Investigation et gestion d'un foyer de saturnisme infantile dans un quartier de la commune du Port, Île de la Réunion

Publié le 27 Juin 2013
Mis à jour le 5 juillet 2019

Position du problème. Un enfant présentant une plombémie élevée a été identifié à la Réunion dans le cadre de l'enquête de dépistage du saturnisme infantile réalisée en 2008 2009 par l'institut de veille sanitaire. Jusqu'alors, les cas de saturnisme à la Réunion étaient exceptionnels : une dizaine de cas seulement ont été rapportés dans les années 1980, chez l'adulte, liés à l'utilisation de mortiers contenant du plomb utilisés pour des préparations alimentaires. Méthodes. Un dépistage a été proposé la famille du cas index et une première investigation environnementale a été menée au moyen d'un questionnaire standardisé. Un dépistage dans le voisinage du cas et des prélèvements de sol à l'extérieur et aux abords immédiats du domicile ont ensuite été réalisés. L'enquête environnementale a été complétée par des prélèvements de sol étendus à l'ensemble du quartier et une information des familles résidentes (87 foyers et 287 personnes) a été réalisée en incitant au dépistage des enfants de moins de six ans et des femmes enceintes. Résultats. Le cas index vivait dans le quartier de l'Oasis, quartier bidonville de la commune du Port. Les résultats des analyses de sol ont mis en évidence l'existence d'une pollution hétérogène et superficielle des sols par le plomb sur l'ensemble du quartier de l'Oasis, dont la valeur maximale (5200 mg/kg) atteignait plus de 300 fois le bruit de fond des terrains naturels de la Réunion. Le dépistage a permis d'identifier 76 cas de saturnisme infantile (plombémie supérieure ou égale à 100 mg/L) parmi les 148 personnes prélevées (51 %). Tous les cas concernaient des enfants âgés de moins de 15 ans. L'âge médian des cas étaient de 5,6 ans. La médiane des plombémies était de 196 mg/L (102 392 mg/L). Conclusion. L'hypothèse principale retenue pour expliquer la contamination du sol dans le quartier de l'Oasis est la présence de dépôts sauvages de déchets (batteries usagées de véhicules), ainsi que des activités diffuses de récupération de métaux. Des démarches ont été engagées par les pouvoirs publics afin de soustraire l'ensemble des familles du quartier à l'exposition environnementale au plomb en assurant un relogement rapide de ces familles à l'extérieur du secteur.

Auteur : Solet JL, Renault P, Denys JC, Teulé G, Dennemont RM, Domonte F, Garnier C, Aubert L, Filleul L, Polycarpe D
Revue d'épidémiologie et de santé publique, 2013, vol. 61, n°. 4, p. 329-37