Santé mentale des enfants et des adolescents : Santé publique France publie de nouveaux travaux

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Au cours de ces dernières années, en France comme à l’international, de nombreuses études ont mis en évidence une dégradation de l’état de santé mentale de la population, dont les jeunes, confirmée par les professionnels de santé. Dans ce contexte, la surveillance épidémiologique de la santé mentale des enfants et des adolescents est cruciale afin de documenter le fardeau des troubles psychiques dès le plus jeune âge, favoriser une prise en charge précoce et renforcer les actions de prévention. Santé publique France publie aujourd’hui de nouveaux résultats d’Enabee et EnCLASS, deux études clefs pour décrypter la santé mentale des enfants de 6 à 11 ans scolarisés du CP au CM2, et des adolescents scolarisés au collège et au lycée.

Santé mentale de l’enfant : comprendre les contextes de vulnérabilité pour mieux agir

Les premiers résultats d’Enabee, enquête épidémiologique nationale sur la santé mentale des enfants scolarisés en maternelle et en élémentaire en France hexagonale, ont été publiés en 2023. En croisant les points de vue des parents, des enseignants et des enfants, ces résultats inédits montraient que 13 % des enfants en élémentaire (6 à 11 ans) présentent au moins un trouble probable de santé mentale (trouble émotionnel, trouble oppositionnel ou trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). 

Santé publique France publie aujourd’hui de nouvelles analyses qui décrivent les caractéristiques individuelles et contextuelles (familiales, relationnelles, environnementales) associées à ces troubles probables de santé mentale chez les enfants de 6 à 11 ans. Ces nouveaux résultats pourront aider à identifier des situations de vulnérabilité, où l’enfant est davantage susceptible de souffrir de troubles de santé mentale, sans qu’il soit possible d’établir de liens de causalité.

L’étude montre que, dans cette tranche d’âge : les garçons, les enfants dont les mères ont déclaré des complications de grossesse ainsi que les enfants souffrant de maladies chroniques, sont plus fréquemment concernés par des troubles probables de santé mentale. De plus, les enfants éprouvant des difficultés scolaires (selon le parent et/ou l’enseignant), ou ayant vécu des événements difficiles (deuil, agression, placement à l’Aide sociale à l’enfance) présentent également plus souvent un trouble probable de santé mentale.


Par ailleurs, l’étude permet de confirmer à nouveau l’impact de la crise sanitaire du Covid-19 sur la santé mentale des enfants. En effet, une pénibilité importante du confinement ou une inquiétude importante au sein du ménage pendant la pandémie sont associées à une présence plus fréquente d’au moins un trouble probable de santé mentale chez l’enfant.

L’environnement familial (parents séparés, existence de conflits entre parents séparés, situation financière du ménage perçue comme difficile, présence d’un trouble anxieux chez le parent répondant) constitue un contexte de fragilité pour l’enfant, davantage associé à l’existence de troubles de santé mentale. Le fait d’être probablement victime de harcèlement de la part d’autres enfants ou de passer un temps important au centre de loisirs les jours sans école sont également des facteurs associés à au moins un trouble de santé mentale chez l’enfant. Mais il convient de rappeler que ces associations ne doivent pas être interprétées comme des relations causales et déterministes.

Santé mentale et bien-être des adolescents : des signes d’amélioration, mais des souffrances persistantes

L’adolescence est une période durant laquelle les jeunes sont confrontés à de nombreux changements, pressions et défis, susceptibles de les rendre plus vulnérables sur le plan de la santé mentale. C’est une période davantage propice à l’émergence de manifestations d’anxiété, de dépression ou de conduites suicidaires.

Santé publique France publie aujourd’hui de nouveaux résultats sur la santé mentale de l’enquête nationale en collèges et en lycées chez les adolescents sur la santé et les substances (EnCLASS), menée en partenariat avec l'École des Hautes Etudes en santé publique (EHESP) et l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).

Les données, recueillies en 2024 auprès de 11 400 élèves du secondaire, révèlent une situation contrastée du bien-être et de la santé mentale des collégiens et lycéens. Après une dégradation marquée de l’ensemble des indicateurs de bien-être et de santé mentale entre 2018 et 2022, certains indicateurs montrent une amélioration, tandis que d’autres indiquent une tendance à la baisse. On note également que les adolescentes ont des indicateurs de santé mentale systématiquement moins favorables que les garçons, avec des écarts qui s’accentuent au cours du secondaire.

  • En 2024, la majorité des collégiens (82 %) et lycéens (78 %) se perçoit en bonne ou excellente santé et est satisfaite de sa vie actuelle (respectivement 80 % et 72 %), malgré une tendance à la baisse de ces indicateurs depuis 2018.
  • De plus, 70 % des collégiens et 63 % des lycéens déclarent un bon niveau de bien-être mental, avec une hausse respective de 11 et 12 points par rapport à 2022, observée chez les garçons comme chez les filles. On observe également une diminution de la part des jeunes qui disent ressentir un sentiment de solitude la plupart du temps au cours de l’année (cela concerne 15 % des collégiens et 20 % des lycéens en 2024).

