Organisation de la vigilance à partir des observations de terrain. Exemple à partir du cluster de cas de cancers du rein d'une entreprise d'Allier : du signalement à l'action, critique positive et négative
En janvier 2003, l'institut de veille sanitaire (InVS) a été saisi par les ministères de la Santé et du Travail pour explorer un possible excès de cas de cancer du rein dans une usine chimique de l'Allier. L'alerte avait été adressée aux ministères concernés par les syndicats de l'entreprise. Dix cas étaient à l'origine du signalement, dont neuf diagnostiqués suite à un dépistage échographique abdominal annuel mis en place en 1986 pour dépister des angios arcomes du foie chez les travailleurs exposés au chlorure de vinyle monomère (CVM). A la suite de ce signalement, une rencontre à l'initiative de l'InVS a été organisée en février 2003 avec la direction de l'entreprise, le médecin du travail, les représentants du personnel, le médecin inspecteur régional et la Caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) d'Auvergne. Cette rencontre a permis d'échanger, de recueillir des précisions complémentaires relatives à l'historique du problème, à la description des cas de cancers observés, à la description de la population de l'entreprise, à la production et aux produits utilisés, ainsi qu'aux mesures de prévention mises en oeuvre dans l'entreprise. L'entreprise concernée fabriquait des vitamines A et E et des acides aminés. A cette fin, près de 600 substances étaient ou avaient été utilisées, dont le chloracétal C5, un intermédiaire du procédé de synthèse de la vitamine A introduit en 1981. Or celui-ci était suspecté par certains experts d'être à l'origine des cas de cancer du rein observés. Des études invitro avaient montré le pouvoir mutagène de ce produit au début des années 1990. Dans le même temps, des mesures de prévention de l'exposition à ce produit avaient été mises en place et les travailleurs exposés au chloracétal C5 avaient alors bénéficié du programme de dépistage échographique abdominal. Plusieurs démarches ont été entreprises par l'InVS : . vérification de la réalité des cas signalés. Les dix cas de cancer du rein à l'origine du signalement avaient été histologiquement confirmés. Tous étaient des adénocarcinomes ; . vérification de l'excès de cancer du rein. Un calcul a estimé que, pour les hommes en activité dans cette entreprise entre 1994 et 2002, le risque de cancer du rein était 13 fois plus élevé que dans la population générale française. Devant l'importance de ce risque et la plausibilité d'une origine professionnelle, l'InVS a décidé de mettre en place une investigation épidémiologique en deux volets : une étude de cohorte rétrospective et une étude cas-témoin à l'intérieur de la cohorte. Parallèlement aux investigations épidémiologiques mises en place, l'usine a commandé, à l'INRS, une étude des risques d'expositions chimiques portant sur la production de vitamine A et des études toxicologiques portant sur le chloracétal C5.(R.A.)
Auteur(s) : Iwatsubo Y, Benezet L, Boutou Kempf O, Fevotte J, Garras L, Goldberg M, Luce D, Pilorget C, Buisson C, Imbernon E
Année de publication : 2012
Pages : 416-8
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