bébé ensommeillé

Sommeil

Le sommeil, pilier de la santé au même titre que la nutrition ou l’activité physique, est reconnu comme un déterminant majeur du bien-être. Sa qualité et sa durée influencent le développement et la préservation de la santé de l’individu, et ce en interdépendance avec les habitudes de vie. Une meilleure compréhension de ses mécanismes en fait aujourd’hui un enjeu central de santé publique.

Nos missions

  • Informer sur l’évolution du temps et de la qualité du sommeil en population générale

  • Contribuer à une meilleure connaissance du lien entre sommeil et santé

  • Promouvoir le sommeil, facteur essentiel d’équilibre psychologique et de récupération physique et mentale

  • Orienter vers des ressources

Données

Le temps de sommeil

En 2024, d'après le baromètre de Santé publique France, le temps de sommeil moyen sur 24h est de 7h32 parmi les adultes de 18-79 ans avec des variations marquées selon l'âge et le genre.

Les personnes de 50 à 59 ans ont le temps de sommeil moyen le plus court (7h16) tandis que celles des classes d’âges extrêmes (18-29 ans et 70-79 ans) ont les durées de sommeil les plus longues. Chez les femmes, le temps de sommeil moyen est le plus élevé chez les 18-29 ans (7h53) alors que chez les hommes il est maximal chez les 70-79 ans (7h51).

Le temps de sommeil moyen diminue ainsi avec l’augmentation des difficultés financières, passant de 7h38 pour les personnes à l’aise financièrement à 7h22 pour celles en situation difficile ou endettées. Cette situation peut s’expliquer, entre autres par :

  • une santé mentale plus vulnérable, comme le montrent les études sur la dépression et l’anxiété,

  • des conditions de vie défavorables à un repos de qualité : nuisances sonores, manque d’intimité, trajets quotidiens épuisants ou insécurité du cadre de vie.

Temps de sommeil moyen sur 24 heures parmi les adultes de 18-19 ans selon le sexe et l'âge

Temps de sommeil moyen sur 24 heures parmi les adultes de 18-19 ans selon le sexe et l'âge
Source : baromètre de Santé publique France 2024

Les courts dormeurs

En 2024, d'après le baromètre de Santé publique France, 21,5 % des 18-75 ans sont considérés comme des courts dormeurs avec des disparités marquées entre autres selon le genre, l'âge, la situation familiale, le niveau socio-économique ou encore la localisation géographique :

  • les hommes (22,4 %) sont plus concernés que les femmes (20,6 %),

  • les 50-59 ans sont les plus concernés (26,1 %) par rapport aux âges extrêmes,

  • 25,6 % des personnes en famille monoparentale sont des courts-dormeurs, contre 17,7 % des couples sans enfant,

  • la part de courts dormeurs passe de 15,4 % chez les personnes financièrement à l’aise à 29,0 % chez celles en difficulté,

  • 24,3 % des non-bacheliers sont concernés ; ils sont 27,0 %) parmi les ouvriers,

  • les départements français d’Amérique (Guadeloupe, Martinique, Guyane) dépassent 30 % de courts dormeurs,

  • en France hexagonale, l’ Ile-de-France présente un taux élevé (24,1 %), tandis que les Pays-de-la-Loire, la Bretagne et la Nouvelle-Aquitaine enregistrent les proportions les plus faibles.

Rappelons que les courts dormeurs ont un surrisque de surpoids, d’obésité, de diabète de type 2, d’hypertension artérielle, de maladie cardiovasculaire, de dépression ou d’accidents et ce, même si de potentielles siestes dans la journée permettent de compenser, en partie, de possibles manques nocturnes.

En savoir plus :

  • Itani O, Jike M, Watanabe N, Kaneita Y. Short sleep duration and health outcomes: a systematic review, meta-analysis, and meta-regression. Sleep Med. 2017 Apr;32:246-256.

  • Faraut B, Touchette E, Gamble H, Royant-Parola S, Safar ME, Varsat B, Léger D. Short sleep duration and increased risk of hypertension: a primary care.

