Investigation d’une suspicion d’agrégat de tumeurs cérébrales parmi les salariés d’une entreprise du numérique en Île-de-France. Période 2014-2019

Le 11 avril 2019, le médecin du travail d’une entreprise spécialisée dans la fourniture de services numériques a signalé à l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, la survenue, depuis 2015, de plusieurs cas de gliomes parmi les salariés d’un des sites de l’entreprise localisé dans les Yvelines (78). Il indique suspecter l’exposition aux champs électromagnétiques comme pouvant avoir un rôle dans la survenue de ces cas. Suite à ce signalement, le 8 juillet 2019, Santé publique France a été destinataire d’une saisine conjointe de l’ARS et de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Direccte) Île-de-France pour mener une investigation épidémiologique. L’agence a ainsi mené une investigation afin de recenser et documenter les cas, objectiver l’excès de cas et déterminer la présence ou non d’expositions susceptibles d’être reliées à cet excès, le cas échéant. La démarche d’investigation adoptée s’appuie sur les méthodes élaborées par Santé publique France pour l’évaluation et la prise en charge des agrégats spatio-temporels de maladies non infectieuses. Cette démarche se déroule selon un arbre décisionnel en plusieurs étapes. Sur la base des données sanitaires et environnementales recueillies à chaque étape, il est alors décidé de la poursuite ou non de l’investigation. Au total, sept cas de tumeurs neuroépithéliales diagnostiquées entre 2016 et 2019 ont été recensés parmi les salariés du site de l’entreprise. Les calculs d’évaluation de l’excès de cas ont montré que le nombre de cas de tumeurs neuroépithéliales était significativement supérieur à l’attendu compte tenu des données d’incidence nationales et de la structure démographique de la population étudiée. Ceci a confirmé l’existence d’un excès de cas. Les investigations environnementales effectuées et les données scientifiques disponibles n’ont, par ailleurs, pas permis de mettre en évidence, dans l’environnement professionnel des salariés, d’exposition qui pourrait potentiellement expliquer l’excès de cas et pour laquelle une étude épidémiologique plus poussée pourrait être envisagée. Un certain nombre de questionnements ont émergé au vu des éléments recueillis. Ainsi, Santé publique France a jugé utile, au-delà de la réponse à la saisine de l’ARS et de la Direccte, de compléter les travaux d’investigation par des compléments d’information. Ces derniers relèvent 1/ de la relecture des dossiers médicaux des cas identifiés par une équipe d’experts ; 2/ du rapprochement des questionnements soulevés par cette investigation de la mise à jour des connaissances relatives au lien entre radiofréquences et cancer effectuée concomitamment par l’Anses. La revue systématique de la littérature conduite par l’Anses dans le cadre de son expertise a conclu que l’ensemble des données disponibles (épidémiologiques, chez l’animal et mécanistiques) « ne permet pas de conclure à l’existence ou à l’absence d’un effet des radiofréquences sur l’apparition de tumeurs du cerveau et du système nerveux central ». La revue des dossiers médicaux par les neurologues a conclu que les 7 cas présentaient des caractéristiques similaires (âge au diagnostic initial, localisation anatomique, pronostic, aspects microscopiques, marqueurs immunohistochimiques, données moléculaires) à celles observées de façon la plus fréquente dans la population générale et correspondant au glioblastome IDH normal, grade 4 selon la classification OMS 2021. Au total, les investigations ont confirmé le nombre de cas supérieur à l’attendu, l’absence de nouveaux cas depuis 2019, l’absence de surexposition actuelle aux radiofréquences ou aux champs électromagnétiques et n’ont pas permis d’identifier une cause commune à ces cas. Le lien a été fait avec le travail le plus récent de l’Anses sur les risques liés aux radiofréquences. L’investigation de cet agrégat est close et pourra être rouverte en cas de survenue de nouveaux cas.

Auteur(s) : Conte Marco, Marchand Jean-Luc, Tarantola Arnaud

Année de publication : 2026

Pages : 49 p.

Collection : Études et enquêtes

En relation avec

Nos dernières actualités

actualité

Appel à candidatures pour le renouvellement du comité de rédaction du...

actualité

Alcoomètre : bilan après 6 années d’utilisation par les Français pour...

actualité

Les fortes chaleurs nous concernent tous : adoptons les bons réflexes