Cependant, ces indicateurs coexistent avec des signaux persistants de souffrance psychique chez les jeunes :

  • 45 % des collégiens (de 6e, 5e et 4e) rapportent des plaintes psychologiques plus d’une fois par semaine depuis au moins 6 mois (-4 points par rapport à 2022). La nervosité est la plus fréquemment rapportée (32 %), suivie de l’irritabilité (29 %) et du sentiment de déprime (21 %). Ces manifestations s’accentuent avec le niveau de classe et s’avèrent plus fréquentes chez les filles.
  • Par ailleurs, 19 % des lycéens ont un risque important de dépression, plus marqué chez les filles (+3,5 points par rapport à 2022). Les symptômes les plus fréquemment rapportés sont : le manque d’énergie (58 %), les difficultés de concentration (44 %) et le sentiment de découragement (42 %).
  • Enfin, 20 % des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois ; un chiffre en baisse par rapport à 2022 (-4 points). Si cette diminution est un signal encourageant, l’augmentation des tentatives de suicide déclarées au cours de la vie (15 % des lycéens, soit +2 points par rapport à 2022) rappelle que les formes les plus sévères de souffrance psychique persistent chez une partie des adolescents.

Ces résultats confirment l’importance de promouvoir des comportements et environnements favorables à la santé mentale, et de développer les programmes de compétences psychosociales, notamment en milieu scolaire. Ces résultats invitent aussi à renforcer les actions de sensibilisation des parents, enseignants et personnels éducatifs au repérage précoce des signes de mal-être des adolescents et à l’orientation vers des espaces d’écoute et de soutien, notamment en cas d’idées suicidaires. Des stratégies de prévention prenant en compte les inégalités de genres doivent également être développées. 

Les études Enabee et EnCLASS offrent un panorama unique sur la santé mentale des jeunes, de l’enfance à l’adolescence. Les nouveaux résultats publiés aujourd’hui enrichissent les connaissances sur le sujet. Ils éclairent aussi les décisions publiques nécessaires à la création d’environnements de vie favorables à l’épanouissement des enfants et des ados, dès le plus jeune âge. Déclarée Grande Cause nationale en 2025, prolongée en 2026, la santé mentale est l’affaire de tous. Promouvoir une bonne santé mentale, prévenir l’apparition de troubles psychiques et lutter contre la stigmatisation, sont des enjeux de santé publique sur lesquels nous nous engageons pleinement pour accompagner les adultes de demain.

Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France 

Prendre soin de la santé mentale des jeunes : quels outils et leviers d’actions ?  

Face à ces constats, il convient de poursuivre et renforcer les actions de prévention et de promotion de la santé mentale des enfants et des adolescents.

Santé publique France s’engage dans le déploiement des compétences psychosociales (CPS) en milieu scolaire, un levier à mobiliser au bénéfice de la santé mentale dès le plus jeune âge. Le renforcement des CPS peut en effet aider à créer un climat éducatif protecteur et inclusif, tout en prévenant des dynamiques de domination et de violence entre pairs. Ainsi, en 2022, l’Agence a publié un premier état des connaissances sur les CPS et un référentiel théorique, complétés par un référentiel et des ressources opérationnels publiés en 2025 pour le tome 1 et en 2026 pour le tome 2. Dans le cadre de la stratégie interministérielle sur le développement des CPS des enfants, Santé publique France élabore et co-construit ces outils afin d’accompagner les acteurs dans les territoires. C’est ainsi qu’elle a apporté l’expertise CPS pour la construction du kit empathie de l’Education Nationale, généralisé à la rentrée 2024 dans les écoles maternelles et élémentaires.

Des programmes de prévention efficaces ou prometteurs sur le sujet de la santé mentale sont recensés dans ReperPrev, le registre national des interventions en prévention et promotion de la santé mis en place par Santé publique France, tel que le Good Behavior Game (GBG) et le programme de soutien aux familles et à la parentalité (PSFP).
Par ailleurs, de multiples outils d’information soutenus par Santé publique France, comme CléPsy et Psycom, permettent de sensibiliser et orienter les professionnels de l’éducation et les familles sur les sujets relatifs à la santé mentale. De plus, le dispositif Mon soutien psy permet l’accès à un psychologue pour les enfants dès l’âge de 3 ans. 

Soutenu par Santé publique France et destiné aux jeunes de 12 à 25 ans, le Fil Santé Jeunes propose une ligne d’écoute (0 800 235 236) accessible 7 jours sur 7 de 9h à 23h (service et appel anonyme et gratuit). Les jeunes peuvent également consulter le site internet mettant à disposition de l’information, un forum, un tchat, des orientations vers des structures d’aide (lieux d’accueil et d’écoute, maisons des adolescents, structures associatives, professionnels et structures de soins). Ces services sont dispensés par des professionnels (psychologues, éducateurs, conseillers familiaux, médecins).

Enfin, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible 24h/24 et 7j/7. Cette ligne s’adresse aux personnes en détresse, mais aussi à leur entourage, aux professionnels et aux personnes endeuillées par suicide. Les appels, gratuits et confidentiels, sont pris en charge par des professionnels du soin, psychologues ou infirmiers, formés à la prévention du suicide. Ce dispositif comporte également un site internet qui met à disposition des ressources pour mieux comprendre la crise suicidaire et des conseils pour la surmonter.

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Santé mentale

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.

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