Mesurer l'évolution des comportements sexuels et contraceptifs

Publié le 16 juillet 2019

Quatre ans après la crise de la pilule, les évolutions se poursuivent

En 2016, 92% des femmes concernées par la contraception ont déclaré utiliser un moyen pour éviter une grossesse. La pilule demeure la méthode de contraception la plus utilisée : 36,5% des femmes y ont recours, avec des différences selon l’âge : elles sont 60% chez les moins de 25 ans, 48% entre 25 et 29 ans et 35% entre 30 et 34 ans. A partir 30 ans, les dispositifs intra utérin (DIU) prennent la place de la pilule et constitue le contraceptif le plus utilisé avec plus d’une femme sur trois y ayant recours. L’usage de la pilule a reculé suite aux discussions ayant entouré la « crise des pilules » de 2012, et les femmes se sont reportées vers les DIU pour les plus aisées, mais également vers les préservatifs pour celles ayant des moyens limités. Ces chiffres montrent cependant que la contraception reste très médicalisée en France et qu’elle continue à s’inscrire dans un schéma instaurant le préservatif comme moyen de protection lors des premiers rapports, suivi de la pilule lors de la mise en couple puis du DIU aux âges liés à la maternité. La place des méthodes telles que l’implant, le patch ou l’anneau reste faible et concerne uniquement les jeunes femmes de moins de 25 ans.

La contraception d'urgence : une méthode de rattrapage sous-utilisée et des délais de prise mal connus

La contraception d’urgence n’a pas progressé en France ces dernières années

En 2016, 6,2% des femmes âgées de 15-49 ans exposées à un risque de grossesse non prévue ont eu recours à la CU au cours des 12 derniers mois. Les femmes les plus jeunes, celles résidant en région parisienne et celles utilisant des méthodes de contraception hormonale dont l’efficacité dépend de la prise régulière (pilule, patch, anneau) sont celles qui utilisent le plus cette méthode de rattrapage. Les indicateurs de prise de risques sexuels comme la déclaration d’une infection sexuellement transmissible, d’une grossesse non prévue ou d’un multipartenariat récent sont également associés à une utilisation plus fréquente de la CU. Enfin, il existe un lien entre utilisation de la CU et les connaissances et perceptions. Les femmes ayant une bonne connaissance des délais de prise et celles qui percevaient la CU comme efficace déclarent un recours plus fréquent. Malgré un accès facilité et une évolution importante du paysage contraceptif, l’utilisation de la CU n’a pas progressé en France. De même, le profil des femmes qui y ont eu recours dans les 12 mois précédant l’enquête a peu évolué. La promotion de la contraception d’urgence comme complément à une contraception régulière doit être soutenue dans un contexte de stabilité du nombre de grossesses non prévues et d’interruptions  volontaires de grossesse.

La contraception d’urgence : des conditions d’accès bien connues mais des délais de prise toujours sous-estimé

En 2016, plus de 95 % des moins de 30 ans déclaraient connaître la contraception d’urgence. Le caractère gratuit de la contraception d’urgence pour les mineures est connu par 83,1 % des personnes interrogées et par 79,4 % des mineures. Les femmes les plus jeunes (15‑19 ans) sont plus nombreuses que les hommes de la même tranche d’âge à connaître cette information (86,5 % vs 79,3 %). L’absence d’autorisation parentale nécessaire pour se procurer la contraception d’urgence est rapportée par 81,5 % des moins de 30 ans. Les hommes ont un niveau de connaissance bien inférieur aux femmes sur ce point, et ce quelle que soit la classe d’âge considérée. Le fait de pouvoir acheter la contraception d’urgence sans ordonnance directement en pharmacie est connu de 82,1 % des personnes interrogées. Comme pour l’absence d’autorisation parentale, la connaissance décroît avec l’âge, passant de 86,4 % chez les moins de 20 ans à 84,8 % chez les 20‑24 ans et 75,8 % chez les 24‑29 ans. Les hommes apparaissent moins informés sur ce point que les femmes.
Enfin, les données relatives à la connaissance des délais d’utilisation montrent un défaut important d’information. Le délai maximal de 120 heures est cité par moins de 1 % des personnes alors que le délai de 72 heures est cité par 16,8 % des répondants, sans différence entre les classes d’âge. C’est le délai de 24 heures qui est le plus souvent cité (39,2 %), suivi du délai de 48 heures (22,8 %). Aux extrêmes, 14,0 % des répondants déclarent que la contraception d’urgence doit être prise moins de 24 heures après le rapport à risque et 3,2 % qu’elle peut être prise plus de 120 heures après. Les femmes se positionnent sur des délais de prise plus proches des réalités que les hommes.

