau non traitée (eau de puits, torrents, etc.) et éviter d’en avaler lors de baignades (lac, étang, etc.) ;
  • enfin, il faut éviter le contact des très jeunes enfants (moins de 5 ans) avec les vaches, veaux, moutons, chèvres, daims, etc., et leur environnement