Surveillance de la résistance bactérienne aux antibiotiques en soins de ville et en établissements pour personnes âgées dépendantes. Réseau Primo : résultats 2018

Publié le 25 Juin 2020
Mis à jour le 30 juin 2020

Introduction - En santé humaine, environ 80% des antibiotiques sont prescrits en médecine de ville. Les résidents d'établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), du fait de leur fragilité et des échanges permanents avec le secteur sanitaire, représentent une population à risque de portage ou d'infection à bactéries multirésistantes aux antibiotiques. Ce rapport décrit les données nationales 2018 de surveillance de la résistance aux antibiotiques en ville et en secteur médico-social. Méthode - Du 1er janvier au 31 décembre 2018, les antibiogrammes d'E. coli, K. pneumoniae, et S. aureus isolés de prélèvements à visée diagnostique ont été collectés dans le réseau de 742 laboratoires de biologie médicale (LBM) répartis sur 11 régions de France. Les données administratives et microbiologiques ont été téléchargées par les LMB sur une plateforme électronique dédiée à la surveillance. Les souches isolées de patients vivant à domicile ou résidents d'établissements médico-sociaux ont été incluses dans l'analyse. Les patients hospitalisés et les échantillons de dépistage ont été exclus. Après dédoublonnage, les taux de résistance correspondaient au nombre de souches résistantes à un antibiotique divisé par le nombre total de souches. Des analyses statistiques ont été effectuées en utilisant le test de Student ou une analyse de variance. Des intervalles de confiance à 95% ainsi que le pourcentage pondéré en fonction des laboratoires ont été déterminés. Résultats - En 2018, un total de 424 965 (98,7%) antibiogrammes réalisés sur des souches d'entérobactéries isolées de prélèvements urinaires (90,4% d'Escherichia coli et 6,1% de Klebsiella pneumoniae) ont été recueillies. Chez les patients à domicile, 3,2% des souches d'E. coli isolées étaient résistantes aux céphalosporines de troisième génération (C3G), dont 2,8% par production de bêta-lactamase à spectre étendu (BLSE). Ce taux était respectivement de 7,7% et 9,3% chez des résidents d'Ehpad indépendants et intégrés à un ES. La résistance aux fluoroquinolones chez E. coli était de 11,0% pour les souches isolées de patients à domicile, 18,7% de celles isolées de résidents d'Ehpad. Les proportions annuelles d'E. coli BLSE et résistant aux fluoroquinolones tendaient à diminuer de 2015 à 2018. Chez K. pneumoniae, la production de BLSE concernait 7,2% des souches isolées de patients à domicile, et respectivement 18,8% et 22,6% de celles isolées chez des résidents d'Ehpad indépendants et intégrés à un ES. La proportion de souches résistantes aux fluoroquinolones était chez les patients vivant à domicile de 10,8% et chez les résidents d'Ehpad indépendants de 24,3 et 29,3% dans les Ehpad intégrés à un ES. Parmi les 24 804 antibiogrammes de S. aureus collectés, 76,6% étaient issus de prélèvements superficiels. Chez les patients vivant à domicile, 9,0% des S. aureus étaient résistant à la meticilline, et respectivement 39,9% et 37,6% dans les Ehpad indépendants ou intégrés à un ES. Conclusion - La surveillance Primo permet de décrire l'écologie bactérienne en secteurs de ville et médico-social, où 93% des antibiotiques sont consommés. La diminution du taux de BLSE et du taux de résistance aux fluoroquinolones sont des résultats encourageants et incitent à amplifier les actions en faveur de la maîtrise de l'antibiorésistance dans ces secteurs.

Auteur : Réseau de prévention des infections associées aux soins - Mission Primo
Année de publication : 2020
Pages : 66 p.