Comportements sexuels : quelles évolutions ces dix dernières années ?

L’âge du premier rapport, stable depuis 10 ans

L’âge médian d’entrée dans la sexualité s’est stabilisé ces dix dernières années. Il est de 17,6 ans pour les filles et 17,0 ans pour les garçons, sans différence notable selon le milieu social. Si cet événement est vécu approximativement au même âge, il reste encore très marqué par les questions de genre. Les jeunes filles s’initient plus souvent avec un partenaire plus âgé d’au moins deux ans (la moitié d’entre elles contre un cinquième des hommes) et qui a déjà eu des rapports sexuels.
Les jeunes hommes sont plus nombreux à débuter leur vie sexuelle avant 15 ans pour 16,5% des garçons vs 6,9% des filles. Les initiations dites tardives, à partir de 19 ans, concernent davantage les femmes (33,2%) que les hommes (23,1%). Ces deux indicateurs n’ont pas évolué dans les quatre dernières décennies.

Un premier rapport majoritairement souhaité, mais pas toujours

La grande majorité des moins de 30 ans déclare avoir souhaité ce premier rapport « à ce  moment-là » : 87,6% pour les femmes contre 92,8% pour les hommes. Une femme sur 10 rapporte cependant avoir cédé aux attentes de son partenaire (contre 6,9% des hommes). 1,7% des femmes déclarent avoir été forcées à avoir ce rapport contre 0,3% pour les hommes. L’amour ou la tendresse est à l’origine de ce premier rapport pour plus d’une femme sur 2, contre 1 homme sur 4. Le désir sexuel est le moteur pour 47 % des hommes contre 25,8% des femmes. Ces raisons sont les mêmes qu’il y a 10 ans : le registre affectif prédomine chez les femmes, le désir chez les hommes.

Des expériences avec des partenaires de même sexe plus souvent rapportées

Dès l’entrée dans la sexualité, les expériences des femmes et des hommes s’inscrivent dans une sexualité  très majoritairement hétérosexuelle : seuls 1,0% des femmes et 3,2% des hommes déclarent s’être initiés avec un(e) partenaire du même sexe. Dans la suite des parcours de vie, les expériences avec des partenaires de même sexe sont plus souvent rapportées mais restent minoritaires. Ainsi, 8,0% des femmes et 4,9 % des hommes rapportent avoir déjà été attirés par une personne de même sexe et 5,6% des femmes et 4,2% des hommes ont déjà eu des rapports homosexuels (1,4% des femmes et 2,3% des hommes dans les douze derniers mois). Les données montrent que la pression sociale à l’hétérosexualité reste forte, en témoignent notamment les écarts entre l’attirance et la pratique, mais les déclarations sont plus élevées aujourd’hui qu’il y a dix ans.

Une sexualité masculine toujours plus diversifiée et des modes de rencontre qui évoluent

Le nombre moyen de partenaires est de 6,0 aujourd’hui pour les femmes contre 4,4 en 2006 et 3,3 en 1992. Pour les hommes, l’accroissement est moins marqué : 11,0 en 1992, 11,6 en 2006 et 13,9 en 2016. Si les écarts se réduisent légèrement au fil du temps, la différence entre les deux sexes reste importante et traduit en partie le fait que la définition d’un(e) partenaire sexuel(le) n’est pas la même selon le sexe.
Les modes de rencontre des partenaires ont sensiblement changé au cours de cette dernière décennie, en lien avec la diffusion massive du numérique dans la  société  française. Les données du Baromètre santé attestent d’une augmentation sensible du recours à ces sites pour rencontrer un(e) partenaire. Ainsi, 9,3% des femmes et 14,6% des hommes rapportent ce type d’expérience en 2016 contre seulement 2,7 % des femmes et 4,6 % des  hommes il y a seulement dix ans.

