Lancement de l'opération Moi(s) sans tabac : une nouvelle stratégie pour Santé publique France

Arrêter un mois c'est cinq fois plus de chance d'arrêter définitivement

En France, 13 millions d’adultes fument quotidiennement. Le tabac tue chaque année 73 000 personnes et représente la première cause de mortalité évitable. Les pouvoirs publics ont fait de la lutte contre le tabagisme une priorité avec la mise en place d’un "Programme national de réduction du tabagisme".

L’opération « Moi(s) sans tabac », lancée par Marisol Touraine, ministre en charge de la santé, et Santé publique France en partenariat avec l’Assurance maladie, se déroulera du 1er au 30 novembre 2016. Cette initiative, première du genre en France, consiste à proposer à tous les fumeurs d’arrêter de fumer ensemble, pendant un mois. En effet, après 30 jours d’abstinence, la dépendance est bien moins forte et le fumeur a cinq fois plus de chances d’arrêter définitivement.

Moi(s) sans tabac, c’est deux temps forts :

OCTOBRE : démarrage de la phase d’inscription soutenue par une campagne du 10 au 31 octobre en télévision, web, mobile et affichage.
NOVEMBRE : top départ du défi collectif

En savoir plus :

6 questions à François Bourdillon, directeur général
de Santé publique France

L’opération Moi(s) sans tabac est importante, quelles sont les orientations que Santé publique France a souhaité mettre en place ?

Portrait de François Bourdillon, directeur général de Santé publique France

Pour cette opération, Santé publique France s’est appuyée sur des approches ayant fait la preuve de leur efficacité, s’inscrivant dans la durée et mobilisant tant au niveau national qu’au niveau régional.
Il s’agissait aussi de développer une prévention basée sur les nouvelles technologies : d’une part, le marketing social si développé outre atlantique et, d’autre part, d’intégrer les données de la science à l’ensemble des outils habituellement utilisés en prévention : Internet, les réseaux sociaux, les applications smartphones, la réponse téléphonique…
Enfin, Santé publique France a souhaité développer un partenariat sur l’ensemble du territoire, premier embryon du réseau national de santé publique dans sa dimension prévention - promotion de la santé. Ainsi, nous avons mobilisé, depuis plus d’un an, tous nos moyens : scientifiques dans les champs de l’épidémiologie, opérationnels à travers les nouvelles technologies de l’information, de plaidoyer pour mobiliser nos partenaires tant au niveau national qu’au niveau régional et bien sûr de marketing pour que la communication associe les campagnes et les actions de proximité.

Moi(s) sans tabac s’appuie sur des données scientifiques, lesquelles ?

Le BEH spécial tabac que nous publions aujourd’hui, le 6 octobre 2016, présente de nombreuses nouvelles données :

  • l’opération Stoptober des anglais bien sûr portée par notre homologue le PHE (Public Health England). Développée tous les ans depuis 2012, cette opération est  un grand succès. Vous le savez le taux de fumeur quotidien en Angleterre est à moins de 20 % (29 % en France). L’opération dure un mois car arrêter un mois c’est cinq fois plus de chance d’arrêter définitivement ;
  • les données annuelles de prévalence pour nous le J0 (je m’y suis engagé dès mon arrivée, car seule la publication des données de prévalence annuelle peut permettre de juger de l’efficacité du programme national de réduction du tabagisme). Elles confirment le fort taux de prévalence du tabagisme dans notre pays en 2015 : 28,8 % de fumeurs quotidiens ;
  • les données régionales du tabagisme car les taux ne sont pas les mêmes d’une région à l’autre ; données cruciales pour les agences régionales de santé et la définition de leurs priorités ;
  • les données concernant le tabagisme à domicile où on observe de vraies embellies et cela fait plaisir ;
  • les données actualisées de décès attribuables au tabac : 73 000 morts/an pour 2013 qui confirme le fardeau que représente le tabagisme dans notre pays (la dernière étude portait sur des données de 2010) ;
  • les données d’utilisation de la cigarette électronique ;
  • les données d’efficacité des interventions très encourageantes que cela soit à travers tabac info service ou des consultations de tabacologie.

Quels sont les points forts de mois sans tabac ?

Moi(s) sans tabac, c’est une campagne positive. Elle vise à valoriser ceux qui arrêtent de fumer et ceux qui les aide à tenter d’arrêter de fumer. Ce n’est pas une opération moralisante ou de simple information des outils d’aide à l’arrêt du tabac. C’est également des outils pour l’aide au sevrage tabagique parmi lesquels il faut mettre en exergue tabac info service (site internet, application smartphone et le 3989) et le KIT d’aide au sevrage tabagique qui permet de se préparer à arrêter de fumer en identifiant les motivations, offre un soutien pendant l’arrêt, propose un agenda et des conseils différents tous les jours pendant 1 mois, incite à faire des exercices pour lutter contre le stress et permet de mesurer les économies liées à l’arrêt du tabac.

« Moi(s) santé tabac, c’est la mobilisation de tous, c’est une logique d’«empowerment » collectif, c’est la France qui arrête, c’est une stratégie nouvelle en rupture avec tous les campagnes antérieures. »

Et après… ?

Moi(s)s sans tabac sera une opération évaluée. Santé publique France fera un retour d’expérience sur l’opération Moi(s) sans tabac, mènera une évaluation des effets d’exposition à la campagne, des évolutions des tentatives d’arrêt, et assurera le suivi de la prévalence du tabagisme en France.

Qui sont vos partenaires pour cette opération ?

A Santé publique France, nous sommes très fiers des partenariats que nous avons pu nouer parce que nous n’agissons plus seul, parce que nous avons entrepris des actions de plaidoyer, parce que nous avons provoqué l’éclosion d’une véritable caisse de résonance dans toute la société.
Je me réjouis de notre partenariat avec une cinquantaine de partenaires nationaux : le ministère de la Santé et les agences régionales de santé, l’assurance maladie (CnamTS et MSA), les ordres de tous les professionnels de santé (médecins, sages-femmes, infirmiers, pharmaciens…), la ligue nationale contre le cancer, le partenariat avec les entreprises publiques, privées et bien sur tout le milieu associatif. Ces partenariats permettent d’augmenter considérablement la taille de l’opération et je n’en doute pas son efficacité.

Et pour conclure…vous diriez ?

J’espère que cette grande opération Moi(s) sans tabac contribuera au succès du programme national de réduction du tabagisme. Avec Moi(s) sans tabac, nous rentrons dans une nouvelle ère de mobilisation en santé publique.