Épidémie d’infections à Escherichia Coli producteurs de Shiga-toxines O26:H11 et O103:H2 liée à la consommation de pizzas surgelées. France, janvier-avril 2022

Les Escherichia coli (E. coli) producteurs de Shiga-toxines (STEC) présentent un potentiel épidémique important et un risque de complication grave, le syndrome hémolytique et urémique (SHU) chez les enfants et les personnes âgées. Les épidémies à STEC documentées en France sont principalement associées à la consommation de fromages au lait cru et de viande hachée de boeuf crue ou insuffisamment cuite. La surveillance des infections à STEC en France repose en partie sur la surveillance du SHU chez les enfants de moins de 15 ans. Le 10 février 2022, un excès de notifications de SHU pédiatriques depuis début février a été identifié par Santé publique France et le Centre national de référence des E. coli. Les enfants concernés étaient plus âgés que ceux habituellement affectés et résidaient pour la majorité dans la moitié nord de la France. Des investigations épidémiologiques ont été initiées le 11 février 2022 par Santé publique France en lien avec les Cellules régionales pour identifier une possible source commune de contamination afin de guider les mesures de gestion adaptées. Un cas confirmé a été défini comme une personne ayant présenté, à partir du 1er janvier 2022, une infection à STEC avec une des souches épidémiques de STEC O26:H11 ou O103:H2 identifiéespar le séquençage du génome complet (WGS). Un cas probable a été défini comme une personne ayant présenté, depuis le 1er janvier 2022, un SHU, et ayant un lien épidémiologique avec un cas confirmé, mais sans isolement d’une souche de STEC. Les investigations épidémiologiques ont été réalisées à l’aide d’un questionnaire exploratoire recensant les expositions alimentaires et environnementales des personnes malades. Les données des cartes de fidélité des enseignes fréquentées par les familles des malades ont été recensées afin d’identifier les achats alimentaires et guider les investigations de traçabilité. Les souches de STEC isolées chez les malades ont été caractérisées et comparées par techniques de « multi-locus variable-number tandem repeat analysis » (MLVA) et WGS. Une étude cas-témoin a été réalisée pour tester les hypothèses d’une association entre la maladie et les aliments suspects ; les témoins ont été recrutés parmi les membres des foyers des participants de GrippeNet/COVIDNet.fr. Cinquante-sept cas confirmés (55 infectés par une souche STEC O26:H11, deux infectés par une souche STEC O103:H2) et deux cas probables ont été identifiés. Les dates de début des signes s’étalaient entre le 18 janvier et le 5 avril 2022. L’âge médian était de six ans (étendu : <1 - 40 ans). Parmi les 58 cas pédiatriques, 50 (86 %) ont présentés un SHU dont deux sont décédés. Les investigations initiales ont identifié plusieurs aliments suspects consommés par une majorité de cas dont des steaks hachés de boeuf et des aliments provenant d’une même chaine de fast-food, mais les investigations de traçabilité ont permis d’écarter ces pistes. L’analyse des données des cartes de fidélité a identifié l’achat fréquent de pizzas surgelées de marque A-gamme B et un deuxième questionnaire passé auprès des familles a permis de confirmer la consommation fréquente de ces pizzas par les personnes malades. L’étude cas-témoin a conforté cette hypothèse, compte-tenu d’une association très significative entre la maladie et la consommation de pizza surgelée de marque A (Odds Ratio : 116 [95 % CI : 27-502]). Les investigations de traçabilité ont identifié que les pizzas de marque A-gamme B étaient fabriquées en France sur une unique ligne de production. Cette gamme de pizzas était produite à partir d’une pâte levée non pré-cuite avant commercialisation. Des prélèvements de pâte de pizza de marque Agamme B disponibles au domicile d’un cas confirmé et dans l’échantillothèque du fabricant se sont révélés positifs pour les souches épidémiques de STEC O26:H11 et O103:H2. Un échantillon de farine utilisée par l’entreprise A pour fabriquer les pizzas incriminées a également été positif pour la souche épidémique de STEC O26:H11. Le 18 mars, l’entreprise A a procédé à un retrait-rappel national de l’ensemble des pizzas de gamme B. Au total, 41 des 55 cas (75 %) ayant rapporté la consommation de pizzas ont cité la marque A-gamme B. Parmi les 46 cas pour lesquels une preuve d’achat de pizzas a été documentée, 44 (96 %) ont acheté la marque A-gamme B. Dans la littérature scientifique, le risque d’infection à STEC lié à la consommation de farine insuffisamment cuite est connu, et plusieurs aliments à base de farine ont été incriminés au cours de différentes épidémies, notamment aux États-Unis et au Canada. Toutefois, les pizzas surgelées sont un véhicule de contamination inhabituel pour les STEC car les temps et températures de cuisson attendus devraient suffire pour éliminer ces bactéries. Ce véhicule, et la consommation par les malades de plusieurs aliments à risque de contamination par STEC, ont rendu les investigations particulièrement complexes. L’exploitation des données des cartes de fidélité s’est révélée essentielle pour orienter les investigations vers les pizzas de marque A-gamme B. A la suite de cette épidémie, celle-ci apparaît illustrer de nouveau le risque d’infection à STEC lié à la farine et aux produits à base de farine, une analyse de risque est attendue pour mieux comprendre la diversité des sources de contamination et documenter la persistance des STEC dans les aliments destinés à être cuits par les consommateurs, comme la pâte à pizza crue. Ces éléments sont essentiels, tant aux opérateurs du secteur alimentaire qu’aux autorités de santé alimentaire, pour assurer la maitrise du risque et adapter les recommandations aux consommateurs.

Auteur(s) : Jones Gabrielle, Krug Catarina

Année de publication : 2026

Pages : 27 p.

Collection : Études et enquêtes

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