Des violences sexuelles de plus en plus déclarées par les femmes

Les données du Baromètre santé 2016 montrent que 18,9% des femmes et 5,4% des hommes de 18-69 ans déclarent avoir déjà été confrontés à des tentatives ou à des rapports forcés. L’ampleur de ce phénomène est plus marquée en 2016 qu’en 2006 pour les femmes (18,9% contre 15,9%), tandis que les déclarations des hommes restent au même niveau qu’il y a 10 ans (5,4% contre 4,5%, différence non significative).
La première expérience de ces violences survient majoritairement avant 18 ans, dans 47,4% des cas pour les femmes et 60,2% pour les hommes. Chez les 15-17 ans, 8% des jeunes femmes ont déjà été confrontées à des rapports forcés ou à des tentatives de rapport forcés contre 1% des jeunes hommes. Si la parole se libère autour des violences sexuelles, la prévention est indispensable car ces violences subies ont un impact important sur la santé.

Suivi des comportements sexuels et préventifs des minorités sexuelles et plus particulièrement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes

Les analyses par générations des participants aux enquêtes Presse Gay réalisées entre 1985 et 2011 sont riches d’enseignements quant aux évolutions des comportements sexuels des HSH. L’entrée dans la sexualité des jeunes générations d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) se déroulait plus souvent avec un homme que les générations antérieures : 84% des générations âgées de 18 ans entre 2008-2011 déclaraient avoir eu leur premier rapport sexuel avec un homme contre 76% pour les générations âgées de 18 ans entre 1956 et 1959. L’âge médian au premier rapport sexuel avec un homme, était stable quelles que soient les générations aux alentours de 18 ans. En terme de répertoire sexuel, comparée à leurs ainés, les générations les plus récentes rapportaient plus fréquemment pratiquer la fellation et les rapports anaux, mais moins de partenaires sexuels masculins dans les 12 derniers mois.
Ces enquêtes ont également mis en lumière les changements majeurs quant à l’usage du préservatif parmi les HSH au cours des deux dernières décennies. Ainsi, entre 1991 et 1997, une baisse de la proportion de pénétrations anales non protégées par des préservatifs avec des partenaires occasionnels est observée. A partir de 1991, cette proportion augmente passant de 13% à 25%  en 2011 pour les HSH séronégatifs pour le VIH, et de 25% à 63% pour les HSH séropositifs pour le VIH pour les mêmes périodes. Quel que soit le statut VIH des répondants, cette tendance à l’augmentation du non-usage du préservatif est similaire pour toutes les générations indiquant l’influence du contexte sur les comportements sexuels.

16/07/2019

Sexual Behaviours of Homosexual and Bisexual Men in France : A Generational Approach.

16/07/2019

Generational analysis of trends in unprotected sex in France among men who have sex with men: The major role of context-driven evolving...

L’étude Prévagay 2015, réalisée auprès d’HSH fréquentant les lieux de convivialité gay de Nice, Montpellier, Lyon, Lille et Paris, a estimé la prévalence pour le VIH à 14,3% [IC95%: 12,0-16,9]. Elle variait en fonction des villes et des âges. Chez les moins de 30 ans elle s’élevait à 6,5%. Parmi les HSH séropositifs, 90,5% étaient diagnostiqués, 94,9% étaient sous traitement et très majoritairement avec une la charge virale indétectable. En terme de sexualité, par rapport aux séronégatifs, les séropositifs rapportaient une activité sexuelle plus importante (60% rapportaient plus de 10 partenaires dans les 12 derniers mois contre 42% pour les séronégatifs) ; et un moindre usage du préservatif lors des rapports anaux (61% contre 27%).
En dépit d’une prévalence élevée et d’un non-usage de préservatif important, les proportions de HSH diagnostiqués et sous traitement sont importantes. Ces résultats incitent à poursuivre les actions préventives dans les lieux de convivialité gay tout en en impulsant d’autres au plus proche des jeunes HSH.

En savoir plus

Estimation de la prévalence du VIH chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes fréquentant les lieux de convivialité ...

