Programme national de surveillance du mésothéliome pleural (PNSM) : 26 années de surveillance des patients ayant un mésothéliome, de leurs conditions d’exposition et des processus d’indemnisation (1998-2023)
En 1998, la Direction générale du travail (DGT) et la Direction générale de la santé (DGS) ont saisi Santé publique France, pour mettre en place un programme national de surveillance des effets sanitaires de l’amiante : le programme national de surveillance du mésothéliome pleural (PNSM). Ce rapport dresse un bilan de l’évolution de la situation épidémiologique des mésothéliomes pleuraux entre le 1er janvier 1998 et le 31 décembre 2023, en France, en termes d’incidence, de conditions d’expositions et de reconnaissance médico-sociale des patients. Malgré l’interdiction de l’usage de l’amiante en 1997 mais du fait de l’effet différé d’au moins 30 ans entre la première exposition et la survenue d’un mésothéliome et de l’exposition professionnelle et environnementale toujours existante, l’incidence du mésothéliome pleural continue d’augmenter en France et cette augmentation est encore plus marquée chez les femmes. Au cours de la période 1998-2023, 7 277 cas de mésothéliomes ont été inclus dans le PNSM. Sur cette période, les analyses montrent une diminution du sex-ratio (de 4,1 cas masculins pour 1 cas féminin en début de période à 3,4 en fin de période) et une augmentation de l’âge au diagnostic s’accompagnant d’une diminution de la proportion des patients « jeunes » de moins de 60 ans (de 16 % à 4 %). Une forte disparité géographique est constatée sur l’ensemble de la période 1998-2023. En moyenne, le nombre de nouveaux patients est de l’ordre de 1 100 par an. Entre la période 1998-2001 et 2018-2021, le nombre de patients a fortement augmenté chez les hommes et chez les femmes. Cependant, en neutralisant l’effet démographique dû au vieillissement de la population, l’incidence continue d’augmenter mais plus lentement chez les hommes (+2 % sur la même période) que les femmes (+16 %). Une amélioration des diagnostics certifiés est constatée (92 % en 2018-2023 contre 74 % en 1998-2002). Sur la période 2018-2023, chez les hommes, l’exposition à l’amiante est très majoritairement retrouvée dans le parcours professionnel (plus de 90 % des cas sur les années les plus récentes). Un allongement du délai de survenue du mésothéliome est constaté (dépassant 50 ans pour les patients incidents de la dernière période d’inclusion). Les emplois exposants restent globalement les mêmes, avec certaines professions légèrement plus fréquentes comme les métalliers et serruriers qualifiés et les secteurs des travaux de maçonnerie générale. Chez les femmes, l’exposition professionnelle à l’amiante n’est retrouvée qu’une fois sur trois, les expositions extraprofessionnelles représentant la circonstance majoritaire. Cependant, l’ensemble des résultats chez les femmes reste difficile à analyser en raison de leur faible effectif dans le PNSM. En matière de recours à l’indemnisation, sur la période 2005-2023, plus de la moitié des patients inclus dans le PNSM ont adressé une demande auprès du Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA). Pour les affiliés du régime général de la Sécurité sociale, 56 % d’entre eux ont fait une déclaration en maladie professionnelle (DMP) et un quart n’ont fait aucune démarche. Il y a une grande disparité géographique dans les demandes. Les patients plus jeunes (moins de 65 ans), vivant en couple et ayant une exposition professionnelle à l’amiante ont plus souvent recours à la DMP et à l’indemnisation au FIVA. En conclusion, l’amiante représente toujours un enjeu de santé publique. Il est essentiel de renforcer les actions de prévention ciblées sur les expositions à l’amiante auprès des travailleurs qui constituent la population la plus exposée en sensibilisant notamment les jeunes en formation. L’exposition de la population générale est variable et nécessite d’être explorée. Santé publique France met en place un nouveau système de surveillance des mésothéliomes qui porte sur l’ensemble du territoire français et recentre ses missions sur la surveillance de l’incidence et des conditions d’exposition afin de poursuivre l’apport d’informations utiles à la prévention.
Auteur(s) : Ducamp Stéphane, Lo Seak-Hy, Papadopoulos Alexandra, Le Barbier Mélina, Audignon Sabyne, Gramond Céline, Delva Fleur, Baldi Isabelle, Brochard Patrick
Année de publication : 2026
Pages : 83 p.
Collection : Données de surveillance
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