Connaissance et acceptation de l'identification sexuelle par les parents : quelles incidences sur la détresse psychologique des femmes cisgenres lesbiennes et bisexuelles ? Enquête Virage LGBT, France, novembre 2015-mars 2016

Publié le 17 mai 2021
Mis à jour le 17 mai 2021

Introduction - Depuis les années 1990, les recherches s'intéressant à l'état psychologique des personnes homo- et bisexuelles ont montré que leur santé mentale est moins bonne que celle de la population générale. La stigmatisation dont souffrent les individus en raison de leur sexualité minoritaire et minorisée l'explique : ces personnes sont soumises à des facteurs de stress, lorsqu'elles sont visibles en tant que minorité sexuelle, mais aussi lorsque que leur identification sexuelle n'est pas sue. Autant la visibilité que l'invisibilité sont des potentiels facteurs de stress qui détériorent l'état psychologique des personnes LGB (lesbiennes, gaies, bisexuelles). Pour comprendre ces mécanismes, cet article s'intéresse aux liens entre la détresse psychologique (pensées suicidaires, état dépressif, anxiété) des femmes cisgenres lesbiennes et bisexuelles et la connaissance et l'acceptation parentale de leur identification sexuelle. Matériel et méthodes - La collecte auto-administrée en ligne de l'enquête Virage LGBT (Ined, 2015-2016) permet de disposer d'un échantillon de convenance composé de 2 500 et 700 femmes cisgenres respectivement lesbiennes et bisexuelles. Le questionnaire interrogeant les pensées suicidaires, la dépression et l'anxiété, il est possible d'étudier, à l'aide de régressions logistiques dichotomiques, les différences d'état psychologique des répondantes selon la connaissance et l'acceptation parentale de leur identification sexuelle. Résultats - Deux principaux résultats se dégagent. Pour les femmes cisgenres lesbiennes, la connaissance de l'homosexualité par les parents n'est pas associée à un meilleur état psychologique, quand les résultats pour celles bisexuelles sont moins nets. Mais si la connaissance parentale de l'homo- ou bisexualité n'est pas nécessairement associée à une moindre détresse, l'acceptation de cette identification l'est fortement. Discussion-conclusion - La visibilité d'ensemble des personnes LGB est, à juste titre, un enjeu des luttes militantes contemporaines. En revanche les bénéfices d'une visibilité individuelle apparaissent moins évidents, notamment pour les femmes cisgenres lesbiennes et bisexuelles, dont l'identification est souvent niée ou considérée comme transitoire, et ce d'autant plus au sein de la famille où la sexualité féminine est particulièrement surveillée.

Auteur : Lejbowicz Tania
Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2021, n°. 6-7, p. 111-119