La plainte d'insomnie

En 2024, d'après le baromètre de Santé publique France, un tiers des adultes âgés de 18 à 79 ans (33,1 %) est en situation de plainte d’insomnie avec des écarts significatifs selon le genre, l’âge, le niveau socio-économique et la localisation géographique :

  • les femmes sont plus concernées (37,7 %) que les hommes (28,2%),

  • chez les hommes, un peu plus de 25 % des 18-49 ans sont concernés contre environ 30 % des 50-79 ans,

  • chez les femmes, 31,7 % des 18-29 ans sont en situation de plainte d’insomnie contre à 43,4 % des 70-79 ans,

  • 45,8% des personnes en difficultés financières (45,8 %), 37,9% des non-bacheliers et 38,8% des employés sont concernées,

  • les taux les plus élevés sont observés en Guadeloupe (38,5 %), en Guyane (38,3 %) et à La Réunion (39,4 %).

Le sommeil des femmes

D'après le baromètre de Santé publique France 2024, les femmes de 18 à 29 ans déclarent dormir en moyenne 10 minutes de plus que les hommes du même âge. Entre 70 et 79 ans, la tendance s’inverse : elles dorment 17 minutes de moins que les hommes. Cette dégradation du temps de sommeil avec l’âge s’accompagne d’une fréquence accrue de plaintes d’insomnie, touchant 43,4 % d’entre elles. A tout âge, elles déclarent plus de de troubles d’insomnie que les hommes.

Plusieurs facteurs, souvent intriqués, expliquent ces inégalités :

  • des causes biologiques : telles que les variations hormonales (cycles menstruels, ménopause) qui perturbent le sommeil,

  • des facteurs psychologiques, comme une plus grande prévalence des troubles anxiodépressifs,

  • des contraintes sociétales, notamment une implication plus forte dans les tâches domestiques et les responsabilités familiales, contribuent à altérer la qualité de leur sommeil.

Le sommeil des 11-17 ans

En 2022, d'après l'enquête EnCLASS, parmi les plaintes psychologiques et somatiques ressenties plus d’une fois par semaine depuis six mois, on observe une prédominance de la difficulté à s’endormir chez les collégiens (43,0%) et les lycéens (42,2%), devant la nervosité (respectivement 36,6% et 45,4%) et l’irritabilité (respectivement 34,3% et 39,6%). La difficulté à s’endormir est rapportée plus fréquemment par les filles (49,9% au collège et 50,8% au lycée) que par les garçons (36,4% et 33,5%).

Par ailleurs, l’étude des symptômes de nature dépressive, recueillis à l’aide de l’échelle ADRS (Adolescent Depression Rating Scale) a montré qu’un tiers des adolescents (34,2% des collégiens et 34,5% des lycéens) a déclaré très mal dormir ; avec une proportion plus élevée chez les filles (42,9% au collège et 42,8% au lycée) que chez les garçons (25,9% et 26,2%).

L’insomnie chronique

En 2017, 13,1 % des 18-75 ans déclaraient des symptômes suggérant une insomnie chronique, 16,9 % des femmes et 9,1 % des hommes (p<0,001). L’insomnie chronique était plus fréquente parmi les femmes de 25 à 64 ans (autour de 19 %), et parmi les hommes de 35 à 64 ans, touchant environ un homme sur 10. Quel que soit l’âge, les femmes étaient environ deux fois plus nombreuses que les hommes à déclarer des symptômes d’insomnie chronique.

Les fumeurs quotidiens fortement dépendants étaient nettement plus fréquemment sujets à l’insomnie chronique que les autres fumeurs ou les non-fumeurs (25,5 % contre 12,6 %, p<0,001). Le tabac est un cofacteur associé triplement au « court sommeil », à l’insomnie (parmi les consommateurs quotidiens d’alcool) et au chronotype du soir. Il mérite ainsi d’être pris en compte dans les études liant sommeil et indicateurs cardiovasculaires. Ce lien entre tabagisme et qualité du sommeil devrait inciter les fumeurs à arrêter de fumer. Les consommations d’alcool ou de drogues illicites ne faisaient pas ressortir de différence significative concernant l’insomnie chronique.

La sieste

En 2017, plus d’un quart des Français âgés de 18 à 75 ans déclaraient faire la sieste au moins une fois par semaine, d’une durée moyenne de 50 minutes, et près d’un tiers d’entre eux déclarait faire la sieste au moins une fois le week-end, d’une durée moyenne d’1 heure. Récupérer le week-end serait un facteur limitant le risque de comorbidité associé au sommeil court. La capacité de récupérer sa dette de sommeil le week-end peut donc aussi être vue comme un facteur positif.

