Peut-on réduire les inégalités sociales de santé en créant des environnements favorables à une alimentation saine ? Le dossier de la Santé en action n°444 de juin 2018

Comment créer des environnements favorables à une alimentation saine ? Quels sont ces environnements favorables ? Et en quoi cela peut-il réduire les inégalités sociales de santé ? Santé publique France publie dans sa revue trimestrielle La Santé en action du mois de juin, un dossier consacré à cette question qui met en avant des stratégies menées pour agir sur les environnements et des exemples d’actions locales.

Le rôle joué par une mauvaise alimentation et l’insuffisance d’activité physique comme facteur de risque des maladies les plus répandues en France est de mieux en mieux compris, qu’il s’agisse du cancer, des maladies cardiovasculaires, de l’obésité ou du diabète. C’est pourquoi l’alimentation a été placée au cœur des politiques de santé publique à partir de 2001 avec la création du premier Programme national nutrition-santé (PNNS). En 2010, le PNNS a été inscrit dans le code de la santé publique montrant une volonté de mettre en place une politique nutritionnelle effective et durable.

Les inégalités sociales persistent : plus de Français en surpoids chez les moins diplômés

Les premiers résultats de l’Étude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition publiés en 2017 montrent une stabilisation du surpoids et de l’obésité chez l’adulte et l’enfant : 49 % des adultes français sont en surpoids (dont 17 % d’obèses) ; chez les enfants, ce chiffre s’élève à 17 % (dont 4 % d’obèses).

Cependant, plus de 15 ans après la mise en place du PNNS, on observe un creusement des inégalités entre catégories sociales en matière d’alimentation et d’état de santé : plus le niveau de diplôme est faible, plus la prévalence du surpoids/obésité est importante. Les données épidémiologiques récentes montrent que les personnes de niveaux d’étude ou de professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) élevées consomment davantage de fruits et moins de boissons sucrées que celles ayant un niveau d’étude plus faible. Même constat chez les enfants : ceux ayant des parents à PCS élevées consomment plus de fruits et moins de boissons sucrées que les autres.

Changer les environnements pour changer les comportements

Les actions d’information et d’éducation nutritionnelle menées de manière isolée et visant la responsabilité individuelle ont montré leurs limites. La volonté est aujourd’hui de renforcer les actions sur l’environnement (physique, réglementaire, socioculturel, politique, économique) afin de faciliter les choix de la population pour des aliments favorables à la santé. Ces interventions, axées sur une prévention « passive » font plutôt appel à la responsabilité collective. Les mesures réglementaires font partie de ce type d’actions, qui peuvent concerner, par exemple, la régulation de la publicité (le marketing alimentaire et le neuromarketing envers les enfants), des taxes sur les aliments les moins favorables à la santé et sur les boissons sucrées de type sodas, l’étiquetage nutritionnel sur les emballages des produits alimentaires (le dispositif Nutri-Score, recommandé par les pouvoirs publics). Si ces mesures sont difficiles à mettre en place du fait de forts enjeux économiques, elles figurent pourtant parmi les stratégies les plus efficaces pour améliorer l’alimentation à l’échelle de l’ensemble de la population. En outre, elles peuvent avoir un effet durable sur les changements de comportement dans la mesure où elles s’inscrivent dans les politiques et les normes socioculturelles.

Qu’est-ce qui détermine ou influence les choix alimentaires ?

De nombreux facteurs influencent le comportement alimentaire des individus. Ce numéro présente les déterminants du comportement alimentaire (via le modèle écologique de répartition en quatre niveaux d’influence plus ou moins éloignés de l’individu) et la définition d’environnements favorables selon les Québécois. Ces derniers ont élaboré leur propre définition des environnements « favorables à la saine alimentation, un mode de vie physiquement actif et la prévention des problèmes reliés au poids ». Leur vision englobe « l’ensemble des éléments de nature physique, socioculturelle, politique et économique qui exercent une influence positive sur l’alimentation ». Ils proposent ainsi de jouer sur plusieurs éléments/environnements :

  • une bonne qualité nutritionnelle des repas ;
  • des actions d’éducation nutritionnelle auprès de la population ;
  • pour les élèves, des cantines concurrentielles par rapport à l’offre de restauration existant autour de l’établissement scolaire, soit plus attractives sur le plan gustatif (grâce à l’approvisionnement d’aliments par des circuits courts) ou en matière de prix.

De nombreux exemples concrets présentés dans ce numéro reprennent cette matrice québécoise d’environnement favorable, notamment en milieu scolaire.

En savoir plus :

Environnements favorables à une alimentation saine : une réponse aux inégalités sociales de santé ? La Santé en action n°444 – Juin 2018. 52 p.

La Santé en action est la revue trimestrielle de Santé publique France consacrée à la prévention, l’éducation et la promotion de la santé. Elle est intégralement accessible au format numérique. La version papier est réservée aux professionnels exerçant dans des lieux collectifs (établissements scolaires, hôpitaux, etc.).