Effets de la contamination chronique à l'uranium sur la mortalité : bilan d'une étude-pilote chez les travailleurs de l'industrie nucléaire en France

Position du problème : plusieurs études ont été réalisées chez les travailleurs du nucléaire français sur les effets de l'exposition externe aux rayonnements ionisants (RI). Une étude-pilote des effets de l'exposition interne à l'uranium sur la mortalité a été lancée en 2005. Les résultats de cette étude sont présentés et comparés à ceux des autres études des travailleurs du nucléaire. Méthodes : la cohorte de 2897 travailleurs de l'établissement Areva-NC-Pierrelatte a été suivie du 1er janvier 1968 jusqu'au 31 décembre 2006 (79 892 personnes-années). Sa mortalité est comparée à celle de la population française en calculant les SMR (« Standardized Mortality Ratio ») et les intervalles de confiance à 95 % (IC95 %). L'exposition externe aux RI est reconstituée via les archives dosimétriques. L'exposition à l'uranium est reconstituée via une matrice emplois-exposition. Six types d'uranium sont considérés selon leur isotopie (uranium naturel et uranium issu du retraitement, URT) et leur solubilité (forte-F, modérée-M et faible-S). L'analyse du lien entre les expositions et la mortalité porte sur les causes de décès associées aux RI (cancers et maladies du système circulatoire) et les cancers des organes-cibles de l'uranium inhalé (poumons et tissus lymphatique et hématopoïétique, TLH). Résultats : la cohorte présente une sous-mortalité toutes causes (SMR = 0,58 ; IC95 % [0,53 0,63]), tous cancers (SMR = 0,72 ; IC95 % [0,63 0,82]) et cancers associés au tabagisme traduisant l'effet du travailleur sain. Un excès non significatif est observé pour les cancers de la plèvre (SMR = 2,32 ; IC95 % [0,75 5,41]), du rectum et des TLH, notamment le lymphome non hodgkinien (SMR = 1,38 ; IC95 % [0,63 2,61]) et la leucémie lymphoïde chronique (SMR = 2,36 ; IC95 % [0,64 6,03]). Aucune relation significative avec la dose cumulée externe n'est mise en évidence. Pour l'uranium faiblement soluble, notamment l'URT, une augmentation de risque de mortalité de 8 à 16 % par point de score d'exposition cumulée et de 10 à 15 % par année d'exposition est observée. Conclusion : la cohorte Areva-NC-Pierrelatte présente une surmortalité (non significative) par cancers des TLH, notamment d'origine lymphoïde, sans lien avec l'exposition externe aux RI. L'étude-pilote suggère un lien entre la mortalité par cancer des TLH et des poumons et l'exposition à l'URT faiblement soluble. Ce résultat doit être confirmé par d'autres études, plus puissantes, et par des analyses dose-réponse reposant sur le calcul de la dose absorbée à l'organe-cible de l'uranium.

Auteur(s) : Guseva Canu I, Zhivin S, Garsi JP, Caër Lorho S, Samson E, Collomb P, Acker A, Laurier D

Année de publication : 2014

Pages : 339-50

En relation avec

Nos dernières actualités

actualité

Enquête « Rapport au sexe » (ERAS) 2026 à destination des hommes ayant des...

actualité

Hervé Maisonneuve nommé référent à l’intégrité scientifique pour trois ans

Visuel illustratif

actualité

Baromètre de Santé publique France 2026 : lancement de l’enquête