Indicateurs relatifs à la sieste en semaine et le week-end, selon l'âge. Baromètre de Santé publique France 2017

Indicateurs relatifs à la sieste en semaine et le week-end, selon l'âge. Baromètre de Santé publique France 2017
source : Léger D, Zeghnoun A, Faraut B, Richard JB. Le temps de sommeil, la dette de sommeil, la restriction de sommeil et l’insomnie chronique des 18-75 ans : résultats du Baromètre de Santé publique France2017. Bull Epidémiol Hebd. 2019 ; (8-9):149-60

L'influence du stress sur le sommeil

En 2017, la moitié des Français (48 %), en majorité des femmes (56 %) et CSP- (56 %), déclaraient ressentir un stress retentissant sur leur sommeil. Les personnes se disant très stressées étaient celles qui dormaient le moins pendant la semaine (6 h ou moins). Les femmes, plus soumises au stress en raison d’un ensemble de facteurs (physiologie, rôles sociaux, charge mentale de la famille et de son bien-être, essor des familles monoparentales) avaient un sommeil plus fragile.

Les troubles du sommeil

En 2017, une proportion élevée de Français souffrait de troubles du sommeil, dont les plus fréquents sont l’insomnie (15 à 20 % des adultes), le syndrome d’apnées du sommeil (4 à 6 % des adultes), le syndrome des jambes sans repos (2 % à 8 % de la population), les parasomnies (2-4 %) et les hypersomnies rares (0,05 % à 0,1 % de la population).

Evolution de la proportion de personnes déclarant des problèmes de sommeil au cours de 8 derniers jours, entre 1995 et 2017, selon le sexe et parmi mes 18-75 ans

Evolution de la proportion de personnes déclarant des problèmes de sommeil au cours de 8 derniers jours, entre 1995 et 2017, selon le sexe et parmi mes 18-75 ans
Andler R, Metlaine A, Richard JB, Zeghnoun A, Nguyen-Thanh V, Léger D. Sommeil et consommation de substances psychoactives : résultats du Baromètre de Santé publique France 2017. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(8-9):161-8

Le sommeil : 2e préoccupation de santé en 2024

D'après les résultats de l'étude exploratoire menée en 2024, 44% des personnes interrogées placent le sommeil au 2e rang de leurs préoccupations de santé, tandis que 55% de celles estimant leur sommeil médiocre ou mauvais en font leur 1re source d'inquiétude. Plus largement, 61% des répondants se déclarent insatisfaits de leur sommeil, et 79% rapportent des troubles réguliers.

Les principaux obstacles cités sont le stress, les horaires contraignants, la vie familiale et une résignation face aux facteurs externes qui freinent l'adoption de bonnes pratiques. Les femmes, les travailleurs en horaires décalés et les parents sont particulièrement vulnérables.

Bien que les adultes soient globalement bien informés, ils peinent à appliquer les recommandations (réduction des écrans, activité physique, horaires réguliers, consultation d’un professionnel). Les freins persistants au changement sont le manque de soutien, le sentiment d’inefficacité et la perception du sommeil comme une problématique individuelle et complexe.

L’étude quantitative révèle cinq types de comportements distincts :

  • les exemplaires : appliquent naturellement les bonnes pratiques et dorment bien,

  • les optimisateurs : actifs et connectés, mais parfois au détriment de leur sommeil,

  • les fragilisés : stressés et résignés après avoir tout essayé, sans succès,

  • les résignés : fatalistes, peu enclins à agir pour améliorer leur situation,

  • les testeurs : motivés à expérimenter des solutions, malgré un sentiment de manque d'information.

Le sommeil pendant la pandémie de COVID-19

Durant la période de COVID-19, les résultats de l’enquête CoviPrev de Santé publique France avaient révélé une dégradation durable de la qualité du sommeil au sein de la population française. Ainsi, à la mi-janvier 2022, les problèmes de sommeil concernaient 66 % des personnes interrogées. Cette prévalence témoignait d’une hausse structurelle puisque ce taux était nettement supérieur au niveau observé hors épidémie en 2017, qui s’établissait à 49 %. L’intensité de ces troubles surpassait même celle enregistrée au début du premier confinement en mars 2020, où elle atteignait 61 %. L’altération du sommeil concernait des populations particulièrement exposées, notamment les femmes, les personnes en situation de chômage et confrontées à des difficultés financières ainsi que la tranche d’âge des 18-24 ans.