En savoir plus

D’après les données de l’enquête ERAS, au début de l’année 2017, 5,0% des HSH interrogés avaient utilisé un autotest lors de leur dernier dépistage du VIH. Il s’agissait de HSH aux profils très différents : jeunes jamais dépistés mais intéressés par les outils démédicalisés, hommes rapportant une activité sexuelle importante ayant déjà une familiarité avec le dépistage, HSH réticents à l’idée de se rendre dans des centres de santé.
Ces résultats montrent l’intérêt de cet outil et plaident pour une disponibilité plus large, incluant la distribution secondaire. Cette dernière, qui consiste en la redistribution à ses partenaires et connaissances d’un autotest, devrait être évaluée si on considère qu’elle peut favoriser une meilleure diffusion de l’autotest et que cet outil pourrait occuper une place plus importante dans le dispositif de dépistage français.
Par ailleurs, une actualisation des modalités de protection contre le VIH a été réalisée incluant les outils de prévention biomédicaux que sont le Tasp (Treament AS Prevention) et la PrEP (Prophylaxie Pré-exposition) à l’usage du préservatif lors du dernier rapport sexuel avec un partenaire occasionnel, afin d’évaluer l’appropriation de la prévention diversifiée parmi les HSH. Les résultats d’ERAS 2017 montrent que le niveau de protection global est de 58% mais diffère selon le statut sérologique VIH des répondants : les répondants méconnaissant leur statut VIH ayant le niveau de protection le plus faible (54%) par rapport aux séropositifs (59%). L’usage du préservatif reste majoritaire pour les répondants méconnaissant leur statut et les séronégatifs (52%), le TaSP est rapporté par 24% des séropositifs et enfin seuls 7% des séronégatifs indiquent avoir utilisé la PrEP lors de leur dernier rapport

Prévention VIH et autres IST - Comportements préventifs au dernier rapport sexuel chez les HSH

Évaluation des comportements sexuels et préventifs des populations afro-caribéennes vivant en Île-de-France

Infections VIH et VHB parmi les Afro-Caribéens d’Île-de-France : des prévalences élevées et des dépistages insuffisants

Au cours des mois de mai et juin 2016, 1 283 personnes ont accepté de participer à l’AfroBaromètre. Elles avaient 34 ans d’âge médian et étaient nées pour 64% d’entre elles dans un pays d’Afrique subsaharienne. Les répondants étaient majoritairement des hommes (62%). Les prévalences observées du VIH et du VHB étaient respectivement de 1,6% et 5,1%. Le recours au dépistage apparaît insuffisant tant vis-à-vis de l’infection VIH, pour laquelle 40% des personnes atteintes ignoraient leur statut, que vis-à-vis de l’infection VHB dont le diagnostic était méconnu par 77% des personnes porteuses de l’AgHBs. Il apparaît essentiel d’élargir l’offre de dépistage au-delà des structures actuelles de dépistage, et de favoriser la diffusion et l’utilisation de tests rapides d’orientation diagnostique combinant dépistage du VIH et des hépatite B et C associées à une information et un counseling clairs et adaptés.
L'AfroBaromètre 2016 montre que les populations afro-caribéennes restent prioritaires dans la lutte contre le sida. La prévalence observée parmi les relations sexuelles avec des hommes (HSH), longtemps invisibilisés, appelle à des mesures urgentes. Si l’arrivée des TROD VIH a permis d’accroître le dépistage dans ces populations, l’hépatite B est aussi un enjeu de santé publique majeur tant en termes de dépistage que de prise en charge.

Migrants subsahariens suivis pour le VIH en France : combien ont été infectés après la migration ?

Grâce aux données de l’étude Parcours, il a été possible d’estimer la proportion de migrants subsahariens vivant avec le VIH qui ont été infectées après leur arrivée en France. Pour cela, des données biographiques et cliniques recueillies au sein d’un échantillon représentatif de patients nés en Afrique subsaharienne et suivis pour une infection à VIH dans les hôpitaux d’Île-de-France ont été combinées. L’infection était considérée comme acquise en France si l’un des critères biographiques suivants était rempli : 1) une durée de séjour en France avant le diagnostic d’au moins 11 ans, 2) un test VIH négatif après l’arrivée en France, 3) le premier rapport sexuel après l’arrivée en France. Lorsqu’aucun de ces critères n’était rempli, la durée depuis la contamination a été estimée à partir de la première mesure des CD4 en utilisant un modèle statistique de déclin des CD4. Parmi 898 adultes infectés par le VIH nés dans un pays d’Afrique  subsaharienne, entre 49% [IC95%:45-53] et 35% [31-39] d’entre eux ont acquis le VIH après leur arrivée en France. Cette proportion était plus basse pour les femmes que pour les hommes et augmentait avec la durée du séjour en France. Au vu de cette proportion importante de migrants d’Afrique subsaharienne infectés par le VIH après la migration, il apparaît nécessaire d’améliorer la prévention dans ce groupe de population et, pour cela, de mieux comprendre les déterminants de ces infections survenues en France.