Usine d'incinération d'ordures ménagères de Gilly-sur-Isère (Savoie). Retour d'expérience sur le recensement rétrospectif des cas de cancers

Publié le 1 Novembre 2006
Mis à jour le 5 juillet 2019

L'étude rétrospective d" incidence des cancers autour de l'usine d'incinération d'ordures ménagères de Gilly-sur-Isère, décidée dans un contexte de crise lors de sa fermeture fin 2001, avait pour objectif de déterminer s'il existait un excès de cancers autour de l" installation. Elle a consisté à recenser de la manière la plus exhaustive possible les cancers survenus entre 1994 et 2002 dans la zone d'étude (exposée aux retombées atmosphériques de l'incinérateur) afin de comparer l" incidence observée à celle établie par les registres des cancers français. Ce retour d" expérience décrit les principales difficultés rencontrées et les solutions apportées lors du recensement des cas de cancers. Le recueil des données médicales a été réalisé auprès de multiples sources d'information : laboratoires d" anatomo-cyto-pathologie et d" hématologie, départements d" information médicale (DIM) et services spécialisés des hôpitaux et cliniques, caisses primaires d" assurance maladie (CPAM), médecins libéraux, registres des cancers spécialisés. Les 59 fichiers informatiques recueillis ont été traités : recherche des adresses manquantes (en utilisant des données administratives des bureaux des entrées des établissements de soin et de la Caisse nationale d" assurance maladie), sélection des patients de la zone d'étude, homogénéisation des codages des cancers, concaténation des fichiers en une seule base, analyse des informations disponibles sur chaque cancer, dédoublonnage. La majorité des cancers a ensuite été validée par consultation des dossiers médicaux, afin d" éliminer les faux positifs (métastases de cancer primitif connu, récidives ). Sur 2 360 cancers ayant fait l" objet d" une validation, 34 % ont été exclus ; au final, la base comprenait 2 055 cas de cancers. Trois types de sources ont permis d" identifier à eux seuls 94 % des cas : laboratoires, DIM des hôpitaux et CPAM. Avec une moyenne de 3,2 sources par cas et un taux de 91 % des cas avec confirmation histologique, la base pouvait être considérée comme ayant la même exhaustivité que celle d" un registre. Le recours à des données administratives et la consultation des dossiers médicaux se sont révélés nécessaires compte tenu des incertitudes sur les adresses des patients au moment du diagnostic, des erreurs de codage des cancers dans certains fichiers recueillis et des difficultés à identifier les faux positifs. En conclusion, une étude rétrospective d" incidence des cancers est réalisable localement à condition que des moyens humains très importants soient mis en oeuvre (2,5 équivalents temps plein pendant trois ans pour recenser 2 055 cas). Des recommandations et des conseils pratiques pour la réalisation d" une telle étude sont formulés en fin de rapport. (R.A.)

Auteur : Megas F, Voisin L, Schmitt M, Thabuis A
Année de publication : 2006