Investigation des événements de santé survenus dans le collège Ernest Hemingway de Port-en-Bessin

Publié le 1 Juillet 2002
Mis à jour le 11 septembre 2019

Les 19 et 20 mars 2001 l'Institut de Veille Sanitaire intervenait en urgence à la demande de la DGS pour mener une enquête épidémiologique au collège Ernest Hemingway de Port-en-Bessin dans le Calvados. La survenue d'un décès subit chez un élève de troisième après une succession d'événements de santé au sein du collège avec malaises d'élèves et d'adulte ayant entraîné la fermeture de l'établissement donnait une dimension dramatique à un événement géré jusqu'alors au niveau local. L'enquête épidémiologique a permis de faire passer un questionnaire en face à face à 84 % des élèves (n=286) et 71 % des adultes (n=32). Les signes sont dominés par des maux de tête, des douleurs abdominales, des nausées et des somnolences tant chez les élèves que chez les adultes. Ils sont survenus en trois pics les 5, 8 et 15 mars au collège mais des épisodes sont survenus aussi entre ces dates et en dehors du collège. Un grand nombre d'élèves ont présenté plusieurs épisodes sur les 10 jours. Au sein du collège quelques salles servant aux travaux pratiques ont connu le plus grand nombre d'événements mais on a pu constater des malaises dans la quasi totalité des autres lieux du collège. Les examens biologiques et radiologiques effectués au service des urgences de l'hôpital de Bayeux n'ont été en faveur d'aucune étiologie précise. L'hypothèse initiale a été celle d'une intoxication d'origine environnementale et de multiples dosages ont été effectués d'abord en urgence puis avec des méthodes plus fiables par l'INERIS. Les premiers résultats se sont tous avérés négatifs par contre les dosages réalisés par l'INERIS ont montré des concentrations atmosphériques trop élevées en composés organiques volatiles et en acétonitrile dans deux salles de classe. Ces mesures ont été confirmées par plusieurs prélèvements. Un doute demeure cependant sur la concentration élevée en acétonitrile qui pourrait être liée à la technique de prélèvement. Les résultats des différents examens effectués dans le cadre de l'autopsie du jeune collégien ont permis d'affirmer qu'il n'y avait aucun lien entre le décès et les autres événements survenus au collège. Au total, la nature des symptômes présentés par les élèves et les adultes, leur distribution dans le temps en trois épisodes d'amplitude grandissante, leur répétition chez les mêmes élèves, l'absence de tout signe para-clinique objectif, l'absence de mise en évidence d'exposition environnementale à un niveau toxique ou de source infectieuse sont en faveur d'un phénomène psychologique de groupe. Cependant, il est vraisemblable que le premier épisode ait été déclenché par une émission d'odeurs et/ou de produits en provenance des circuits d'évacuation d'eau ou d'un atelier renforcée par la très mauvaise ventilation des locaux et leur température très élevés. Les résultats de l'autopsie chez l'enfant excluent tout lien avec les événements.

Auteur : de Valk J, Germonneau P, Isnard H, Valenciano M, Castor C, Schvoerer C, Glorennec P, Ricard N, Boutet C, Dumay F
Année de publication : 2002